Produire du lait dignement, un combat mené en Belgique et au Burkina Faso

Vous connaissez sans doute le lait Fairebel , qu’on trouve dans les rayons des supermarchés. Issu d’une coopérative de producteurs laitiers, il vise à garantir un revenu équitable aux agriculteurs, auxquels la grande distribution n’offre que des revenus de misère. Mais connaissez-vous FaireFaso , le label similaire développé au Burkina Faso, à l’initiative de producteurs locaux et belges, avec le soutien d’Oxfam-Solidarité et de l’Opération 11.11.11 ?

Produire du lait dignement, un combat mené en Belgique et au Burkina Faso
© Tineke D'haese, Oxfam.

La Belgique et le Burkina Faso connaissent des réalités bien différentes. Mais leurs producteurs laitiers sont confrontés à des défis très similaires : concurrence déloyale des géants industriels comme Danone ou Lactalis, travail à perte, difficultés de vivre de l’agriculture familiale... autant de conséquences désastreuses de l’évolution de la politique agricole mondiale et européenne.

Pendant 30 ans, l’Europe a régulé le secteur laitier, avec des quotas qui limitaient la production. Mais depuis 2015, le secteur est libéralisé. Les quotas ont cédé la place à la production non-contrôlée, à la course au profit et aux prix planchers. Si le consommateur gagne quelques centimes par carton de lait, c’est surtout le secteur de la distribution qui en profite. Les agriculteurs, eux, trinquent. De très nombreuses petites exploitations ont dû mettre la clé sous le paillasson. Le sujet est tabou, mais on sait aussi que le taux de suicide dans la profession est très élevé.

Les producteurs africains, eux aussi, sont victimes des politiques européennes : les excédents de lait européen, conditionnés sous forme de poudre, sont exportés à des prix bradés sur les marchés africains. Conséquence : les producteurs locaux sont concurrencés par des prix inférieurs à leurs coûts de production. Sur les marchés de Ouagadougou, le litre de lait importé se vend 200 francs CFA, contre 350 francs CFA pour le lait local.

Face à une situation intenable, les petits producteurs agricoles, ici comme là-bas, s’organisent en coopérative pour défendre une certaine conception de l’agriculture familiale, diamétralement opposée au modèle agro-industriel. L’Opération 11.11.11 soutient leur combat.

Lamini Traoré, chef ouvrier à Fairefaso : « Ici, la machine conditionne le lait dans des sachets de 200 grammes et à côté, on a la machine pour faire des yaourts. »
Lamini Traoré, chef ouvrier à Fairefaso : « Ici, la machine conditionne le lait dans des sachets de 200 grammes et à côté, on a la machine pour faire des yaourts. »
© Tineke D'haese, Oxfam

A travers le projet FaireFaso, les petits producteurs ont uni leurs forces, tant en termes de plaidoyer et de promotion, que de savoir-faire, de sécurité alimentaire et d’investissements. Les résultats ne se sont pas fait attendre, avec la création ou la rénovation de plusieurs laiteries. « Avant, les femmes versaient le lait dans les calebasses, se promenaient de maison en maison pour vendre. Il y a avait des problèmes de pertes de temps, de lait qui tourne et de sécurité. Tout ça pour gagner 200 francs CFA par jour. Aujourd’hui, grâce à la laiterie, les femmes n’ont pas moins de 200.000 francs CFA par mois. Ce n’est pas tous les fonctionnaires qui touchent ça », affirme Miriam Diaby, la responsable d’une laiterie.

Au niveau de la distribution aussi, le label FaireFaso permet de faire une différence. « Il constitue un symbole fort  », explique Ibrahim Diallo, président de l’UMPL-B (Union nationale des mini-laiteries et producteurs du lait local du Burkina). « Il permet d’identifier un produit de qualité vendu à un prix juste. Il y a une réelle demande de lait de qualité face au lait en poudre importé. Il y a un élan de patriotisme qui se dégage actuellement dans le pays, et les consommateurs sont fiers quand on leur présente des produits nationaux. Le label Fairefaso arrive donc au bon moment. Le succès est tel que nous n’arrivons pas à suivre la demande ! »

Madame Daby Mariam, responsable de la laiterie de Bittou (3<sup class="typo_exposants">e</sup> en partant de gauche) et une partie du personnel et des productrices locales de lait e en partant de gauche) et une partie du personnel et des productrices locales de lait (Credit : © Tineke D'haese, Oxfam)">
Madame Daby Mariam, responsable de la laiterie de Bittou (3e en partant de gauche) et une partie du personnel et des productrices locales de lait
© Tineke D'haese, Oxfam

Pour M. Diallo, l’exemple de Fairefaso pourrait bien faire tache d’huile. « Nous avons rencontré récemment des producteurs du Mali, du Niger, du Sénégal et d’autres pays africains. Ils ont vu le potentiel du concept, et réfléchissent à l’adapter à leur marché. Il faut s’organiser face à la concurrence du lait importé. La vente du lait doit pouvoir permettre aux producteurs d’en vivre, et servir à l’économie locale. C’est pour ça qu’un label local, clairement identi- fié sur l’emballage, est aussi important. »

Le soutien à la production et à la commercialisation est important, mais le projet ne s’arrête pas là. Oxfam-Solidarité assiste les petits producteurs, réunis dans l’Union des mini-laiteries, dans leur travail de plaidoyer politique. Car un soutien politique est bien sûr indispensable pour permettre à la production locale de concurrencer réellement le lait importé. Le secteur revendique des moyens pour se développer, mais aussi un accès aux cantines scolaires. « C’est crucial », explique le président de l’UMPL-B. « D’abord, c’est une question de santé publique, car notre lait est de meilleure qualité et notamment au niveau des propriétés nutritives. C’est aussi un enjeu économique local, pour faire vivre les petits producteurs. Enfin, pour Fairfaso, il s’agit aussi d’un enjeu de développement, car il faut rééduquer les jeunes générations à consommer localement. Depuis longtemps maintenant, on habitue les enfants à boire du lait reconstitué à base de poudre importée. Et ces goûts auxquels on s’habitue très tôt deviennent la norme. Donc on espère pouvoir changer ça, mais pour pouvoir avoir accès à beaucoup de cantines scolaires, on a besoin d’un engagement de l’Etat. »

Le soutien d’Oxfam-Solidarité et de l’Opération 11.11.11 est précieux pour poursuivre ce genre d’objectifs. Que ce soit à travers la communication, la formation ou l’aide à l’organisation.

Les projets de ce type contribuent à développer des alternatives crédibles à un modèle agro-industriel qui empêche le développement et met les producteurs sous une pression intenable. Au Nord comme au Sud, nous pouvons agir pour faire une différence.

En soutenant l’Opération 11.11.11, vous apportez votre contribution au développement d’une agriculture locale, respectueuse de la nature et des femmes et des hommes qui la cultivent.

Un frigo permettant de conserver les produits laitiers
Un frigo permettant de conserver les produits laitiers
© Tineke D'haese, Oxfam