Charte politique

La charte politique du CNCD-11.11.11 et de ses organisations membre, adoptée en juin 2026.

Nous, ONG, syndicats, associations et groupes citoyens engagés dans la coopération internationale en Belgique francophone et germanophone, affirmons vouloir œuvrer collectivement pour coordonner nos efforts en faveur d’un monde juste et durable, ce qui implique l’éradication de la pauvreté, la réduction des inégalités, le respect des limites planétaires et des droits humains.

Notre vision du développement repose sur quatre points cardinaux : l’accomplissement des droits humains, l’extension de la paix et de la démocratie, le respect de l’environnement et de la diversité culturelle. Notre vision est également féministe, afin de donner à l’égalité entre les femmes et les hommes dans toute leur diversité une place à la fois spécifique et transversale.

Nous nous engageons à coordonner nos actions au sein du CNCD-11.11.11 autour de trois missions, liées entre elles :

  • Sensibiliser et mobiliser les citoyens et citoyennes aux enjeux mondiaux par l’organisation de campagnes communes d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS ECMS ) à travers des dynamiques d’éducation permanente ;
  • Interpeller les responsables politiques en vue d’orienter leurs décisions en faveur d’un monde juste et durable ;
  • Soutenir les stratégies de développement durable des organisations partenaires de la société civile du Sud, notamment financièrement en organisant chaque année l’Opération 11.11.11.

Le désordre mondial actuel, illustré par la montée du nationalisme et des idées d’extrême droite, la multiplication des conflits, la guerre commerciale, l’échange inégal, le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, les crises alimentaires, les inégalités croissantes, le retour de bâton contre les droits des femmes et le déclin démocratique, nécessite non pas moins, mais plus de solidarité internationale. Pourtant, des coupes sombres sont opérées dans les budgets d’aide au développement coopération au développement
aide publique au développement
aide au développement
des pays donateurs. Ce faisant, ils menacent la vie de millions de personnes et se privent d’un instrument essentiel pour lutter contre la pauvreté et répondre efficacement aux enjeux mondiaux.

Malgré ses limites, la coopération au développement contribue à réduire la pauvreté, à améliorer la santé publique et à créer des emplois décents. Elle permet de sauver des dizaines de millions de vies en réduisant la mortalité infantile et maternelle, en enrayant des pandémies et en éradiquant des maladies infectieuses. Elle permet d’augmenter la scolarisation, l’espérance de vie et les investissements productifs. C’est en ce sens un investissement dans la prospérité partagée et la stabilité mondiale qui bénéficie non seulement aux populations des pays partenaires, mais aussi à tous les citoyens et citoyennes du monde.

La coopération internationale n’est pas seulement utile pour lutter contre la pauvreté. Elle fait aussi partie des instruments à privilégier pour faire face aux enjeux mondiaux, tels que la lutte contre le dérèglement climatique et contre les pandémies, le travail décent, les programmes pour promouvoir la sécurité collective, la démocratie libérale et l’égalité des genres, et plus généralement pour financer les biens publics mondiaux et réaliser l’Agenda 2030 Agenda 2030 de l’ONU pour le développement durable. Cela nécessite de passer définitivement d’une coopération « verticale » (dicter ses priorités la main sur le portefeuille) à une coopération « horizontale » (poursuivre ensemble des objectifs communs tout en prenant en compte les inégalités).

Pour répondre efficacement aux enjeux mondiaux contemporains, la coopération internationale doit se refonder. Le monde dans lequel la coopération au développement est née n’existe plus. Les acteurs et actrices de la coopération internationale font face à des défis majeurs.

Dans un monde qui se désoccidentalise, il est nécessaire de désoccidentaliser la coopération internationale, afin de mieux intégrer les pays donateurs émergents dans le cadre mondial des objectifs de développement durable Objectifs de Développement Durable
Objectifs de développement durable
ODD
SDG
Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en 2015, constituent le cadre de référence des Nations unies pour le développement international. Ils remplacent les 8 objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui se focalisaient sur les seuls symptômes sociaux de la pauvreté dans les pays en développement, sans en interroger les causes structurelles. Principaux changements ? Tous les pays sont concernés et les objectifs, désormais au nombre de 17, sont déclinés en 169 cibles précises. Les ODD sont donc, en bref, l’horizon que s’est fixé l’ONU pour un développement harmonieux.

