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Sénégal

Valoriser le rôle des femmes dans l’économie sénégalaise

Cécile Vanderstappen Cécile Vanderstappen
14 décembre 2012

Le riz et le yet sont des ingrédients essentiels pour réaliser un bon thiep bou dien, un des plats typiques sénégalais. Les femmes ont un rôle prépondérant dans la production et la transformation de ces ingrédients mais leur travail n’a pas la place qu’il mérite dans l’économie sénégalaise.

Quel est le secret des délices culinaires sénégalais comme le thiep bou dien ? Un savoir-faire traditionnel exploitant au mieux des ingrédients de qualité du terroir. Le yet (le cymbium en wolof) pourrait en être le symbole. Fruit de mer typique du Sénégal, sa transformation est aux mains des femmes sénégalaises depuis des générations. Mais cette ressource est aujourd’hui menacée. Sa surexploitation par des firmes étrangères le rend plus rare. Sa transformation par des entreprises chinoises et sa commercialisation en Asie vident les étals des marchés sénégalais et entachent sa renommée internationale, le yet « chinois » étant de moins bonne qualité sanitaire et nutritive que celui fabriqué traditionnellement par les femmes sénégalaises.

Un secteur sous-valorisé

D’autres obstacles entravent les femmes sénégalaises à se profiler comme chefs d’entreprises. Pour beaucoup, le faible bagage économique, financier et scolaire - seules 56% des femmes âgées de 15-24 ans sont alphabétisées - reste un réel handicap. La méconnaissance des enjeux internationaux liés à leurs activités professionnelles ne joue pas non plus en leur faveur. L’État porte sa part de responsabilité car malgré tous les atouts d’un produit comme le yet (haute valeur nutritionnelle, prix accessible, conservation facile, créateur d’emploi et de revenus), le secteur de transformation des produits halieutiques n’est pas pris en compte dans les politiques publiques, mais cette tendance pourrait être amenée à changer.. Le nouveau président sénégalais Macky Sall a en effet annulé 29 licences de pêche de navires étrangers.

Mais toute personne amatrice de bonne cuisine sénégalaise sait que si le yet est un ingrédient indispensable pour préparer un bon thiep bou dien, le riz et les légumes le sont tout autant ! Dans la Fouta, au nord du Sénégal, les femmes sont responsables des activités rizicoles et maraîchères. Et tout comme pour la pêche, les conditions ne sont pas favorables à l’entreprenariat féminin : accès inégalitaire aux titres fonciers, accaparement des terres - au Sénégal, les agrocarburants occupent 30% des terres cultivables -, pratiques pas toujours adaptées au respect de l’environnement ; de plus, seules 15% des terres aménageables sont correctement équipées pour l’irrigation.

Recherche action participative

Pour appuyer ces femmes et leur secteur d’activité, l’ONG belge Le Monde selon les femmes (MSLF) et ses partenaires locaux d’ENDA Graf et Pronat mènent un programme de renforcement des organisations professionnelles. L’Opération 11.11.11 les soutient. L’approche « genre » et la méthode « recherche action participative » sont appliquées comme dans tous les projets de développement du MSLF, ce qui induit une pleine participation des bénéficiaires du projet tout au long du processus.

Concrètement, début 2011, des groupes de femmes transformatrices des produits halieutiques et des organisations sociales ont réalisé un état des lieux du secteur ainsi qu’un diagnostic des organisations professionnelles dans quatre localités (régions de Dakar, Thiès, Fatick, Saint-Louis). Le constat est inquiétant : surexploitation des ressources naturelles, sous-valorisation par l’Etat de la contribution du secteur à la souveraineté alimentaire, difficultés organisationnelles dont un déficit du leadership féminin... En décembre 2011, une centaine d’acteurs sociaux, universitaires, professionnels et des ONG se sont réunis afin de trouver collectivement des solutions. Ils ont programmé en 2012 et 2013 une sensibilisation aux droits des femmes, des formations en management, ainsi qu’une initiation à la mondialisation et la décentralisation démontrant leurs incidences sur l’activité professionnelle des femmes. Des formations plus techniques visant l’acquisition de bonnes pratiques de transformation et de conservation des produits de la pêche sont également prévues.

Dans le domaine agricole du côté du fleuve Sénégal, dans le département de Podor, la fédération paysanne Ngatamaaré Tooro, regroupant 2.200 producteurs dont 60% de femmes, et ses partenaires ont réalisé, en 2011, une enquête sur les liens entre les activités entrepreneuriales des femmes, leur statut social et leur impact sur le développement local. Les résultats confirment les nombreux obstacles auxquelles celles-ci sont confrontées et leur rôle crucial, malgré leur nombre restreint, de levier pour le changement social. Un programme de renforcement des capacités techniques et d’autonomisation des femmes a été planifié en conséquence.

« Il s’agit d’accroître la crédibilité et la légitimité de ces organisations. Une façon de les aider à mieux défendre les intérêts de leurs membres, se réjouissent les initiatrices de ce programme ENDA Graf et Pronat. Elles pourront ainsi jouer le rôle d‘interface entre l’Etat et les collectivités locales et à terme avoir une incidence sur les politiques locales et nationales. »

Source : dlm, Demain le monde, janvier-février 2013.

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