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Chronique « Pas au Sud, complètement à l’Ouest… »

Tous coupables !

Gérard Manréson Gérard Manréson
10 juin 2013

« Pas au sud, complètement à l’ouest ! », la chronique subjective et complètement à l’ouest,… de Gérard Manréson, docteur ès cynisme à HECC, la Haute école du Café du Commerce.
Tous les deux mois dans notre magazine dlm | Demain le monde.

Quel bonheur de voir tant de discours aller dans le même sens. Des politiques aux organisations de consommateurs, en passant par la Commission européenne, tous promettent d’améliorer l’information aux consommateurs « pour qu’ils puissent choisir en toute connaissance de cause » et exercer pleinement leur rôle de citoyen.

Quel panard d’être connecté 24h sur 24. De l’info par ci, de l’info par là, des étiquettes à rallonge, écrite en Arial 4, des notices de dix pages pour des médicaments souvent inutiles avec plus d’effets secondaires qu’Hiroshima ou les dizaines de composants codé EXXX pour un simple yaourt. Quel plaisir d’être informé que dans les purées en sachet, les huiles, les chewing-gums, les biscuits ou les pâtisseries, certains ont eu l’idée de mélanger le carotène (E160) - qu’on trouve dans la carotte - avec l’hydroxytoluène butylé (E321). Le premier est évidemment inoffensif et l’autre juste cancérigène. Tout est écrit, tout est transparent. Vous n’aimez pas la carotte ou le cancer, il vous suffit de bien lire.

Les idéologues de l’infobésité affirment que trop d’info tuerait l’info. Que nenni ! Car on n’informe pas pour informer. L’information est la base de la culpabilité. Si vous avez mal choisi, c’est votre faute car l’information existe. Vous savez, quelqu’un de coupable ne vient pas vous ennuyer parce que vous n’avez pas fait votre boulot. L’information vous permet d’affirmer que vous avez répondu aux attentes citoyennes ET elle vous dispense de légiférer. Grâce à l’information, Jean peut boycotter le bisphénol A, Juliette les acides gras trans, Jacques l’aspartame, Wendy l’huile de palme. Mais, nous, on sait qu’au final on vend à chaque fois plus de produits contenant ces substances. Et n’oublions pas ce que nous dit l’agroalimentaire, rien n’est toxique. Il suffit de diversifier votre alimentation, le poison n’est poison qu’à certaines doses. Personnellement, je dirais même : « Un bon cocktail de produits toxiques chaque jour, en forme toujours ».

Bien sûr, certains irréductibles - toujours les mêmes d’ailleurs - refusent de culpabiliser et demande que le politique fasse des choix en interdisant les additifs toxiques et les produits conçus à grande dose d’exploitation sociale ou destructeurs de l’environnement. Renvoyons ces dangereux excités à ce qu’ils sont vraiment : des criminels. Oui, ceux qui refusent la culpabilité sont des criminels à l’image d’Anders Breivik, le tueur norvégien - « Je reconnais les faits, mais je ne reconnais pas ma culpabilité ».

De plus, légiférer dans ce domaine reviendrait à devoir appliquer le principe de précaution dans de nombreuses situations. Principe excessivement nocif à la santé de notre économie. Cécile Philippe, de l’Institut économique Molinari, résume bien le débat en affirmant qu’avec ce principe, on ne considère que les risques en cas d’application du progrès et que l’ « on ignore les coûts à ne pas appliquer le progrès ». Que dire de plus …

Alors. Merci qui ?

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Source : chronique publiée dans le magazine Demain le monde, n°19, mai-juin 2013.

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