×

Un autre système financier international est possible !

En réponse à la crise financière et économique planétaire, les mouvements citoyens ont élaboré un programme de revendications approfondi. Mais si les gouvernements ont opéré une conversion sémantique en faveur d’alternatives, l’enjeu est désormais de passer des paroles aux actes.

Les alternatives altermondialistes

Lors du Forum social mondial de Belem, en janvier 2009, les ONG, syndicats et associations impliquées dans l’assemblée thématique sur la crise financière ont adopté un appel reprenant neuf revendications centrales : mettre les Nations unies, réformées et démocratisées, au cœur de la réforme du système financier international ; établir des mécanismes internationaux de contrôle des mouvements de capitaux ; mettre en œuvre un nouveau système monétaire international ; mettre en œuvre un mécanisme global de contrôle public et citoyen des banques ; démanteler les fonds spéculatifs et les marchés dérivés de gré à gré ; éradiquer la spéculation sur les matières premières, à commencer par les produits alimentaires et énergétiques ; démanteler les paradis fiscaux ; annuler la dette des pays appauvris ; établir un nouveau mécanisme de répartition des richesses et créer des taxes globales pour financer les biens publics mondiaux. (Voir l’appel en ligne)

Cet appel a été signé depuis lors par plus de 400 organisations de la société civile issues de tous les continents . Il a notamment été envoyé à la commission des Nations unies présidée par Joseph Stiglitz qui est chargée d’élaborer des alternatives à la crise en vue du sommet des Nations unies qui se tiendra sur la question à New York fin mai 2009. Un réseau international, baptisé Global Crisis Group, a ensuite été créé suite à la jonction entre les organisations à la base des manifestations organisées à Washington lors du premier G20 du 15 novembre 2008 et celles à la base de l’assemblée thématique du Forum social mondial de Belem. Dans la foulée, un document de référence d’une quinzaine de pages a été publié le 26 mars 2009, à la veille du second sommet du G20 organisé le 2 avril à Londres, pour développer le contenu des revendications de l’appel de Belem.

Les conversions sémantiques des gouvernements

Si l’ampleur de la crise crée des convergences au sein de la société civile, elle a également pour effet d’inciter les gouvernements à enfin envisager des réformes concrètes du système financier international. L’Union européenne et les Etats-Unis ont dénoncé les paradis fiscaux, les fonds spéculatifs et les systèmes de rémunération fondés sur les bonus et autres stock options, ainsi que les produits dérivés complexes négociés de gré à gré, comme les fameux CDS. Les pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Russie, Corée du Sud, Afrique du Sud) ont quant à eux réclamé une démocratisation et une réforme des institutions financières internationales, ainsi que la mise en œuvre d’un nouveau système monétaire international fondé sur une monnaie de réserve autre que le dollar.

Ces revendications sont toutes pertinentes et recouvrent une partie des alternatives proposées par l’appel de Belem. Certaines, comme le démantèlement des paradis fiscaux ou la création d’un nouveau système de réserve international, auraient même pour effet de transformer radicalement l’actuel système financier international. Reste que cela implique d’aboutir à des compromis planétaire et de passer des paroles aux actes, ce qui semble plus simple sur certains sujets que sur d’autres.

Les lignes de fracture

Une première ligne de fracture a semblé se dessiner entre les Etats-Unis et l’Union européenne, les premiers insistant sur la nécessité à court terme de doper et de coordonner les plans de relance et les seconds préférant se focaliser au plus vite sur les régulations du système. Mais ce clivage a largement été surfait et surmédiatisé : l’administration Obama défend des régulations qui n’ont rien à envier aux propositions européennes et un compromis a facilement été trouvé lors du G20 du 2 avril à Londres sur un plan de relance concerté.

La seconde fracture, de type Nord-Sud, semble plus complexe à résorber. En effet, les Etats-Unis ne sont pas prêts à abandonner le dollar comme monnaie de réserve internationale, alors que les pays émergents qui financent son déficit (à commencer par la Chine) menacent de vendre les bons du Trésor américain qu’ils détiennent, craignant qu’une prochaine chute du dollar dévalorise brutalement la valeur de leurs placements. La démocratisation des institutions financières internationales n’est en outre pas comprise de la même manière au Nord et au Sud.

Si la crise financière est planétaire, elle survient aussi dans un monde qui devient multipolaire, du fait de la montée en puissance de pays émergents du Sud qui financent une bonne partie du déficit colossal accumulé par les Etats-Unis. Les solutions à la sortie durable de cette crise ne pourront dès lors survenir sans l’adoption d’un compromis Nord-Sud. C’est une leçon politique majeure de l’évolution récente des relations internationales.

Lire aussi

« La crise financière de 2008 avait soulevé des émeutes de la faim dans les grands villes du Sud, affamées par la flambée des prix des produits alimentaires. A Haïti, ceux qui ne peuvent pas se payer à manger se contentent d'une galette d'argile qui tient au ventre. »
Du nord au Sud, et à l’envers

Crise de la dette au Sud

Dix ans après la chute de Lehman Brothers, les pays en développement croulent à nouveau sous les dettes. Et les répercussions sont graves : flambée des prix, politiques d’austérité, sous- investissements (...)


  • Jean-François Pollet

    18 mars 2019
  • Lire
Voyage au cœur du greenwashing avec Febelfin
Un nouveau label pour « les investissements durables et socialement responsables »

Voyage au cœur du greenwashing avec Febelfin

Febelfin propose un label pour « les investissements durables et socialement responsables » qui tolère les énergies fossiles « conventionnelles » et qui permet des seuils de 10% pour l’industrie du tabac, 10% pour le commerce des armes « normales » et (...)


  • Antonio Gambini

    8 février 2019
  • Lire
NewB. Ensemble construire la banque de demain

NewB. Ensemble construire la banque de demain

Une étape historique pour le secteur bancaire belge ! Et pour cause, le 29janvier 2019, le projet de banque coopérative NewB a déposé formellement son dossier de demande d’agrément auprès de la Banque nationale de Belgique (BNB). Ce dépôt formel fait (...)


  • Matthias Meirlaen

    29 janvier 2019
  • Lire
Qui ? Arnaud Zacharie
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 (0) 2 250 12 41

Inscrivez-vous à notre Newsletter