×

Entretien avec Nabil Sheikh Hassan

Tout autre chose : « Nous ne sommes pas à contre-courant, nous sommes le courant »

Hugues Dorzee Hugues Dorzee
14 mars 2016

Après plus d’un an d’existence, Tout Autre Chose reste un mouvement « ouvert, progressiste et participatif », mais il s’est largement structuré. Avec des antennes locales, des groupes thématiques (école, économie, travail...), des actions sur le terrain. Et le 20 mars prochain, il organisera une 2e grande parade nationale, en partenariat avec son homologue flamand Hart Boven Hard. Thème central : « Nous ne sommes pas à contre-courant, nous sommes le courant ! ».

Imagine demain le monde - Un appel public signé par plus de 13 500 citoyens et 195 collectifs (associations, syndicats, ONG). Une page Facebook suivie par 18 700 internautes. Un mouvement qui, 15 mois après son lancement, vit bien, se développe et continue à exister dans la durée. Voici, très résumée, la vie de Tout Autre Chose, une belle aventure citoyenne qui ne s’est pas construite en un jour, comme nous l’explique l’un de ses porte-paroles, Nabil Sheikh Hassan.

Lancé le 12 décembre 2014, à la veille d’une grève nationale, l’appel de Tout Autre Chose a démarré sur les chapeaux de roue. Et depuis ?

En effet, il a connu un succès populaire immédiat, avec une forte attention médiatique, beaucoup d’énergies partagées. Dans un premier temps, il a fallu gérer tout ça. Nous avions calqué le mouvement sur Hart Boven Hard (le cœur, pas la rigueur) lancé plus tôt en Flandre. Mais, au Nord, ils sont confrontés à une autre réalité politique (un gouvernement de droite qui applique une politique d’austérité forte) et à une autre configuration sociale. Il a fallu réajuster, co-construire, créer les bases d’un mouvement durable et solide.

Avec un gros travail e ectué au niveau de la démocratie interne.

Nabil Sheikh Hassan, du mouvement Tout Autre Chose.

Oui, il a fallu composer avec deux grands courants : l’un, davantage libertaire, qui souhaitait créer un mouvement « shopping », largement ouvert, où chacun viendrait au gré de ses envies, et l’autre, plus pragmatique, qui souhaitait instaurer un cadre, des règles, tout en restant très souple, mais avec un objectif clair : créer un mouvement pérenne.
Ce travail nous a pris beaucoup d’énergie. Finalement, nous nous sommes accordés sur un type de structure, des modes de fonctionnement. Mais Tout Autre Chose reste un laboratoire, avec une grande souplesse. Et on ne s’écharpe pas pour savoir qui aura le dernier mot sur la quatrième virgule du troisième point des statuts ! (Rires.) Toutefois, on s’efforce de poursuivre un objectif commun : placer la démocratie, l’efficacité, la transparence et la confiance au cœur de l’organisation.

Aujourd’hui, Tout Autre Chose est en ordre de marche.

Oui, 12 antennes locales et 7 groupes de travail [1] ont vu le jour. Tous sont autonomes et produisent énormément de choses positives depuis plusieurs mois. Pour fonctionner, nous nous appuyons sur un bureau hebdomadaire qui sert de « courroie de transmission », un comité de coordination qui s’occupe de l’organisation du mouvement et une assemblée générale qui fixe les grandes orientations. Mais rien n’est immuable, on avance en apprenant.

Avec différents chantiers ouverts et une réflexion sur le long terme.

Oui, c’est la spécificité de Tout Autre Chose. Nous ne faisons pas du lobbying au quotidien auprès des parlementaires, nous ne cherchons pas à modifier le dernier amendement de la dernière lubie législative. L’idée, c’est de construire un contre-discours, d’être une force de proposition, d’articuler l’action et la réflexion, la mobilisation citoyenne et le travail associatif. Nous avons une charte, des balises, un projet de société. Le gouvernement actuel et l’Europe néolibérale détruisent la société de demain. Nous, nous préparons l’après-demain ! En proposant un manifeste pour une tout autre école, en travaillant sur la réduction du temps de travail, en défendant une SNCB « forte, accessible et de qualité », en posant les bases d’une société solidaire, coopérative, écologique, créative, plurielle, réjouissante, etc.
Notre temps à nous n’est pas celui d’un mandat électoral. Nous visons le collectif et le long terme. De plus en plus de citoyens sont excédés ou désenchantés. Ils attendent autre chose, oui. Une autre politique que celle qui nous est imposée aujourd’hui. Tout Autre Chose, c’est un mouvement en marche.

