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Assises 2015 / Coopérer dans un monde en mutation

9 juin 2015

Déclaration finale des Assises de la Coopération non-gouvernementale (29-30 mai 2015).

Nous, participants aux Assises 2015 de la coopération non-gouvernementale,
Considérant que
 :

  • L’ordre mondial de ce début de 21e siècle est en profonde mutation. Le monde dominé par les pays occidentaux laisse progressivement la place à un monde de plus en plus multipolaire, caractérisé par l’émergence de puissances régionales du Sud qui remettent en cause l’ordre international existant. Ce basculement du monde contribue à remettre en question l’approche Nord-Sud traditionnelle de la coopération au développement : d’une part, il n’y a plus un seul Sud mais plusieurs, avec des pays dont les caractéristiques économiques et sociales sont de plus en plus différentes ; d’autre part, le temps où les Occidentaux pouvaient dicter la marche à suivre au reste du monde est révolu. La montée en puissance de la coopération Sud-Sud met fin au monopole occidental en matière de coopération au développement.
  • La mondialisation a entraîné une redistribution internationale des richesses impliquant des gagnants et des perdants : elle a bénéficié au décile le plus riche de la planète et aux classes moyennes des pays émergents, qui ont vu leurs revenus fortement augmenter, mais elle a été négative pour le décile le plus pauvre du monde et les classes moyennes des pays industrialisés, dont les revenus réels ont stagné. Si les inégalités Nord-Sud, qui sont toutefois toujours très élevées, ont diminué grâce aux performances de la Chine et de l’Inde, les inégalités sociales ont augmenté à l’intérieur de quasi tous les pays, tandis que les femmes représentent la majorité des pauvres dans le monde. C’est pourquoi la mobilisation des ressources domestiques et leur juste répartition dans chacun des pays représentent des facteurs décisifs de financement du développement et d’éradication de la pauvreté dans le monde.
  • L’instabilité du système international provoque des crises globales – financière, économique, sociale, écologique, alimentaire, politique – qui affectent dans des proportions diverses tous les citoyens du monde, qu’ils soient du Nord ou du Sud. En particulier, la double contrainte de la stabilité climatique et de l’approvisionnement en ressources naturelles pose la question des capacités de la planète à assumer l’impact environnemental du développement mondial. De plus en plus, le renforcement de la coopération internationale est devenu une nécessité non seulement pour régler des problèmes spécifiques dans les pays pauvres du Sud, mais aussi pour régler par le biais de partenariats globaux des problèmes communs. Les nouveaux Objectifs de développement durable des Nations unies ne concernent plus, comme c’était le cas des Objectifs du millénaire pour le développement, les seuls pays en développement, mais tous les pays, du Nord comme du Sud.
  • En Europe et ailleurs dans le monde, l’impact des crises globales exacerbe les tentations de repli sur soi. L’argument selon lequel il y a suffisamment de problèmes en Europe sert d’alibi pour réduire les budgets d’aide au développement et mener des politiques migratoires restrictives. Les conflits qui se multiplient aux frontières de l’Europe, dont l’incapacité à définir une politique de voisinage cohérente est patente, exacerbe les tensions et met en péril les fondements du « vivre ensemble ». Plutôt que s’opposer, mondialisation et fondamentalismes semblent aller de pair. La solidarité internationale et la cohabitation culturelle représentent un défi majeur dans un monde marqué par les replis identitaires.

Déclarons que :

  • Le monde dans lequel la coopération au développement traditionnelle s’est épanouie n’existe plus. La coopération au développement du 21e siècle consiste moins à organiser le transfert de flux d’aide du Nord vers le Sud qu’à répondre aux enjeux mondiaux. Dans ce contexte, les ONG et les autres organisations de la société civile (OSC) doivent adapter leurs modes de pensée et d’action. Si leur plus-value diminue en matière de fournitures de biens et de services et de renforcement des capacités dans les pays en développement, un rôle fondamental est dévolu à celles qui sauront s’adapter à l’évolution du contexte mondial.
  • Pour s’adapter au nouveau contexte international, les ONG et les autres OSC disposent de solides atouts : elles sont des laboratoires d’idées et des productrices de valeurs dans un monde en perte de sens ; elles ont accumulé une solide expérience en matière de partenariats et de réseaux internationaux ; elles disposent de structures leur permettant de s’adapter à des contextes instables et à des situations de crise ; elles ont les capacités de mobiliser les citoyens et de faire reposer leurs actions sur une large base sociale.
  • Sur base de ces atouts, les ONG et les autres OSC peuvent jouer plusieurs rôles de premier plan dans le nouvel agenda du développement mondial : celui de contre-pouvoir démocratique et de plaidoyer envers les gouvernements et les entreprises en faveur d’enjeux mondiaux comme la cohérence des politiques en faveur du développement (CPD) et le respect des droits humains et des normes sociales et environnementales ; celui de l’éducation à la citoyenneté mondiale envers les citoyens afin de les sensibiliser aux enjeux mondiaux ; celui du partage des savoirs et de co-production de services et de biens publics dans le cadre de partenariats internationaux multi-acteurs, notamment en matière de protection sociale, de souveraineté alimentaire, de justice, d’environnement et de travail décent ; celui de l’aide humanitaire envers les populations victimes des conflits et des catastrophes environnementales qui risquent d’augmenter ; celui d’acteurs de changement social en renforçant les mouvements sociaux et citoyens dans leur propre société et en les articulant à l’échelle internationale à travers des partenariats et des coalitions larges d’organisations de la société civile.
  • Dans la coopération au développement du 21e siècle, l’ancrage social des ONG et des autres OSC est une nécessité absolue pour garantir à leurs actions des soutiens populaires et financiers suffisants et être en capacité de construire à l’échelle locale, nationale et internationale des partenariats, des alliances et des coalitions larges et représentatives d’organisations de la société civile. En tant que contre-pouvoirs démocratiques, les OSC sont indépendantes des gouvernements et définissent leur agenda d’actions en toute autonomie. Cet agenda doit toutefois s’inscrire dans un dialogue ouvert avec les pouvoirs publics : pour inciter les gouvernements à mener des politiques publiques favorables au nouvel agenda du développement mondial ; pour développer des formes innovantes de financements publics et de coopération au développement adaptées aux enjeux mondiaux contemporains ; pour promouvoir la construction d’Etats de droit démocratiques, stratèges et solidaires qui sont la clé du développement mondial.
  • Face aux tentations de repli sur soi dans un monde en mutation, la seule réponse adéquate et durable est le renforcement de la coopération internationale dans un cadre multilatéral et démocratique. Le monde a besoin d’un nouveau paradigme fondé sur les quatre points cardinaux qui doivent orienter le nouvel agenda du développement mondial : l’accomplissement des droits humains fondamentaux, l’expansion de la démocratie, le respect de l’environnement et la diversité culturelle. C’est dans ce but que doivent s’inscrire les stratégies des ONG et des autres organisations de la société civile à travers l’approfondissement et l’élargissement de coalitions et de partenariats globaux.

Fait à Bruxelles, le 30 mai 2015.

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