Baromètre 2023 de la solidarité internationale

La majorité des Belges soutient la lutte contre le dérèglement climatique, l’aide au développement, la justice fiscale, la souveraineté alimentaire et la régularisation des sans-papiers, mais près d’un Belge sur deux soutient l’idée d’une « pause environnementale ». Découvrez les résultats du baromètre de la solidarité internationale réalisé en collaboration avec le Vif.

Le CNCD-11.11.11 publie, en collaboration avec Le Vif, le Baromètre 2023 de la solidarité internationale, afin de sonder l’avis des Belges sur les grands enjeux internationaux. Il révèle que les trois quarts des Belges soutiennent les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais que 44% sont favorables à une « pause environnementale » en matière de protection de la biodiversité. Un Belge sur deux est par ailleurs favorable à une augmentation de l’aide belge au développement. En matière de justice fiscale justice fiscale
Justice fiscale
Justice Fiscale
, huit Belges sur dix souhaitent durcir les mesures contre les paradis fiscaux et instaurer un impôt sur les grosses fortunes en Belgique. Le Baromètre 2023 confirme également le soutien croissant à la régularisation des sans-papiers, désormais soutenue par près de six Belges sur dix. Voyez les principales conclusions de ce sondage.

Le soutien des Belges aux politiques de lutte contre le dérèglement climatique reste massif

Le Baromètre 2023 de la solidarité internationale confirme le soutien de la population belge à des mesures climatiques ambitieuses visant à réduire les émissions de CO2. Ainsi, 74% de la population se déclare favorables à des politiques visant à « investir dans les énergies renouvelables (solaires, éoliennes, hydrauliques) et sortir des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) », tandis qu’à peine 9% des personnes sondées s’y opposent. Près des deux tiers des Belges (64%) souhaitent réduire les émissions européennes de gaz à effet de serre de 55% en 2030, comme l’a décidé l’Union européenne.

De même, 74% des Belges soutiennent l’économie circulaire, afin d’exiger des entreprises le recyclage complet des ressources naturelles incorporés dans les produits, et 73% des Belges se déclarent en faveur de politiques de rénovation des bâtiments.

Le soutien est également assez net pour la taxe carbone aux frontières de l’UE (61% favorables contre 14% défavorables et 25% d’indécis) et pour financer le Fonds vert pour le climat Fonds vert pour le climat pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (42% favorables contre 17% défavorables et 30% indécis).

Près de six Belges sur dix (59% favorables contre 14% défavorables) souhaitent par ailleurs réformer la politique agricole pour favoriser une agriculture moins intensive et plus respectueuse de l’environnement.

Parmi les mesures proposées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, seul le remplacement des voitures à moteurs thermiques par des véhicules électriques, tel qu’il est prévu à l’horizon 2035 dans l’UE, n’est pas soutenu : 41% des Belges y sont défavorables contre seulement 27% d’opinions favorables. Le soutien à cette mesure tend à baisser d’année en année, puisque que 31% des Belges y étaient favorables en 2022 et 39% en 2021.

Une série de nouvelles questions ont été posées sur la gouvernance climatique, et les résultats vont également dans le sens d’attentes élevées de la population belge : 81% des Belges souhaitent que « les responsables politiques fassent preuve de plus de transparence sur leurs relations avec les lobbyistes des industries polluantes » et 76% estiment qu’« il est du devoir des ministres compétents de participer aux négociations climatiques européennes et internationales ». Le message est clair à l’approche de la COP28, quand on sait que la ministre flamande a déjà annoncé son refus d’y participer, pour la deuxième année consécutive. Par ailleurs, 67% des Belges estiment que la Belgique doit réduire les subventions aux énergies fossiles et les rediriger vers les énergies renouvelables et les mesures sociales pour la transition énergétique.

Il est à noter que ces résultats ne varient pas significativement entre les catégories d’âge, ni entre les régions du pays.

Les Belges soutiennent l’idée d’une « pause environnementale »

Si les Belges soutiennent massivement les politiques de lutte contre le changement climatique Justice climatique
changement climatique
changements climatiques
, ce n’est pas le cas en matière de protection de la biodiversité. L’idée d’une pause dans l’adoption de réglementations environnementales européennes visant à protéger la biodiversité a agité la classe politique européenne au printemps dernier, provoquant même une petite crise au sein de la coalition Vivaldi, après des déclarations du Premier ministre Alexander De Croo, qui l’avait soutenue. Le sondage indique que 44% des Belges sont favorables à une telle pause. Seuls 20% des Belges y sont opposés. Un résultat qui interpelle d’autant plus que cette idée de pause a principalement été agitée dans le cadre du débat sur la Loi de restauration de la nature, qui visait principalement à favoriser une agriculture plus respectueuse de l’environnement, ce à quoi 59% des Belges sont favorables (cf. supra).

