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Vices et vertus du bois labellisé FSC

Philippe Lamotte Philippe Lamotte
18 décembre 2014

Imagine demain le monde - Le label FSC est apposé sur 10 à 15 % du bois vendu en Belgique. Aide-t-il vraiment les populations d’Afrique tropicale à se développer ?

Est-il approprié d’acheter des châssis, des parquets et autres lambris certifiés FSC (Fo- rest Stewardship Council) ? En Europe, où les labels relatifs au bois durable ont un certain succès, le consommateur scrupuleux sur ses achats « éthiques » est en droit d’avoir une réponse à cette question. Elle est tombée en mai dernier, à Bruxelles, lorsque le CIFOR, un centre spécialisé dans l’étude des forêts tropicales, a fait connaître les résultats d’une enquête menée dans les forêts certifiées du Cameroun, du Gabon et de la République démocratique du Congo (RDC). Originalité : leurs investigations, mandatées par le WWF, ont porté exclusivement sur la facette sociale du label au petit arbre, peut-être moins connue que le volet strictement environnemental.

Entre les Unités forestières d’aménagement certifiées et les UFA non certifiées [1], les différences sont notables et multiples. Ainsi, les aires certifiées sont associées à de meilleures conditions de travail pour les ouvriers forestiers et de meilleures conditions de vie pour les populations riveraines. Les centres médicaux et les assurances santé, par exemple, sont présents dans 100% des forêts couvertes par le label, alors qu’ils ne le sont que dans – respectivement – 38 % et 25 % des forêts non labellisées. En cas de résolution des conflits entre exploitants et communautés locales, une procédure écrite existe dans 25% des UFA certifiées et... jamais dans les UFA sans label.

Mais la principale différence, aux yeux des enquêteurs du CIFOR, réside dans l’existence d’« institutions locales », lieux de dialogue entre les communautés de villageois et les exploitants pour favoriser le développement local. « Si vous achetez en Europe une chaise certifiée FSC, vous avez beaucoup plus de chance que le bois qui la constitue ne provienne pas d’un lieu sacré, résume Paolo Omar Cerutti, principal auteur de l’étude. Tout simplement parce qu’exploitants et populations locales se sont rencontrés, via leurs représentants, deux ou trois mois avant les travaux d’abattage. »

Un système « juge et partie »

Paradoxalement, la paix sociale est vite compromise dans les UFA certifiées, car celles-ci, pour obtenir le label, doivent imposer des restrictions de chasse commerciale ou de pratiques agricoles. Ce qui ne passe pas toujours comme une lettre à la poste auprès de populations généralement très pauvres, tentées par le braconnage ou le brûlis. Mais cela témoigne, au moins, de la volonté très affirmée des exploitants de protéger la biodiversité – une autre fonction du FSC – lorsque les autorités de l’Etat concerné ne s’y emploient pas. Ce qui est très fréquent.

De tels résultats, globalement très positifs, pourraient faire sourire, si l’on sait que le WWF, cofondateur du label FSC il y a une vingtaine d’années, est le commanditaire de l’étude. Sauf que voilà : on imagine mal le CIFOR, institution scientifique de renommée internationale, engager sa crédibilité sur un sujet aussi sensible sans avoir assuré ses arrières : l’investigation porte sur 69 villages et 360 interviews individuelles, auxquelles se sont ajoutées des rencontres plus informelles au- tour d’une bière fraîche...

En présentant les résultats à Bruxelles en mai dernier, le représentant du CIFOR n’a rien caché des faiblesses de l’étude, ni des failles du FSC. Ainsi, rien ne permet d’établir une relation de cause à effet entre le FSC et les améliorations des conditions de vie des locaux. Il a également regretté que les certificateurs des UFA labellisées soient choi- sis et payés par les entreprises forestières. Un système « juge et partie » pas très sain.

Le CIFOR, enfin, n’a pas éludé la question la plus délicate : en érigeant un système de normes privées, le label FSC, instrument de marché très apprécié par la Commission européenne, ne se substitue-t-il pas aux Etats africains concernés ? Qui, la plupart du temps, ne font pas respecter leurs propres réglementations sur l’environnement ni, sur- tout, sur le respect et la sécurité des travailleurs et des peuples forestiers ?

Au terme d’un débat très nourri mené au siège de la Coopération technique belge (CTB), on aura en tout cas noté un élément qui vaut le détour. Même Greenpeace, qui ne se prive jamais de critiquer les failles du FSC, a admis que celui-ci était, en dépit de ses dé- fauts, « actuellement le meilleur système actuel de certification au monde »...

Les bons côtés
Le label FSC permet d’améliorer de façon substantielle et objective le respect des travailleurs forestiers et des populations locales.
Plusieurs critères sont pris en compte : environnemental, social et économique.
C’est un instrument de marché opérationnel notamment apprécié par l’Union européenne.
En extension constante (actuellement 5 millions d’hectares en Afrique tropicale), il tire « vers le haut" les exploitants non certifiés.
Les moins bons
C’est un système normatif privé qui se substitue à un véritable contrôle gouvernemental.
Les certificateurs « indépendants » sont choisis et payés par les exploitants (qui se retrouvent juges et parties).
Les coûts sont très élevés pour les exploitants qui y adhèrent.
Les abattages « artisanaux » (jusqu’à 50 % de la déforestation) ne sont pas couverts.

[1Les Unités forestières d’aménagement (UFA) sont les forêts gérées pour la production de bois par des entreprises concessionnaires (généralement de très grande taille), qui disposent de titres en bonne et due forme attribués par les gouvernements locaux.

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