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Crise humanitaire en RDC

RDC : Kinshasa boycotte la conférence des donateurs. Que fera la Belgique ?

Antoinette Van Haute Antoinette Van Haute
12 avril 2018

Ce vendredi 13 avril, la première conférence internationale des donateurs pour la RDC aura lieu à Genève. Cette conférence est organisée par trois entités : l’OCHA (le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies), l’Union européenne et le gouvernement des Pays-Bas. L’objectif principal est de récolter 1,37 milliard € pour financer les actions humanitaires dans le pays, en jetant un coup de projecteur sur la crise humanitaire en RDC.

Une situation humanitaire désastreuse

Selon la coordinatrice humanitaire en RDC et représentante spéciale adjointe de l’ONU auprès de la MONUSCO, Kim Bolduc, 1,37 milliard € seront nécessaires cette année pour assister plus de 10 millions de personnes, soit environ 12% de la population totale [1], qui vivent actuellement en situation de crise humanitaire. Selon Kim Bolduc, « les projections sont alarmantes : un tel niveau de vulnérabilités et de besoins n’a jamais été enregistré de toute l’histoire des appels humanitaires en RDC [2] ». En cause ? L’expansion des conflits dans la région du Kasaï et à l’Est du pays, mais aussi dans la province de Tanganyika, dans le Sud-Est, qui a eu des conséquences gigantesques sur l’insécurité alimentaire, la malnutrition et la propagation des épidémies. Ceci, sans oublier le nombre de personnes déplacées faisant de la RDC le pays africain le plus affecté par les mouvements de population avec au moins 4,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays en janvier 2018 [3].

Et cela ne va pas s’arrêter là. En témoignent ces chiffres, mentionnés par Kim Bolduc : « 13,1 millions de personnes, dont 7,7 millions d’enfants, auront besoin de protection et d’assistance humanitaire en 2018, une augmentation de 50% par rapport à 2017 [4] ». Parmi eux, 7,5 millions de personnes déplacées et retournées en RDC auront besoin d’un abri et de l’eau potable, 9,9 millions de personnes auront besoin de nourriture et 4,5 millions d’enfants de traitement médical pour survivre à la malnutrition [5].

L’Etat congolais boycotte la conférence

Malgré cette situation désastreuse, le gouvernement congolais lui-même a annoncé qu’il ne participera pas à la conférence internationale des donateurs – même s’il reste ouvert aux contributions de la solidarité internationale. La gravité de la crise humanitaire dans le pays a été contestée par Kinshasa, qui qualifie d’« exagération » les chiffres onusiens. « La situation de la crise dans les trois provinces concernées n’a pas atteint le degré de gravité dont parlent les Nations Unies  » [6], selon Léonard She Okitundu, le vice-premier ministre en charge des Affaires étrangères de la RDC. « Ce que nous avons refusé, c’est qu’on organise une conférence humanitaire sur la détresse en République démocratique du Congo,en ignorant le gouvernement de ce pays. C’est tout à fait intolérable. Et là, on viole les textes et nous ne pouvons pas l’accepter » [7].

Entretemps, le gouvernement congolais a lui-même décidé de débourser – de manière progressive – 100 millions de dollars pour intervenir dans les provinces du Kasaï-Central, du Tanganyika et de l’Ituri. « Bien entendu, 100 millions de dollars par rapport au milliard qui est exigé, ce n’est peut-être pas suffisant. Mais le gouvernement agit avec la politique de ses moyens », a concédé Léonard She Okitundu.

Et la Belgique dans tout ça ?

La Belgique fait profil bas, alors qu’elle est le troisième plus grand Etat donateur en RDC, derrière les Etats-Unis et le Royaume Uni selon les derniers chiffres de l’OCDE [8]. En janvier 2018, suite aux besoins humanitaires croissants et à l’aggravement de la situation politique, les ministres belges des Affaires étrangères et de la Coopération au développement avaient décidé de mettre fin à une série d’interventions en RDC, tout en annonçant une réaffectation de budgets pour l’aide humanitaire qui du coup attendrait les 25 millions d’euros [9]. Une sérieuse crise diplomatique belgo-congolaise s’est ensuivie, expliquant peut-être la volonté actuelle de la Belgique de ne pas se prononcer davantage.

Reste à voir si le ministre de la Coopération au développement Alexander De Croo annoncera, oui ou non, un plus grand soutien de la Belgique pour l’aide humanitaire en RDC lors de la conférence ce vendredi. Il s’agit d’améliorer les conditions de survie de plus de 10 millions de Congolais. Ce serait aussi une très bonne occasion de limiter les coupes dans l’aide publique belge au développement, après une année 2017 marquée par une nouvelle baisse du budget de cette dernière.

[rouge]Actualisation 16/04/2018 :[/rouge] La conférence a finalement mobilisé 430 millions €, moins d’un tiers du montant initialement espéré de 1,37 milliard. Le Royaume Uni figure en tête de liste des donateurs, puisqu’il s’est engagé à contribuer 113,5 millions € à l’aide humanitaire en RDC.
Le ministre belge de la Coopération Alexander De Croo s’est aussi rendu à la conférence des donateurs et a annoncé une augmentation de l’aide humanitaire belge jusqu’à 25 millions € pour cette année, contre 17 millions € en 2017. Une décision et un montant louables, qu’il avait déjà annoncé dans son communiqué de presse du 10 janvier, il y a plus de trois mois. En réalité, aucune aide humanitaire directe supplémentaire n’a donc été promise lors de cette conférence. Mais la Belgique s’est aussi engagée à augmenter de 10% sa contribution au financement général des organisations partenaires humanitaires et aux fonds de bailleurs humanitaires (fonds flexibles), qui passerait ainsi à 90 millions €.

[1Selon les derniers chiffres de la Banque mondiale, https://data.worldbank.org/country/congo-dem-rep

[2BOLDUC Kim, Lancement à Kinshasa de la mise à jour 2018 du plan de réponse humanitaire 2017-2019, 18 janvier 2018, http://acpcongo.com/acp/lancement-a-kinshasa-de-mise-a-jour-2018-plan-de-reponse-humanitaire-2017-2019/

[3UNHCR, Democratic Republic of the Congo, janvier 2018, http://www.unhcr.org/democratic-republic-of-the-congo.html

[4BOLDUC Kim, op. cit.

[5Ibidem.

[6La Tribune Afrique, 4 avril 2018 : « Crise humanitaire en RDC : Kinshasa ne veut pas de l’aide de l’ONU » : https://afrique.latribune.fr/politique/2018-04-04/crise-humanitaire-en-rdc-kinshasa-ne-veut-pas-de-l-aide-de-l-onu-774172.html

[7Ibidem.

[8OECD Statistics, Top Ten Donors of Gross ODA for Democratic Republic of the Congo, 2015-2016 average, USD million, https://public.tableau.com/views/OECDDACAidataglancebyrecipient_new/Recipients?:embed=y&:display_count=yes&:showTabs=y&:toolbar=no?&:showVizHome=no

[9SPF Affaires étrangères, commerce extérieur et coopération au développement, La Belgique continue à s’engager en faveur de la population de la République démocratique du Congo, Communiqué de presse, 10 janvier 2018, https://diplomatie.belgium.be/fr/newsroom/nouvelles/2018/la_belgique_continue_sengager_en_faveur_de_la_population_de_la_rdc

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