Ce programme est ambitieux, puisqu’il vise à généraliser à l’ensemble du monde le développement économique et social, tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des ressources naturelles. Une perspective illusoire sans une transition rapide et radicale vers de nouveaux modèles de développement, à la fois plus pauvres en carbone, moins gourmands en matières premières et plus équitablement répartis.
et renforcer la voix des pays à faible revenu. Face à la multiplication des conflits, la coopération internationale doit être pleinement intégrée dans une approche « 3D » (développement, diplomatie, défense) faisant de l’Agenda 2030 du développement durable un facteur majeur de sécurité mondiale, car la pauvreté et l’accès inégal aux ressources sont des facteurs majeurs d’insécurité. L’approche « 3D » ne peut se faire au détriment des objectifs de développement durable : la coopération ne doit ni être instrumentalisée à des fins sécuritaires ou militaires, ni subordonnée à des agendas de défense. Elle vise à promouvoir une sécurité humaine fondée sur les droits, la justice sociale et l’accès équitable aux ressources. Face au dérèglement climatique, la justice climatique Justice climatique
changement climatique
changements climatiques
doit être au cœur des politiques de coopération internationale, selon une approche commune mais différenciée. Dans un monde où les trois quarts de l’humanité vivent dans une autocratie, la coopération internationale doit renforcer les contre-pouvoirs démocratiques dans les pays partenaires, soutenir les organisations de la société civile qui luttent pour le respect des droits et des libertés démocratiques et développer des réseaux internationaux faisant de la promotion des valeurs démocratiques et des droits humains un objectif prioritaire des politiques publiques.

Il est toutefois primordial de respecter les principes d’efficacité de l’aide et du développement, à commencer par l’appropriation démocratique et l’alignement sur les stratégies de développement durable des pays partenaires. Les effets positifs de la coopération internationale sont en outre souvent contrecarrés par les effets contraires découlant des politiques incohérentes des pays donateurs en matière de commerce international et de politique agricole, environnementale, migratoire ou de défense. C’est pourquoi il est crucial de garantir la cohérence des politiques en faveur du développement (CPD), au service d’un juste échange, de systèmes alimentaires justes et durables, de la justice fiscale justice fiscale
Justice fiscale
Justice Fiscale
, climatique et migratoire, et de la paix et la sécurité collective.

Les ONG et les autres organisations de la société civile (OSC) disposent de solides atouts pour contribuer à un monde juste et durable : elles sont des laboratoires d’idées et des productrices de valeurs dans un monde en perte de sens ; elles ont accumulé une solide expérience en matière de partenariats et de réseaux internationaux ; elles disposent de structures leur permettant de s’adapter à des contextes fragiles et à des situations de crise ; elles ont les capacités pour mobiliser les citoyennes et citoyens et faire reposer leurs actions sur une large base sociale. Fortes de ces atouts, elles peuvent jouer plusieurs rôles de premier plan dans l‘agenda du développement durable : celui de contre-pouvoir démocratique et de plaidoyer envers les gouvernements et les entreprises en faveur d’un monde juste et durable ; celui de l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS) et de l’éducation permanente envers les citoyennes et citoyens, afin de les sensibiliser aux enjeux mondiaux, de les mobiliser et de consolider des réseaux de volontaires dynamiques ; celui de la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, de l’empouvoirement et des droits des femmes ; celui de l’aide humanitaire envers les populations victimes des conflits, des violences et des catastrophes naturelles.

Nous nous engageons à promouvoir un modèle de société ouverte plutôt que fermée, un monde juste plutôt qu’inégalitaire, le respect de la planète plutôt que sa destruction, la solidarité plutôt que le chacun pour soi, la démocratie libérale plutôt que l’autocratie, l’égalité des genres plutôt que le masculinisme, l’inclusion plutôt que l’exclusion, le droit international plutôt que la loi du plus fort, la prévention des conflits et la paix plutôt que la guerre, le multilatéralisme plutôt que le repli nationaliste, la solidarité internationale plutôt que le repli identitaire.

La construction d’alliances citoyennes internationales est un moyen privilégié pour peser sur les enjeux mondiaux et promouvoir la mondialisation des biens communs. Face aux tentations de repli sur soi, la seule réponse adéquate et durable est le renforcement de la coopération internationale. C’est dans ce but que nous inscrivons nos stratégies et cherchons à développer des synergies à travers l’approfondissement et l’élargissement de coalitions de la société civile et de partenariats internationaux, afin de promouvoir ensemble un monde juste et durable.

Charte approuvée par l’AG du CNCD-11.11.11 le samedi 20/06/2026.

Charte politique du CNCD-11.11.11 et de ses membres