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Taxe « Tobin » européenne : « Un premier pas nécessaire, mais c’est insuffisant »

10 octobre 2012

La taxe « Tobin » européenne, un bien ou un mal ? Interview d’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.

Etes-vous pour ou contre cette future taxe sur les transactions financières ?

C’est un premier pas en faveur d’une taxation européenne. Mais ce n’est pas une taxe Tobin puisque son concepteur proposait de taxer les transactions de change. A onze ce ne serait pas possible puisqu’il y a 17 Etats-membres dans la zone euro. Cette TTF est nécessaire car il semble impossible d’aboutir à un accord à l’échelle européenne sur ces questions financières et fiscales. Et à l’échelle mondiale, c’est bloqué depuis des années. Utiliser ce mécanisme de coopération renforcée est une nécessité si on veut faire ce premier pas. Mais c’est insuffisant.

Pour quelle(s) raison(s) ?

L’idéal serait d’avoir une taxe sur toutes les transactions financières internationales ; et plus que 0,1 et 0,01 %. Comme le disait James Tobin, une telle taxe n’est jamais qu’un grain de sable dans les rouages de la finance mondiale. Ici, on ne parle que d’une taxe limitée pour l’instant à onze pays. Il ne faudrait pas qu’elle devienne un alibi pour créer de la poudre aux yeux et éviter tout le débat nécessaire sur la réglementation bancaire et financière au niveau européen. Personne ne pense qu’une telle taxe suffira à enrayer l’instabilité financière qui a provoqué la crise qu’on a connue.

Elle sera aisément contournable, non ?

Parler de fuite des capitaux, c’est un fantasme alarmiste. Le fait est qu’il existe une fiscalité sur les transactions boursières et financières un peu partout dans le monde. Au Royaume-Uni, qui est le principal pays à agiter cet argument, il y a une taxe de 0,5 % sur les transactions boursières d’entreprises britanniques depuis quelques années. C’est cinq fois plus que la TTF européenne. Et des taxes pareilles, il en existe un peu partout en Europe et dans le monde. Chez nous, la taxe sur les opérations boursières est passée de 0,17 à 0,22 %. Au Brésil, il existe une taxe de 6 % sur les entrées de capitaux depuis la crise de 2008. Croire qu’une taxe de 0,1 % dans des pays aussi importants que l’Allemagne ou la France entraînerait des fuites de capitaux, ce n’est pas bien comprendre le fonctionnement du système financier international.

Une taxe qui pénalisera plutôt les petits que les gros spéculateurs ?

Plus il y a de transactions, plus on paye de taxes et plus on contribue au système. Les opérations d’arbitrage et de spéculation à court terme sont en théorie plus touchées que les autres. Ce qui est vrai, c’est que le fait de ne pas taxer toutes les transactions financières internationales à l’échelle mondiale crée évidemment des opportunités. C’est la raison pour laquelle nous prônons une taxe mondiale sur toutes les transactions internationales. Cela dit, le fait de vouloir toucher les produits dérivés est positif, mais cela implique d’y voir clair dans ces opérations quand on sait que 80 % d’entre elles se font de gré à gré dans l’opacité.

A quoi servira le produit de cette taxe ?

C’est le débat à venir. La proposition qui est sur la table ne dit rien à ce sujet, parce que l’Allemagne et la France ne sont pas d’accord. Nous avons toujours dit qu’il fallait l’utiliser pour financer les défis globaux comme le réchauffement climatique par exemple. Les organisations internationales qui s’en occupent sont souvent dépendantes des financements de leurs Etats membres.

Propos recueillis par Philippe De Boeck.

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