Opération 11.11.11

Violences, narcotrafic, terres accaparées... Ne laissons pas seules les communautés du nord de la Colombie

Photo fournie par Solsoc

Depuis plus de 50 ans, la Colombie est marquée par la violence et les conflits. Malgré la signature des accords de paix en 2016 par l’Etat colombien et la guérilla des FARC, de nombreuses zones du territoire subissent encore les conséquences de la violence entre groupes armés – forces paramilitaires ou groupes liés au narcotrafic.

Au Nord du pays, dans les sous-régions de l’Urabá et du Bajo Cauca, les forces en présence se disputent le territoire au détriment des communautés locales. Démunies face à un climat général d’impunité, celles-ci sont des proies faciles pour des secteurs agro-industriels qui profitent de la situation. Sur place, l’Institut Populaire de Formation (IPC) aide les organisations communautaires à défendre leur territoire, avec le soutien de l’ONG belge SolSoc et de l’Opération 11.11.11.

Face à des nébuleuses sans scrupule, des familles défendent leurs terres

Dans l’Urabá, où domine l’agro-industrie bananière et l’élevage intensif, des milliers de familles se sont vu spoliées de leurs terres par des industries sans scrupule. Les processus de réclamation de terres s’avèrent longs et complexes, car il faut pouvoir prouver que la vente a été effectuée à un prix dérisoire, et surtout sous la menace (les anciens propriétaires ont parfois dû quitter leur terre pour sauver leur vie). Dans le cadre de ces procédures judiciaires, les réclamants se retrouvent seuls face à des entreprises puissantes, qui possèdent désormais ces terres, et qui s’allient avec des groupes armés.

Au cours des dernières années, les actions de plaidoyer soutenues par l’IPC ont contribué à ce que des centaines de familles paysannes entament un processus de restitution. Par peur ou méconnaissance, elles n’avaient jusque-là pas osé entamer ces processus. A ce jour, 98 d’entre elles ont obtenu gain de cause.

Violences, narcotrafic, terres accaparées... Ne laissons pas seules les communautés du nord de la Colombie
Violences, narcotrafic, terres accaparées... Ne laissons pas seules les communautés du nord de la Colombie
© Solsoc (fournie par)

Le travail ne s’arrête pas là : il faut réinvestir les terres récupérées après des années, voire décennies, de combat. L’IPC aide les familles à le faire, à travers le développement d’activités productives qui respectent les principes de l’économie sociale et solidaire (culture, transformation et commercialisation de céréales et de produits maraichers). L’investissement dans des machines comme une batteuse de riz, une emballeuse et un extracteur d’huile permet de générer de meilleurs revenus.

Dans le Bajo Cauca, c’est à d’autres problèmes que font face les habitants. Victimes de l’appétit vorace des industries minières, ils luttent contre les pollutions de la rivière Nechi qui détruisent les écosystèmes, et avec eux leurs moyens de subsistance (la pêche en particulier).

98 familles ont récupéré leur terre devant les tribunaux

Depuis l’an dernier, cette lutte passe par la mise en réseau des organisations communautaires pluriethniques (afro, indigènes, paysannes) à travers le réseau Red Pluriétnica. Réunies, les organisations sont plus fortes pour alerter les pouvoirs publics.

ce travail de soutien à la fois juridique et agricole illustre parfaitement le sens de notre engagement dans les pays du Sud. En Colombie comme ailleurs, nos partenaires font face à des crises multiples. Nous sommes à leurs côtés.

Combattre les abus là-bas... depuis ici

© Solsoc

Les situations d’abus dont sont victimes les communautés colombiennes paraissent lointaines depuis la Belgique. Toutefois, notre pays et ses entreprises, à travers un modèle de production ancré dans la mondialisation effrénée, contribuent directement ou indirectement à renforcer cette situation. Une étude récente le montre. Commandée par l’organisation Solsoc avec des organisations partenaires en Colombie, cette étude illustre les impacts concrets dans les filières des bananes et des mines.

Elle montre aussi que l’adoption d’instruments juridiquement contraignants, comme une législation sur le devoir de vigilance devoir de vigilance des multinationales, permettrait aux victimes de violations des droits humains et/ou de l’environnement d’accéder à la justice et d’obtenir réparation.

C’est tout le sens du plaidoyer politique qui est actuellement mené par la société civile belge et européenne pour mettre en place un devoir de vigilance. Le CNCD-11.11.11 en est l’une des chevilles ouvrières.

Suivez notre campagne sur www.devoirdevigilance.be

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