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Congo : aux côtés de la société civile pour l’alternance démocratique

4 avril 2018

Les prochains mois nous diront si les valeurs démocratiques l’emporteront au Congo.

Le dimanche 25 février 2018, jour de la troisième marche pacifique des citoyens congolais pour la démocratie, fut à nouveau un dimanche ensanglanté en République démocratique du Congo (RDC). Un de plus. Un de trop. Une fois encore, le régime de Joseph Kabila n’a pas hésité à recourir à la répression sanglante pour faire taire ses opposants : tirs à balles réelles, coupure d’Internet, arrestations arbitraires, envoi de mercenaires et de voyous dans les Eglises contestataires. Trois personnes ont perdu la vie, dont Rossy Mukendi Tshimanga, un jeune activiste d’un mouvement citoyen, qui a reçu une balle en pleine poitrine tirée à bout portant.

Des marches pacifiques pour le respect de la Constitution

Les marches pacifiques sont organisées par le Comité Laïc de Cordination (CLC), une coalition de la société civile soutenue par le CNCD-11.11.11 et créée pour exiger l’organisation des élections et le respect de la Constitution. Après avoir fait marcher dans les rues des millions de personnes les 31 décembre et 21 janvier derniers, le CLC avait appelé à une nouvelle marche pacifique pour l’alternance démocratique. Malgré les risques, des centaines de milliers de Congolais ont à nouveau répondu à l’appel.

Les forces de l’ordre se sont déployées en nombre pour empêcher le bon déroulement de ces marches pacifiques. Les policiers, soldats, membres de la garde républicaine n’ont pas hésité à utiliser des gaz lacrymogènes et à tirer à balles réelles. Malgré le prétendu objectif « zéro morts », trois personnes ont perdu la vie.

« Attraper les prêtres par la soutane pour les livrer à la police »

Le régime Kabila n’hésite pas à enrôler des jeunes désœuvrés pour faire les basses besognes. Ainsi, la veille de la manifestation, une horde de jeunes avait été déversée par des bus réquisitionnés aux abords de la cathédrale Notre-Dame du Congo. Les meneurs de ce mouvement arboraient le béret rouge, signe distinctif des « jeunes leaders » du parti présidentiel. Une vidéo montre l’un d’entre eux haranguer ses troupes, leur promettant de l’argent et les enjoignant d’« attraper les prêtres par la soutane pour les livrer à la police ».

Kabila rempilera-t-il ?

La communauté internationale a beau multiplier les pressions, le président Kabila reste accroché à son pouvoir. En 2015, le gouvernement congolais avait tenté de modifier la Constitution pour pouvoir se présenter pour un troisième mandat présidentiel, mais l’ampleur de la contestation citoyenne l’avait incité à renoncer. Depuis lors, malgré un « accord de la Saint-Sylvestre » adopté le 31 décembre 2016 pour organiser la transition vers les élections prévues avant fin 2017, cet accord n’a pas été respecté, débouchant sur de nouvelles manifestations citoyennes.

Grâce à cette mobilisation citoyenne, la date des élections a été fixée au 23 décembre 2018, mais le président sortant, Joseph Kabila, n’a toujours pas confirmé qu’il ne se représenterait pas, comme lui impose la Constitution qui limite les mandats présidentiels à deux.

Soutenir la société civile

Seul le mouvement citoyen permettra de faire naître une alternative démocratique crédible. Grâce à votre soutien, le CNCD-11.11.11 peut soutenir l’action de la société civile congolaise en faveur de la transition démocratique, au risque de leur vie. Ce soutien s’adresse au Comité laïc de coordination (CLC), mais aussi au réseau AETA (Agir pour des élections transparentes et apaisées).

Le CLC travaille essentiellement avec les mouvements chrétiens dans les 47 diocèses du pays regroupant 1.600 paroisses, tandis qu’AETA couvre plus d’une centaine d’organisations de la société civile (associations des jeunes, mutuelles des femmes, associations socio-professionnelles et mouvements citoyens). Lors des élections précédentes, AETA a joué un rôle central en formant des observateurs pour veiller à la tenue pacifique du scrutin. Aujourd’hui, le durcissement de la répression amène ces citoyens engagés à devenir des martyrs contre leur gré.

L’assassinat de Rossy Mukendi Tshimanga

Ainsi, Rossy Mukendi Tshimanga, assassiné ce 25 février, avait-il bénéficié de formations dispensées par AETA. Le jeune enseignant a été tué alors qu’il tentait de protéger des personnes qui voulaient s’abriter dans une église. Il n’avait pas vocation à devenir un héros. Tout ce qu’il demandait, c’était un avenir moins sombre pour ses deux enfants.

Dans son appel à manifester, le CLC affirmait : « Soyons prêts à affronter le pire pour arracher le meilleur, à savoir notre dignité d’homme et de femme ». Le CNCD-11.11.11 restera à ses côtés. En faisant un don, apportez, vous aussi, votre contribution à ce combat juste et courageux pour la démocratie.

Le Congo n’a encore jamais connu d’alternance démocratique dans son histoire. Jamais un président élu n’a pu confier les clés du palais présidentiel à un successeur lui aussi élu démocratiquement. L’alternance démocratique en RDC est enfin possible, grâce au courage et à l’abnégation de la société civile congolaise. Les prochains mois nous diront si les valeurs démocratiques l’emporteront au Congo.

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