Le soutien des Belges à l’aide au développement coopération au développement
aide publique au développement
aide au développement
augmente

La moitié des Belges (50%) souhaite une augmentation de l’aide publique au développement, tandis que 23% souhaitent la réduire. A la question de savoir si la Belgique devrait respecter l’engagement international de mobiliser 0,7% de son revenu national brut en aide au développement (contre 0,45% actuellement), 44% des Belges répondent favorablement (contre 41% en 2022 et 40% en 2021), tandis que 24% ne le souhaitent pas (contre 27% en 2022 et 2021) et que 32% sont sans avis (comme les années précédentes).

En ce qui concerne les mesures visant à alléger la dette des pays à faible revenu, dont la majorité est surendettée ou en situation de risque élevé de surendettement, 72% des Belges sont favorables à une forme d’annulation de dette, mais la mesure privilégiée par 45% des Belges est l’annulation de la dette des pays en développement « à condition qu’ils utilisent les montants libérés pour des investissements verts dans les énergies renouvelables et les objectifs de développement durable Objectifs de Développement Durable
Objectifs de développement durable
ODD
SDG
Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en 2015, constituent le cadre de référence des Nations unies pour le développement international. Ils remplacent les 8 objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui se focalisaient sur les seuls symptômes sociaux de la pauvreté dans les pays en développement, sans en interroger les causes structurelles. Principaux changements ? Tous les pays sont concernés et les objectifs, désormais au nombre de 17, sont déclinés en 169 cibles précises. Les ODD sont donc, en bref, l’horizon que s’est fixé l’ONU pour un développement harmonieux.

Ce programme est ambitieux, puisqu’il vise à généraliser à l’ensemble du monde le développement économique et social, tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des ressources naturelles. Une perspective illusoire sans une transition rapide et radicale vers de nouveaux modèles de développement, à la fois plus pauvres en carbone, moins gourmands en matières premières et plus équitablement répartis.
 », tandis que 20% des Belges privilégient une annulation partielle de la dette de ces pays et que 7% plaident pour une annulation totale. Seuls 10% des Belges pensent qu’il faudrait « imposer aux pays en développement de rembourser l’intégralité de leur dette » (les 17% restants étant sans avis).

Les Belges plébiscitent la justice fiscale

En matière de fiscalité, le Baromètre 2023 confirme la tendance exprimée lors des précédentes éditions : les Belges plébiscitent la justice fiscale et la lutte contre les paradis fiscaux. 81% des Belges souhaitent en effet durcir les mesures visant à abolir les paradis fiscaux et 74% soutiennent l’instauration d’un taux d’impôt minimum mondial sur les bénéfices des sociétés (tel que décidé par l’OCDE).

Le soutien à l’instauration d’un impôt sur les grandes fortunes en Belgique (sur les patrimoines supérieurs à 1 million EUR hors résidence principale) ne cesse par ailleurs d’augmenter : 80% des Belges y sont favorables en 2023, contre 74% en 2022 et 64% en 2021.

Les Belges soutiennent également de plus en plus clairement l’instauration de nouvelles taxes européennes visant à mobiliser des ressources propres pour financer le plan de reconstruction post-Covid et les politiques climatiques du Green Deal Green Deal
Pacte vert européen
européen : 74% des Belges plébiscitent un impôt européen sur les grands patrimoines (contre 70% en 2022 et 72% en 2021) ; 71% soutiennent un impôt minimum européen sur les bénéfices des sociétés (contre 69% en 2022 et 68% en 2021) ; 53% une taxe européenne sur le kérozène et sur les billets d’avion (contre 55% en 2022 et 52% en 2021) ; 61% soutiennent la taxe européenne sur les déchets plastiques (contre 48% en 2022 et 52% en 2021) et près de 52% des Belges restent favorables à une taxe européenne sur les transactions financières (comme en 2022). Seule la taxe sur les services numériques n’a pas la faveur des Belges (seulement 27% sont favorables contre 45% en 2022 et 41% en 2021).

Les trois quarts des Belges plaident pour un commerce international plus juste

76% des personnes sondées estiment que les accords commerciaux négociés par l’Union européenne devraient intégrer des normes sociales et environnementales normes sociales et environnementales contraignantes incluant un mécanisme de sanction (ce qui n’est pas le cas actuellement). Le projet de directive européenne sur le devoir de vigilance devoir de vigilance , visant à imposer aux entreprises multinationales de démontrer avoir pris les mesures nécessaires pour assurer le respect des droits humains et de l’environnement par tous leurs sous-traitants, est lui aussi plébiscité (75% favorables contre seulement 5% défavorables et 20% indécis).

