Migrations

Un départ volontaire avec un nouveau projet de vie

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
5 juin 2018

Imagine demain le monde - Un élevage de moutons en Irak, une épicerie en Mongolie, un commerce en République démocratique du Congo... Chaque année, quatre mille personnes quittent volontairement la Belgique. Avec parfois un projet de vie en poche qui bénéficie d’un financement et de l’accompagnement d’une association présente sur le terrain du retour.

Depuis 2006, les départs volontaires vers le pays d’origine s’accompagnent parfois d’un projet de réintégration via le lancement d’une activité génératrice de revenus. « On s’est rendu compte que certains retours se révèlent très difficiles, explique Géraldine d’Hoop, de l’antenne belge de l’Organisation internationale des migrations (OIM), car ils s’opèrent dans des pays dévastés suite à un conflit, ou dans un environnement qui a totalement changé. On envisage alors d’élaborer, avec le candidat au retour, un projet de vie qui facilitera sa réintégration. »

Placés sous la responsabilité de Fedasil, l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile, les projets sont exécutés par deux organisations qui bénéficient de vastes réseaux : l’OIM et ses 460 bureaux répartis dans le monde et Caritas international dont les antennes et les partenariats privilégiés couvrent quarante pays. « Les candidats à la réintégration sont souvent des personnes en grande difficulté, témoigne Anne Dussart, responsable du département Asile et migration à Caritas, qui a supervisé 390 projets en 2016. Déboutées du droit d’asile ou sans espoir de recevoir une réponse positive, elles se voient exclues de tout, vivent parfois en rue et estiment que pouvoir monter un projet chez elles représente une réelle possibilité de rebond. Cependant, les personnes ne savent pas trop ce qu’elles vont trouver en arrivant, le projet de réintégration qu’elles nous présentent risque de ne pas tenir compte des nouvelles réalités. Il faut donc vérifier, avec un partenaire local qui connaît le terrain, la viabilité du projet. »

Shaima, Irakienne de la région kurde, a bénéficié de ce soutien. Arrivée avec sa fille de sept ans en Belgique en 2015, elle était pleine d’espoir avant de réaliser les difficultés à obtenir l’asile.
L’incertitude de la procédure lui paraît d’autant plus lourde qu’elle vit éloignée de son mari resté au pays. Elle a donc décidé de rentrer au village, dans les environs de Dahuk, au Nord de l’Irak avec une aide à la réintégration.
Shaima a choisi de lancer un élevage de moutons, une activité qu’elle connaît pour l’avoir exercée dans le passé. Une petite enquête du partenaire local de Caritas confirme la viabilité du projet grâce à la proximité d’une grande ville qui offre des débouchés à une production de yaourts et de fromages. Rentrée au village en février 2016, Shaima a acheté six moutons. Après une période de rodage, son élevage lui rapporte, selon elle, « 20 à 30 dollars par jour, de quoi faire vivre la famille ».

« Dans beaucoup de cas, la personne rentrante imagine un projet qui s’intègre à une activité déjà existante ou qui associe un parent, reprend Géraldine d’Hoop. C’est plus facile pour elle de se lancer, car elle peut compter sur les solidarités familiales. »

Ce fut le choix de Sanchir, venue de Mongolie pour rejoindre son fiancé en Belgique en 2010. Cette jeune mère d’un enfant de deux ans ne sera, cependant, pas reconnue comme réfugiée. En 2015, alors qu’elle est enceinte d’un second bébé, elle est abandonnée par son compagnon. Elle décide alors de rentrer ouvrir une épicerie à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, en association avec son oncle. Celui-ci fournit le local et le mobilier tandis que Sanchir apporte les marchandises achetées avec l’aide de l’antenne locale de l’OIM. Un an et demi après son retour, la jeune femme déclare pouvoir vivre des revenus de son épicerie. « Nous finançons les projets à hauteur de 1 200 euros sur présentation de preuves d’achats, précise Géraldine d’Hoop. Notre intervention peut monter jusqu’à 2 200 euros en cas d’accident. A Kinshasa, au Congo, par exemple, nous avons soutenu un autre projet de magasin, mais la ville a connu une très longue panne de courant qui a détruit le contenu du frigo. L’antenne de l’OIM est intervenue dans le renouvellement du stock, mais cela doit rester une exception. »

La formule, ouverte aux demandeurs du droit d’asile en cours de procédure, aux déboutés qui en font la demande dans les trente jours qui suivent la décision, et aux personnes fragilisées comme Sanchir, mère célibataire de deux enfants, se révèle assez économe et offre de réelles possibilités de réinsertion au pays. « Le travail d’analyse fait avant le départ, l’aide sur place, l’utilisation des fonds pour rembourser des dépenses liées à l’activité, ce qui évite que l’argent ne parte directement dans des cadeaux à la famille, contribue au succès des projets, se réjouit Anne Dussart. Mais je crois que ce qui est le plus apprécié par les bénéficiaires, c’est d’être épaulé par des personnes qui les prennent au sérieux et réfléchissent avec eux à un nouveau projet de vie. Beaucoup de gens ne seraient pas venus en Europe s’ils avaient mesuré la précarité et les difficultés qu’elles affronteraient ici. Le retour est ainsi moins amer, il permet même de revenir renforcé par un accompagnement adapté. »

10 800 retours volontaires et forcés en 2016

Dans son rapport « Retour, détention et éloignement des étrangers en Belgique », paru en novembre dernier, Myria, le Centre fédéral migration, relève que 47 811 ordres de quitter le territoire ont été délivrés en 2016. Le chiffre renseigne sur le nombre de décisions, et non sur le nombre de personnes concernées, une même personne pouvant être l’objet de plusieurs ordres de quitter le territoire. A partir du moment où une personne s’est vue décerner un tel ordre, elle est considérée illégale sur le territoire et risque être arrêtée après un contrôle.

En 2016, il y a eu 29 059 arrestations administratives d’étrangers (24 heures maximum en centre fermé), une croissance de 20 % par rapport à l’année précédente, qui se sont soldés par 3 271 mises sous écrou. La même année, 6 311 personnes étaient détenues en centres fermés et 530 autres en maisons de retour.

La Belgique a procédé en 2016 à 4 651 retours forcés, un tiers vers un autre pays européen et deux tiers vers le pays d’origine, accompagné une fois sur quatre par une escorte.

La même année, 1 543 personnes étaient également refoulées à la frontière avant même d’avoir pénétré sur le territoire national, tandis que 4 667 personnes rentraient sur une base volontaire en bénéficiant d’une petite assistance au retour. Cette assistance, ouverte en principe à tout le monde, comprend une aide à l’obtention des titres de transport (pièces d’identité et billet), le remboursement des frais de voyage (en avion ou en bus pour les pays des Balkans) et le versement d’une petite prime d’installation de 250 euros par adulte et 125 euros par enfant.

Le coût total des dépenses d’éloignement se montait en 2016 à 72 085 740 euros. selon les estimations de l’Office des étrangers, le coût moyen d’un éloignement se monte à 7 000 euros. La somme, qui semble très élevée, est composée pour les trois quarts par les frais de détention en centre fermé (estimés forfaitairement à 188 euros par jour), et pour le quart du montant du trajet et des frais d’escorte.

Ainsi, Myria relève que sur les vols « sécurisés » utilisés pour les éloignements forcés, les hommes de l’escorte (un médecin, un assistant social et des policiers) sont plus nombreux que les personnes éloignées.

Tags: Migrations

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