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Une avancée historique pour le peuple de Sarayaku

Stephane Compère Stephane Compère
3 octobre 2014

Ce 1er octobre, l’État équatorien s’est officiellement excusé auprès des 1 200 indigènes kichwa du petit village amazonien de Sarayaku pour avoir autorisé, dans les années 1990, des travaux d’exploration pétrolière sur leur territoire. Une sentence de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme avait condamné en 2012 l’État équatorien.

Ce 1e octobre, le gouvernement équatorien a reconnu ses responsabilités et a demandé pardon au peuple de Sarayaku pour des violations de droits humains perpétrés lors de travaux d’exploration pétrolière par l’entreprise CGC au début des années 2000.

Ce ne sont pas moins de quatre ministres et le Procureur général de l’État qui se sont déplacés à Sarayaku pour participer à cet acte officiel. La reconnaissance de responsabilité et la demande de pardon font suite à une sentence de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme en juillet 2012 condamnant l’État équatorien pour « violation des droits à la propriété commune, au droit à la consultation préalable, à l’identité culturelle, à la protection judiciaire et pour avoir mis en grave danger la vie et l’intégrité des membres du Peuple de Sarayaku ».

Ces excuses officielles sont une victoire pour cette communauté indigène kichwa d’Amazonie équatorienne qui lutte depuis des années pour la reconnaissance de ses droits et propose des alternatives face aux velléités des compagnies pétrolières sur son territoire.
Les autorités de Sarayaku ont signé l’acte qui met fin au contentieux. Mais elles restent sceptiques sur la réelle volonté de rédemption de l’État et sur le manque de garantie de non répétition.

Le contexte

Au début des années 2000, l’État avait donné son accord pour des prospections pétrolières dans les territoires de la communauté, mais sans passer par le processus de consultation préalable obligatoire. Face aux poses d’explosifs, coupes d’arbres, vols d’hélicoptères, la communauté a déposé plainte auprès de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH). En juillet 2012, le verdict tombe :la CIDH donne raison au peuple de Sarayaku et condamne l’État équatorien pour violation de sa constitution, exige la réparation des préjudices subis (entre autres le retrait des explosifs du territoire de Sarayaku ainsi que le paiement d’une amende) tout en rappelant le principe de consultation préalable.

Depuis ce verdict, le président, Rafaël Correa a mis plus de 3 millions d’hectares de forêt amazonienne en concession tout en mettant en évidence la sauvegarde de la forêt à travers l’initiative du parc Yasuni, qu’il a abandonné par la suite.
Les peuples indigènes, dont celui de Sarayaku, essaient d’alerter l’opinion internationale, mais en vain. Rafaël Correa a été réélu grâce aux avancées sociales (écoles, hôpitaux, recul de la pauvreté,...) financées par l’exploitation du pétrole. Suite à cela, de nombreux peuples indigènes ont décidé de rejoindre Sarayaku et son combat. Ils élaborent le projet « Forêt Vivante », un projet de développement alternatif de la forêt et de sauvegarde de centaines de milliers d’hectares par les peuples indigènes eux-mêmes.
Ce projet a été présenté à l’ONU, l’UNESCO et a fait l’objet d’un très beau film de Jacques Dochamps et José Gualinga intitulé « Le chant de la fleur », avec le soutien du CNCD-11.11.11.

Un combat soutenu par l’Opération 11.11.11

L’Opération 11.11.11, la récolte de fonds annuelle du CNCD-11.11.11, soutient depuis plusieurs années la lutte du peuple de Sarayaku à travers un autre projet « Tous ensemble pour la vie » porté par les organisations MATM et Frontière de vie. Ce projet vise à conscientiser la population équatorienne sur la nécessité de préserver la forêt amazonienne et le peuple Sarayaku qui y vit et de faire connaître le plan Tayak (plan de développement durable) mis en place par le peuple de Sarayaku pour protéger son territoire. Concrètement, ce plan comprend 4 axes : un centre de santé, un jardin botanique communautaire, un centre d’apprentissage à l’éducation interculturelle bilingue et un programme de conservation et de préservation du territoire et de la vie en Amazonie.

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