Rapport 2026 sur la coopération belge au développement
Le prix du repli sur soiLe Rapport 2026 du CNCD-11.11.11 sur la Coopération belge au développement est centré cette année sur les conséquences des coupes budgétaires, dans un contexte de recul historique et sans précédent de l’aide publique au développement (APD), tant au niveau mondial qu’au niveau belge.
Ce recul survient alors que les besoins n’ont jamais été aussi importants, dans un monde saturé de conflits, de crises climatiques et économiques, et de reculs démocratiques.
Le Rapport examine successivement le contexte international (chapitre 1), l’évolution quantitative de l’aide publique belge (chapitre 2), la qualité de celle-ci (chapitre 3), la cohérence des politiques en faveur du développement (chapitre 4), puis propose un zoom sur les conséquences concrètes des coupes budgétaires dans la coopération internationale (chapitre 5).
Le premier chapitre analyse un contexte international marqué par une polycrise sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La multiplication des conflits armés — en Ukraine, au Soudan, en RDC, à Gaza — s’est aggravée avec le déclenchement, le 28 février 2026, d’une guerre régionale entre les États-Unis, Israël et l’Iran, provoquant la fermeture du détroit d’Ormuz et un choc énergétique et alimentaire mondial aux conséquences dramatiques pour les pays les plus pauvres. Dans ce contexte, l’aide publique au développement mondiale a connu une chute historique de 23,1 % en 2025, la plus forte baisse jamais enregistrée. Les effets de cette chute s’ajoutent à une dette extérieure record des pays du Sud, à une guerre commerciale qui balaie 70 ans de préférences commerciales, à un ralentissement économique mondial et à une aggravation continue du dérèglement climatique — autant de crises qui s’alimentent mutuellement et pénalisent en premier lieu les pays et les populations les plus vulnérables.
Le deuxième chapitre analyse l’évolution de la quantité de l’aide publique au développement (APD) de la Belgique, marquée par une régression inédite. En 2025, l’APD belge a chuté de 21,4 % en une seule année, retombant de 0,48 % à 0,37 % du revenu national brut (RNB) — son niveau le plus bas depuis 2001 — sous l’effet cumulé de variations conjoncturelles et de la première vague de coupes décidée par le gouvernement Arizona. Le canal multilatéral géré par la Direction générale de la Coopération au développement (DGD) a été le plus durement touché, avec une réduction de 50 %. Si cette réduction résulte en partie de fluctuations de calendriers de paiements, elle est aussi le résultat du choix politique de diminuer les contributions belges à des organisations internationales pourtant reconnues pour leur efficacité, telles que le PNUD, la FAO, l’UNICEF ou le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Par ailleurs, la Coopération gouvernementale belge a connu plusieurs ruptures majeures : la suspension par le Rwanda de sa coopération avec la Belgique, ainsi que la décision belge de ne pas renouveler les programmes de Coopération gouvernementale avec le Mali, la Guinée et le Mozambique. Face à cette régression, le chapitre appelle la Belgique à réinvestir dans sa coopération au développement pour renouer avec une trajectoire de croissance vers l’objectif international de 0,7 % du RNB, y compris dans le cadre des négociations en cours sur le futur budget européen.
Le chapitre 3 évalue la qualité de la Coopération belge, qui a longtemps incarné un modèle de référence : concentrée sur les pays dits « les moins avancés » et les contextes fragiles, largement déliée et donnée sous forme de dons, intégrant de manière transversale le genre et l’environnement. Le chapitre montre cependant que, sous le gouvernement Arizona, la Coopération belge s’oriente de plus en plus vers des partenariats dits « mutuellement bénéfiques », terme reflétant une logique transactionnelle qui risque, si elle n’est pas encadrée par des balises claires, de faire primer les intérêts économiques, sécuritaires et migratoires belges sur les besoins réels des pays partenaires. Le chapitre rappelle toutefois qu’une aide alignée sur les besoins réels des populations et fondée sur les droits humains continue de produire des résultats durables, y compris pour les pays donateurs eux-mêmes — à condition que la primauté reste donnée aux besoins des pays partenaires, et non pas aux intérêts à court terme des donateurs. Ce n’est que dans cette optique que l’approche des partenariats mutuellement bénéfiques peut représenter une opportunité pour toutes les parties.
Le chapitre 4 est consacré à la cohérence des politiques en faveur du développement (CPD), qui impose de ne pas reprendre d’une main ce que l’on donne de l’autre. Le chapitre constate que le dispositif institutionnel belge censé garantir la CPD reste largement inactif, et que la CPD n’apparaît pas explicitement dans les textes politiques du gouvernement Arizona. Il met en garde contre le risque que la nouvelle approche des « partenariats mutuellement bénéfiques » subordonne la CPD aux intérêts à court terme de la Belgique. Le chapitre relève cependant des signaux positifs, notamment le rôle moteur joué par la Belgique pour défendre l’égalité des genres lors de la 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, et appelle à réactiver les mécanismes existants pour faire de la CPD une priorité politique transversale.
Enfin, le « Zoom » de cette édition revient sur les conséquences très concrètes des coupes budgétaires dans la Coopération internationale. Il documente comment le démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), entamé dès janvier 2025, a été suivi par une vague de coupes similaires en Europe, dont la Belgique, provoquant la chute la plus brutale jamais enregistrée de l’aide publique au développement mondiale.
Le chapitre démontre que ces coupes ne sont pas sans conséquences : des millions de décès supplémentaires sont déjà projetés d’ici 2030, des maladies autrefois maîtrisées refont surface — comme en témoignent l’épidémie d’Ebola en cours en République démocratique du Congo, la hausse rapportée des taux de prévalence du VIH/sida, ou le risque de résurgence de la tuberculose si les coupes dans le Fonds mondial se poursuivent. Le chapitre montre aussi que ces coupes produisent des effets boomerang pour les pays donateurs eux-mêmes, qu’il s’agisse de risques sanitaires accrus ou de débouchés commerciaux perdus. Il rappelle enfin que ces choix ne relèvent pas d’une fatalité budgétaire : l’objectif de 0,7 % du RNB pour l’aide au développement reste très largement inférieur aux montants consacrés au réarmement, aux subventions aux énergies fossiles ou à l’évasion fiscale internationale. Il s’agit donc d’un choix politique, qui engage nos valeurs communes de solidarité internationale.
Ce constat appelle une réaction forte et une réaffirmation de l’importance de la solidarité internationale comme politique publique légitime, efficace et porteuse de bénéfices mutuels. Alors qu’elle est traitée comme une variable d’ajustement budgétaire, la Coopération internationale demeure un investissement indispensable dans la santé mondiale, la stabilité internationale et la prospérité partagée. Dans un monde en polycrise, il appartient à la Belgique de renouer avec son rôle de donatrice de référence, en cohérence avec ses engagements internationaux, plutôt que de céder à une logique de repli sur soi dont le prix, déjà, se compte en vies humaines.