Les Belges prônent la souveraineté alimentaire Souveraineté alimentaire pour réduire l’insécurité alimentaire dans les pays en développement

Pour répondre à la crise alimentaire dont sont victimes un nombre croissant de pays en développement, les Belges privilégient le renforcement de la souveraineté alimentaire pour être en mesure de nourrir leur propre population (75% d’avis favorables), ainsi que l’instauration d’un système multilatéral de gestion des stocks alimentaires pour réguler les marchés agricoles et enrayer la volatilité des prix (67% d’avis favorables) et l’instauration d’un mécanisme obligeant les principaux pays producteurs à fournir une aide au Programme alimentaire mondial (62% d’avis favorables).

Les Belges de plus en plus favorables à une régularisation des sans-papiers résidant depuis au moins 5 ans en Belgique

En matière d’asile et de migration, la majorité des Belges (53% favorables contre 29% défavorables) continue de soutenir les mesures de protection temporaire prises en faveur des réfugiés ukrainiens. D’autre part, 41% des Belges pensent que tous les demandeurs d’asile fuyant la guerre ou la persécution, indépendamment de leur pays d’origine, devraient être accueillis dans les mêmes conditions que les réfugiés ukrainiens (contre 44% en 2022), tandis que 34% pensent le contraire (contre 29% en 2022).

En outre, la majorité des Belges soutient une réforme de la politique européenne d’asile et de migration plus respectueuse des droits humains : 57% des Belges soutiennent l’ouverture de voies sûres et légales de migration voies sûres et légales de migrations
voies sûres et légales de migration
sur base de critères objectifs et transparents (contre 66% en 2021 et 2022) et 71% souhaitent réviser le Règlement de Dublin et répartir équitablement les demandeurs d’asile entre les Etats membres (contre 65% en 2022 et 60% en 2021). En revanche, 63% des Belges sont d’accord de traiter les procédures d’asile dans les pays d’émigration et de transit sans permettre d’accès préalable au sol européen (contre 56% en 2021 et 2022) – une mesure envisagée par l’UE mais qui ne respecte pas le droit d’asile défini par la Convention de Genève. Par ailleurs, 66% des Belges souhaitent réduire à six mois maximum le délai de traitement des demandes d’asile dans l’UE (contre 67% en 2022 et 71% de 2021) pour accélérer les procédures et ne pas laisser les demandeurs d’asile trop longtemps dans l’expectative.

Enfin, le Baromètre 2023 de la solidarité internationale confirme la tendance observée en 2022 : le soutien des Belges à la régularisation et à l’octroi d’un permis de travail aux personnes sans papiers qui résident depuis au moins 5 ans en Belgique ne cesse d’augmenter : 58% des Belges se déclarent favorables « à la régularisation et à l’octroi d’un permis de travail aux personnes sans-papiers résidant depuis au moins 5 ans en Belgique et ayant pu prouver leur intégration », contre 21% qui y sont opposés. Il s’agit d’une confirmation de la tendance observée en 2022, lorsque 54% des Belges étaient favorables à cette mesure, contre seulement 31% en 2021.

Une telle augmentation s’explique en particulier par le retournement de l’opinion flamande : 54% des Flamands sont favorables à une telle régularisation (contre 51% en 2022 et 23% en 2021). L’opinion francophone n’est toutefois pas en reste : 63% des Wallons et 67% des Bruxellois sont désormais favorables à cette mesure, alors que 57% de Belges francophones la soutenaient en 2022 et seulement 42% en 2021. Il n’y a que 18% des Wallons et Bruxellois et 25% des Flamands qui y sont opposés.

Les résultats de ce sondage révèlent que les Belges ne sont pas opposés en soi au droit d’asile et à l’immigration, mais qu’ils souhaitent que la politique d’asile et de migration soit encadrée par des critères objectifs, transparents et équitables. La pénurie croissante de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs peut aussi expliquer l’évolution de l’approche des Belges envers les sans-papiers.

Le Baromètre 2023 de la solidarité internationale a été réalisé entre le 2 et le 10 octobre par Dedicated Research sur un échantillon représentatif de 1.505 Belges âgés de 18 ans et plus. Cet échantillon est donc supérieur d’un tiers aux précédentes éditions du Baromètre, ce qui permet d’améliorer l’exactitude des résultats. La marge d’erreur maximale est de 2,53%.


Le sondage a été réalisé dans le cadre du projet européen "Vers une Europe ouverte, juste et durable dans le monde – 4e projet en trio de la Présidence du Conseil de l’UE”. Le projet est financé par l’Union européenne et mis en œuvre par les plateformes nationales HAND (Hongrie), CNCD-11.11.11 et 11.11.11 (Belgique), La Coordinadora ONG (Espagne), ainsi que CONCORD.

Ce sondage est financé par l’Union européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité du CNCD-11.11.11 et de 11.11.11 et ne reflète pas nécessairement les vues de l’Union européenne.