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Varsovie : quatre « plus » pour ceux qui souffrent du climat

Véronique Rigot Véronique Rigot
9 novembre 2013

C’est la Pologne qui accueille cette année la conférence des Nations Unies pour le climat (COP-19). Du 11 au 22 novembre, les négociateurs ont deux semaines pour progresser dans la définition des contours du futur accord pour le climat. Celui-ci devra être signé en décembre 2015, à Paris. Pour les pays du Sud, plus que jamais, ces négociations internationales de Varsovie sont cruciales pour la justice climatique.

C’est désormais un rituel : chaque année, à la fin de l’automne, les pays du monde entier se réunissent pour négocier les bases du futur accord mondial pour le climat. Alors que 2015 et la signature de l’accord à Paris se profilent à l’horizon, certains observateurs considèrent Varsovie comme une conférence « transitoire » dont il ne faut pas attendre grand-chose. Ce n’est pas l’avis des pays du Sud, et en particulier des petits Etats insulaires en développement et des pays africains, pour qui Varsovie est synonyme de justice climatique. Les financements climat et l’assistance aux victimes des changements climatiques sont en effet deux dossiers sur lesquels ils attendent des avancées.

Plus de financements, et en particulier pour l’adaptation

Un rapide bilan de la période 2010-2012 nous permet de voir que, au niveau belge, la promesse de 150 millions d’EUR pour la période n’a pas été complètement honorée : il manque encore à ce jour un peu plus de 57 millions d’EUR. Par ailleurs, parmi l’argent mis à disposition, une grande partie des financements provient des budgets de l’aide publique au développement (et ne constitue donc pas de l’argent additionnel mais de l’aide « recyclée »).

Au niveau international, l’adaptation a été le parent pauvre des financements climat, ne recevant que 21% de ceux-ci. Par ailleurs, certains pays comme le Japon se sont targués de « donner » beaucoup d’argent alors que l’argent est prêté (et non donné) et doit donc être remboursé par les bénéficiaires. Le pourcentage d’argent dédié à l’adaptation au niveau belge est heureusement plus élevé et la majorité de l’argent a été donné.

Cette première expérience des financements a permis d’attirer l’attention, sur la qualité des financements, au-delà de la quantité. Il faudra donc faire plus et mieux pour l’adaptation à l’avenir.

Et justement, l’avenir commence par le présent : c’est d’abord la période 2013-2015 pour laquelle, à ce stade, il n’y a aucun engagement concret au niveau international. Quelques pays ont fait l’annonce de montants financiers , et il est inscrit dans l’accord de Doha que les pays s’engageraient à mettre au moins l’équivalent de la période 2010-2012 à disposition des pays du Sud. Nous attendons donc concrètement que la Belgique s’y engage.

Pour le plus long terme, afin de garantir l’atteinte de l’objectif de 100 milliards de dollars annuels d’ici 2020 et au-delà, il sera nécessaire d’établir un échéancier clair permettant de voir, d’année en année, la progression des financements climat. Les budgets actuels n’étant pas extensibles, la question des sources innovantes de financement (mise aux enchères des quotas d’émissions, taxe sur les transactions financières, taxe sur le transport international, réallocation progressive des subsides alloués aux énergies fossiles, etc.) devra être clarifiée le plus rapidement possible.

Plus d’assistance aux victimes

Autre gros dossier sur la table pour les pays du Sud : la création d’un mécanisme international d’assistance aux victimes des changements climatiques. La reconnaissance des pertes et préjudices climatiques constitue, aux yeux des pays du Sud, un troisième pilier de la lutte contre le réchauffement, à côté de l’atténuation (premier pilier : attaquer la cause du problème) et de l’adaptation (second pilier : s’adapter aux aléas du climat). Quand il n’est pas ou plus possible de s’adapter, dans le cas de catastrophes aigües et très spectaculaires ou dans le cas de catastrophes plus sournoises (comme par exemple la salinisation des terres et des nappes phréatiques suite à l’élévation du niveau de la mer), les pays du Sud demandent une réponse internationale pour aider les victimes des changements climatiques.

Les pays du Nord sont jusqu’ici radicalement opposés à la création d’un tel mécanisme international, et en particulier à la question de la compensation qui impliquerait un dédommagement financier. Il faudra trouver un compromis entre pays du Nord et pays du Sud et l’Union européenne devra exprimer sa solidarité avec les pays les plus vulnérables.

Plus d’ambition

Obtenir des résultats sur ces deux premiers dossiers permettra de maintenir la confiance des parties dans le processus de négociations, pour la préparation du futur accord. Mais, comme les pays du Sud le rappellent, c’est de plus d’ambition pour limiter le réchauffement que la planète a besoin, population comme écosystèmes. Plus d’ambition signifiera moins de moyens financiers nécessaires pour l’atténuation et l’adaptation, mais aussi moins de conséquences déplorables des changements climatiques et donc moins de pertes et préjudices.

Il est donc impératif que les pays industrialisés, et en particulier l’Europe, révisent leurs objectifs de réduction d’émissions, de manière à ce que la hausse moyenne de la température d’ici la fin du siècle reste limitée à maximum 2°C. Nos pays devront réduire les émissions sur nos territoires, en recourant le moins possible aux mécanismes de flexibilité mis en place, et en tenant compte des émissions contenues dans nos importations de manière à comptabiliser de façon plus juste nos émissions.

Plus d’équité

Le leitmotiv des ONG internationales est désormais « Il n’y aura pas d’accord ambitieux sans équité, et pas d’équité sans un accord ambitieux en 2015 ». Pour les pays du Sud, dont de grands pays partiellement industrialisés tels que la Chine, l’Inde ou le Brésil, qui invoquent le droit au développement, l’équité du futur accord international sera LA condition de sa signature. Ils s’attachent donc au respect du principe fondateur de la convention cadre des Nations Unies pour les changements climatiques : le principe de responsabilité commune mais différenciée.

Les négociateurs belges ont mené un travail de fonds colossal depuis deux ans pour faciliter les discussions internationales et favoriser la conclusion d’un accord. Une étape cruciale devra être franchie à Varsovie, avec l’approbation internationale d’un set de principes et d’indicateurs permettant de préciser ce concept d’équité, ainsi qu’un processus devant mener à l’approbation d’un cadre de référence international pour l’équité, qui permettra ensuite une révision des engagements à réduire les émissions en regard de l’équité.

Varsovie, une étape cruciale

On le voit, la conférence de Varsovie est une étape cruciale pour la préparation du futur accord international. 2014 sera ensuite une année charnière, avec notamment, un sommet international convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki Moon en septembre 2014, pour lequel les pays devront annoncer leurs objectifs de réduction d’émission, et l’attente d’une première version du texte du futur accord lors de la Conférence climat suivante, qui aura lieu à Lima, au Pérou, en décembre 2014.


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