Communiqué de presse

Pourquoi il faut défendre la loi belge sur les fonds vautours

7 mars 2018

Ce 7 mars, le CNCD-11.11.11, son homologue néerlandophone 11.11.11 et le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) ont présenté leurs arguments devant la Cour constitutionnelle dans le cadre d’une audience publique. En effet, ils interviennent aux côtés de l’État belge pour défendre la loi de 2015 visant à lutter contre les fonds vautours. Celle-ci fait l’objet d’un recours introduit par le fonds d’investissement NML Capital en 2016.

Avant l’audience, une action symbolique menée par les 3 ONG avec le soutien des réseaux ADES, Financité, Rethinking Economics et du Théâtre Croquemitaine a eu lieu place royale, face à la Cour constitutionnelle, afin d’illustrer pourquoi il faut défendre la loi belge relative aux fonds vautours.

Les fonds vautours sont des fonds d’investissements généralement installés dans des paradis fiscaux. En l’occurrence, NML Capital, une filiale du groupe Eliott, propriété du milliardaire Paul Singer, est enregistré aux îles Caïmans. Ces fonds sont spécialisés dans le rachat à bas prix de vieux titres de la dette de pays surendettés. Ces fonds multiplient ensuite les procédures judiciaires pour obtenir un remboursement équivalent à la totalité de la valeur nominale de la dette majorée des intérêts et de pénalités de retard. Les taux de profits des fonds vautours oscillent entre 300% et 2000%. Cette spéculation s’exerce aux dépens des populations et de leurs droits sociaux fondamentaux. A titre d’exemple, en 2011, en RDC, les montants réclamés par trois fonds vautours équivalaient à 85% du budget national consacré à la santé et à 41% du budget de l’enseignement.

Pourquoi il faut sauver la loi belge ?

La Belgique a adopté en 2008 une première loi permettant de protéger les montants issus de l’Aide publique au développement de ces fonds. En effet, par le passé, un fonds vautour, Kensington International, une autre filiale du groupe Eliott, avait réussi à obtenir la saisie de fonds publics belges destinés à deux projets de coopération au développement au Congo-Brazzaville.

En 2010, le Royaume-Uni a adopté à son tour une loi interdisant aux fonds vautours de capter les réductions et annulations de dette accordées par le FMI aux pays pauvres et très endettés.

La loi belge de 2015 va un cran plus loin. Fait remarquable, elle a été adoptée à la quasi-unanimité par le Parlement, au-delà du clivage majorité-opposition. La loi interdit aux fonds vautours d’exiger un montant plus élevé que celui auquel ils ont initialement acheté les dettes sur le marché secondaire. Pour cela, le juge doit établir que le créancier cherche à obtenir un « avantage illégitime », en fonction d’un certain nombre de critères : lorsqu’il y a une disproportion manifeste entre le prix payé et le montant réclamé ; l’État était insolvable ou dans une situation de risque imminent de défaut lors du rachat de la créance ; le créancier est légalement établi dans un paradis fiscal, etc.

Pour les 3 ONG, « en l’absence de mécanisme multilatéral, ce type de loi nationale est indispensable pour contrer les fonds vautours. Paul Singer et NML Capital l’ont bien compris, c’est pourquoi ils essayent à tout prix de faire annuler cette loi avant qu’elle ne puisse inspirer les autres pays créanciers. L’enjeu de ce procès à la Cour constitutionnelle va donc bien au-delà des frontières belges, car si elle était généralisée, elle permettrait de couper les ailes aux fonds vautours ».

<portfolio|v3|id_album=91>

Lire aussi

La régulation inachevée de la finance mondiale
Carte blanche

La régulation inachevée de la finance mondiale

Suite à la crise financière de 2008, le G20 s’était engagé à réguler la finance mondiale pour éviter qu’une telle crise puisse se répéter. Dans ce but, il a confié au Comité de Bâle le soin de renforcer les réglementations prudentielles des banques et à (...)


A quand la prochaine crise financière ?
Géostratego

A quand la prochaine crise financière ?

Suite à la crise financière mondiale de 2008, le G20 s’était engagé à réformer l’architecture de la finance mondiale. Toutefois, malgré certaines avancées, l’autorégulation continue d’être la règle et les risques systémiques ne sont pas maîtrisés. Par (...)


Inscrivez-vous à notre Newsletter