×

Communiqué de presse

Un accord sur les investissements avec la Colombie bloqué. Une victoire pour le travail décent !

16 mars 2010

Syndicats et ONG mettent le travail décent à l’agenda des relations belgo-colombiennes.

Mobilisée depuis des mois pour empêcher la ratification d’un accord de protection des investissements avec la Colombie, la Coalition travail décent a obtenu gain de cause. La Colombie avait en effet refusé l’insertion d’une clause sociale dans cet accord avec l’Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL), raison pour laquelle le gouvernement flamand vient d’annoncer son refus de poursuivre le processus de ratification.

Les atteintes aux droits de l’Homme, notamment par la police et l’armée, sont toujours légion en Colombie. Les droits sociaux n’y sont pas non plus respectés : 60% des assassinats de syndicalistes dans le monde ont lieu dans ce pays. Une bonne raison pour avoir une attitude prudente en matière de relations commerciales.

Ces précautions n’ont pourtant pas été respectées lors de la négociation de l’accord de protection des investissements avec la Colombie. Ainsi, la mention de droits tels que le salaire minimum, des horaires de travail décents, la sécurité et la santé, prévus dans le modèle d’accord de l’UEBL, ont été biffés en cours de négociation. C’est pourquoi, dès l’été 2009, syndicats et ONG ont appelé les autorités belges à ne pas ratifier cet accord. 100.000 personnes ont déjà signé la pétition reprenant les revendications de la Coalition travail décent, qui incluent le respect des droits des travailleurs dans les accords de commerce et d’investissement.

Le gouvernement flamand vient donc d’annoncer sa décision de ne pas ratifier ce document, ce qui signifie qu’il ne devrait jamais entrer en vigueur. Ceci constitue un résultat important pour la Coalition travail décent, qui appelle les autres gouvernements concernés à suivre les pas de leurs collègues flamands, en marquant officiellement leur refus de cet accord.

Par ailleurs, la Colombie reste à l’ordre du jour en Belgique et en Europe : ce mardi matin, une audition était consacrée à ce pays dans le cadre de la commission des Affaires extérieures de la Chambre. Parmi les personnes à y intervenir, MM. Luc Cortebeeck (CSC) et Eddy Van Lancker (FGTB) y ont fait part de leur profonde préoccupation quant aux nombreuses violations des droits de l’Homme et des droits des travailleurs. Ils ont ainsi relevé que le taux d’impunité des assassinats de syndicalistes (plus de 2700 cas depuis 1986) y est de 95%. Cette audition s’inscrivait dans le cadre d’un projet de résolution de la Chambre, basé sur un texte co-signé en 2008 par les groupes PS, cdH, Ecolo-Groen !, CD&V et sp.a.

Mais le combat pour le travail décent ne s’arrête évidemment pas aux frontières de la Belgique. Désormais, les accords de ce type se négocieront au niveau européen. De plus, la Commission européenne vient de conclure les négociations d’un Traité de libre échange avec la Colombie, où la prise en compte des droits de l’Homme en général et des droits sociaux en particulier est une fois de plus insuffisante. Elle espère en obtenir la signature au plus vite.

De nombreux mandataires belges et européens ont déjà manifesté leur préoccupation quant au résultat de ces négociations. Ils craignent, tout comme les syndicats et les ONG, qu’un tel accord porte atteinte à la crédibilité de l’Union européenne quant aux droits de l’Homme. La Coalition travail décent demande donc à la Belgique d’adopter une position forte dans ce dossier. Elle rejoindrait ainsi de nombreux autres pays, tels les Etats-Unis, le Canada et la Norvège, où des accords de ce type sont bloqués en cours de négociation ou de ratification faute de garanties sur le respect des droits humains. Au vu de la situation dans ce pays, la garantie du travail décent doit primer sur la volonté de libéraliser les échanges !

La Coalition travail décent regroupe, du côté francophone, les trois syndicats (CSC, FGTB, CGSLB) et onze organisations non gouvernementales, coordonnés par le CNCD-11.11.11.

Contacts :

  • Myriam Gistelinck (Oxfam-Solidarité) : 0486/733.278
  • Thomas Miessen (CSC/ACV) : 0495/437.251
  • Cécile Drion (FGTB/ABVV) : 0478/881.915
  • Nilufer Polat (CGSLB/ACLVB) : 0479/992.041
  • Nicolas Van Nuffel (CNCD-11.11.11) : 0485/649.104

A lire, sur le même sujet :

Lire aussi

Au Pérou, contre l'esclavage domestique

Au Pérou, contre l’esclavage domestique

Au Pérou, comme dans les autres pays d’Amérique latine, des milliers de jeunes femmes pauvres ne trouvent pas d’autre travail que celui de domestique dans des familles fortunées. Cette situation les rend très vulnérables et favorise les abus de la (...)


Travailleuses d'un sous-traitant d'Adidas
Analyse

Garantir le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement

Comment imposer aux entreprises le respect de normes sociales et environnementales et le versement d’un salaire décent dans leur chaîne d’approvisionnement ? Faute d’un accord multilatéral, c’est aux États d’agir : en garantissant la transparence, en (...)


  • Arnaud Zacharie

    25 octobre 2018
  • Lire
La centrale d'Hidroituango engloutira 79 kilomètres de berges le long des canyons de la Cauca, au Nord de la Colombie.
Une femme, une cause

Isabel Zuleta, au chevet des rivières vivantes

Cheville ouvrière du Mouvement des rivières vivantes, la jeune colombienne Isabel Zuleta s’oppose à la construction du gigantesque barrage d’Hidroituango qui engloutira 79 kilomètres de berges, faisant disparaître une riche biodiversité tropicale, des (...)


  • Jean-François Pollet

    22 octobre 2018
  • Lire

Inscrivez-vous à notre Newsletter