Au Sénégal, l’aide à l’agriculture bio n’est pas un luxe

17 mai 2018

Au Sénégal, où l’Opération 11.11.11 soutient plusieurs projets d’agro-écologie, le bio n’est pas un luxe. Savez-vous qu’il permet aux familles d’agriculteurs de vivre décemment, de résister aux changements climatiques et d’éviter les migrations forcées ?

Au Sénégal, 72% de la population vivent de l’agriculture. Ces petites exploitations, trop peu soutenues par l’État, affrontent des conditions environnementales difficiles : dégradation des terres, des forêts et des ressources en eau. Ces problèmes sont exacerbés par le réchauffement climatique, mais aussi par l’exploitation agricole intensive menée par les firmes transnationales agro-alimentaires, qui accaparent des milliers d’hectares à petit prix.

Face à ce constat, l’agro-écologie offre une solution pour répondre aux besoins des populations locales : produire assez de légumes de qualité pour se nourrir et assurer un revenu à sa famille, sans devoir partir en ville.
La plupart du temps, ce sont les femmes qui sont à la manœuvre dans ces exploitations familiales. C’est elles qui sont responsables des périmètres maraichers créés par l’ONG Agrecol, partenaire d’Autre Terre au Sénégal, soutenue par l’Opération 11.11.11.

A Koulouck, un petit village situé à l’Ouest du Sénégal, un groupe d’une cinquantaine de femmes cultive des oignons, des poivrons, du piment, des tomate, des choux, du niébé (une variété de haricot)… Une production assez diversifiée, plutôt rare, dans cette région enclavée et, surtout, qui s’étale sur toute l’année. Avant les formations données par Agrecol, de tels rendements agricoles n’existaient tout simplement pas.

« Avant, nous devions partir en ville en laissant notre famille ici, au village, sans aucune occupation, pour chercher du travail là-bas… C’était ça le problème », se rappelle Ndèye Caimba Dièye, présidente du groupement des femmes de Koulouck. « Avant, il n’y avait qu’une seule récolte, maintenant, il y en a deux, pendant la saison des pluies et pendant la saison sèche ».

De fait, à la fin du mois de mars dernier, les femmes de Koulouk se sont lancées à bras le corps dans la récolte de l’oignon, plus précisément, « l’oignon violet de Gambie, une variété très productive et résistante », explique Moussa Diop, expert technique chez Agrecol, spécialisé dans l’agro-écologie.

La présidente du groupement de femmes de Koulouk, Ndèye Caimba Dièye  (Crédit : © Véronique Paternostre)

« Les femmes étaient découragées, parce que chaque année, elles n’obtenaient pas ou peu de production. Mais quand je suis arrivé, j’ai lutté avec elles pour leur montrer que c’était possible.
Aujourd’hui, nous avons une bonne récolte d’oignons
 ».

Comment ? Les femmes jonglent avec l’association de cultures, pour permettre aux plantations de se protéger entre elles, de rationnaliser l’utilisation de l’eau et de mieux gérer l’espace, laissé en partie en jachère. Autre exemple : des feuilles de moringa sont déposées sur les semis pour les protéger du vent. Cette plante sert aussi de fongicide et permet de lutter contre les insectes.

Ce type de savoir-faire, les femmes l’utilisent en toute autonomie après avoir suivi une formation avec Agrecol. L’ONG a aussi financé du petit matériel, rudimentaire, pour que les femmes restent indépendantes financièrement. La gestion financière et foncière constitue en effet un autre aspect du programme. A Koulouck, le groupe est propriétaire d’un terrain de 1, 5 hectare. Chaque femme gère une parcelle de 200 mètres carrés. Ces femmes se nourrissent et vivent grâce à la vente de leur production.

Sur les marchés avoisinants, où les marchandises d’importation sont très présentes, le bio se vend parfois au même prix que les produits conventionnels. Mais il se conserve mieux. Les femmes peuvent donc attendre avant d’écouler leur production, si elles estiment que les prix sont trop bas. Et Agrecol vend à un prix plus élevé une partie de cette même production à un public sensibilisé au marché bio de Thiès.

« Au Sénégal, c’est moins cher de produire du bio, parce que pour les produits conventionnels, on doit acheter de l’engrais. Pour le bio, on fait du compostage, on utilise du fumier. Dans ce village, les gens font de l’aviculture, ils utilisent la fiente pour fertiliser le sol. Et cela ne coûte rien. Donc, les femmes gagnent mieux leur vie avec cette production », conclût Awa Fall, chargée de programme chez Agrecol.

  (Crédit : © Véronique Paternostre)

Le programme est donc une réussite à tous les niveaux : les femmes gagnent mieux leur vie ; elles mangent, elles et leur famille, des produits de meilleure qualité ; et l’agro-écologie permet de préserver l’environnement, sur cette terre où la sécheresse est renforcée par la déforestation et des ressources en eau potable de plus en plus rares.

Le périmètre de Koulouck, aussi mesuré soit-il, apporte une réponse concrète et durable. Sur une année, les femmes sont capables d’en tirer 3 à 5 tonnes de légumes bio. Et ce genre d’initiatives fait des petits : avec l’aide d’Autre Terre, Agrecol a implanté le même type de programme dans sept villages du pays. Avec l’appui de l’Opération 11.11.11, d’autres ONG belges soutiennent activement l’implication des communautés locales, en particulier des femmes, dans l’agro-écologie au Sénégal.

Ces avancées ne font pas la une des journaux. Elles sont pourtant la preuve que l’aide au développement continue d’apporter des solutions réelles aux enjeux du développement durable.

Lire aussi

Faim dans le monde : plus on avance, plus on recule

Faim dans le monde : plus on avance, plus on recule

Nouvelle augmentation de la faim dans le monde : il est urgent de transformer le modèle agro-alimentaire. En 2015, la Communauté internationale a adopté les objectifs de développement durable (ODD), dont le deuxième objectif #FaimZéro s’engageant (...)


Inscrivez-vous à notre Newsletter