Ce mouvement qui, le 20 mars prochain précisément, organisera sa 2e grande parade nationale. Avec quel « mot d’ordre » et quel objectif ?

L’an dernier, nous étions 20 000 dans les rues de Bruxelles, malgré une météo maussade. On espère atteindre le même nombre de participants. Le thème général de cette parade sera : « Nous ne sommes pas à contre-courant, nous sommes le courant.  » L’idée, c’est de montrer que des milliers d’alternatives existent déjà, qu’elles forment ensemble un autre projet de société, que nous ne sommes pas quelques gouttes dans l’océan, mais l’océan lui-même ! Comme l’an dernier, nous voulons construire une parade ludique, joyeuse, vivante. Et à travers elle, nous souhaitons montrer toute la vitalité de notre mouvement citoyen.

15 mois d’existence en bref
Fondation. Tout autre chose s’appuie depuis sa fondation sur une charte qui défend une société « démocratique , solidaire, coopérative, écologique, juste, égalitaire, émancipatrice, créative, plurielle, réjouissante ».
Par ailleurs, il s’est fixé 10 « balises » : Biens communs par et pour tous, Justice sociale, une place pour chaque génération, Solidarité contre la pauvreté, un travail digne, un cadre de vie épanouissant, éco c’est logique, valorisons notre diversité, citoyens sans frontières et osons la démocratie !

Actions. Depuis son lancement le 12 décembre 2014, Tout autre chose a connu deux assemblées générales (Charleroi et Liège), une parade nationale (le 26 mars 2015), des dizaines d’actions locales (conférences, débats, animations). il a participé activement à la manifestation en front commun du 7 octobre dernier, au week-end « Non à l’austérité, au TTIP et à la pauvreté », à la marche pour le climat d’Ostende, au projet « Climate express », au nouvel an alternatif baptisé « Bruxelles vit ! » pour défendre une ville « chaleureuse et inclusive », à l’opération Tout autre SNCB, etc.

Réflexions. le mouvement a par ailleurs produit plusieurs documents : un manifeste intitulé « Pour une tout autre école », des cartes blanches (« Je suis Charlie, je suis Tout autre chose », « Non, le racisme n’est pas une notion relative ! », « Pour une autre politique migratoire », « Lettre ouverte au gouvernement belge : il faut mettre fin à l’austérité en Grèce ! », etc.).

[1Les 12 antennes locales sont : Charleroi, liège, louvain- la-neuve, namur, Région du Centre, Wallonie picarde, Bruxelles, Forest, laeken, Saint-Gilles, Schaerbeek et Watermael-Boitsfort. Les 7 groupes de travail sont : Tout autre ecole, Travail digne, eco c’est logique, Tout autre economie, Tout autre information, Tout autre action sociale et Tout autre SnCB.

Lire aussi

La baisse de la part des salaires
Géostratégo

La baisse de la part des salaires

La mondialisation néolibérale s’est accompagnée de la déformation du partage des revenus au détriment des salaires. Cette baisse de la part des salaires a des conséquences économiques et sociales négatives. C’est pourquoi le rééquilibrage du partage des (...)


  • Arnaud Zacharie

    3 mai 2019
  • Lire
Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, pourrait rencontrer des résistances à sa volonté de tailler en pièces l'Amazonie.
Brésil

Jair Bolsonaro pourra-t-il détruire l’Amazonie ?

Elu en octobre, intronisé en janvier, Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, va-t-il amplifier le saccage de l’Amazonie ? Cet ancien militaire, nostalgique de la dictature, ouvertement raciste et homophobe, n’a cessé de clamer durant sa (...)


  • Jean-François Pollet

    1er avril 2019
  • Lire
Qui ? Hugues Dorzee
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

Inscrivez-vous à notre Newsletter