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Amélioration et équité du financement de l’éducation dans le Mercosur

A travers le projet « Amélioration et équité du financement éducatif dans les pays du MERCOSUR : le coût étudiants qualité », de notre ligne de financement Citoyenneté et Démocratie, le CNCD-11.11.11 soutient un projet visant à l’amélioration de la qualité et de l’accès à l’éducation dans les pays du Mercosur (Brésil, Uruguay, Chili, Argentine, Paraguay). Mais au-delà, le CNCD-11.11.11 cherche également, en soutenant la « Plate forme des organisations éducatives de la société civile pour le Mercosur » (PEM), à renforcer la mise en réseau entre organisations sociales et à permettre le développement de propositions communes dans cette sous-région latino-américaine, objectifs essentiels de cette ligne de financement.

L’éducation est un droit

Premièrement, un constat : l’Amérique latine est la région la plus inéquitable en termes de revenus et d’accès à l’éducation. Les montants alloués en matière d’éducation sont loin en dessous des normes indicatives de l’UNESCO [1] et ne couvrent pas l’ensemble des besoins, excluant de facto beaucoup d’enfants, généralement pauvres, du système éducatif. En plus de cet aspect « accessibilité » ou « quantitatif », une réflexion est menée sur l’aspect « qualité » de l’éducation et sur les moyens mis en œuvre pour y parvenir qui est au centre des préoccupations de la PEM. 
La PEM regroupe une quinzaine d’organisations de Bolivie, Chili, Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay. Formée en 2005, elle a pour mission d’être un espace de référence et d’articulation pour promouvoir l’intégration, l’équité et la qualité de l’éducation dans la région du Mercosur.

Lutter pour la défense du droit à l’éducation implique de s’engager pour l’augmentation du financement éducatif afin de rendre ce droit effectif. Il n’est possible de garantir ce droit que si on dégage des investissements proportionnels aux besoins réels. Cependant, quel est l’investissement dont ces pays ont réellement besoin ?

Depuis quelques années, les organisations sociales du Brésil, Pérou et Colombie ont développé un concept de financement de l’éducation appelé « coût étudiants qualité » (ou CAQ dans son sigle en portugais). Ce concept vise à développer de meilleurs outils qui permettront de garantir un budget plus élevé pour l’éducation. Le CAQ se réfère aux montants budgétaires nationaux que les pays doivent investir par étudiant pour assurer l’accès à une éducation de base et de qualité minimum pour tous. Ce concept doit servir d’outil d’analyse et de plaidoyer. Il prend, par exemple, comme indicateurs : le matériel didactique et l’équipement, le maintien de l’infrastructure scolaire, la formation permanente des professeurs et éducateurs, la localisation régionale, le genre, etc.
À certains égards, le CAQ s’oppose à l’appel de l’UNESCO de consacrer 6% du PIB à l’éducation. En effet, il y a un risque à fixer des budgets en fonction du PIB. Par exemple, dans un pays comme l’Argentine qui a connu de fortes variations de PIB, une baisse de ce PIB ferait remonter proportionnellement le pourcentage que ce pays consacre à l’éducation sans qu’il n’y ait eu de réelles augmentations budgétaires ni d’améliorations.
Ce CAQ vise à faire le calcul des besoins en tenant compte des nécessités budgétaires pour une éducation de qualité. L’objectif est également d’utiliser les mêmes outils de calcul dans les différents pays, afin de normaliser le système dans le Mercosur, dans un souci d’intégration régionale.

Analyser, diffuser, proposer et interpeller

Le processus de construction du CAQ a mobilisé différentes organisations, groupes et mouvements impliqués dans l’éducation, comme les syndicats, les ONG et autres acteurs.

La PEM a inclus dans ses objectifs de commencer à promouvoir ce concept dans la région du Cône Sud de l’Amérique latine, en s’appuyant sur l’expérience réalisée principalement au Brésil et en élargissant cette perspective à différents pays : Argentine, Bolivie, Paraguay.

Durant les 10 mois de ce projet, la PEM a développé une série d’actions pour renforcer cette perspective.
Tout d’abord, il y a eu la récolte des informations disponibles, qui étaient fortement dispersées, de sorte que tous les membres de la PEM puissent en disposer avec une plus grande facilité. Ensuite il y a eu consultations et échange d’informations avec différents experts dans ces matières. Cette information récoltée est diffusée aux différents acteurs de chaque pays.

En novembre, s’est tenue une réunion régionale entre les organisations qui travaillent sur la question dans les différents pays de la région. Un pas important a été réalisé avec le développement de certaines feuilles de calcul qui permettent de faire les études nécessaires pour développer le concept de la CAQ.

L’une des grandes avancées pour la région sur cette question a été que le Conseil national de l’éducation du Brésil et la « campagne brésilienne pour le droit à l’éducation » se sont articulés afin de prendre le CAQ comme une référence pour le financement de l’enseignement public au Brésil, ce qui constitue également une reconnaissance importante pour les organisations sociales en ce qui concerne leur participation dans les politiques éducatives.

En même temps, a eu lieu à Buenos Aires, le IV° Forum sur l’éducation, organisé par les ministères de l’Education du MERCOSUR, avec la participation des organisations sociales et corporatives de toute la région. La thématique du CAQ y a été examinée et incluse dans la déclaration finale.

Le projet réalise également des séminaires dans divers pays concernés. En Bolivie, comme au Chili et en Uruguay, le projet a pu faire avancer la compréhension de la proposition.

Enfin, le « Groupe de suivi du financement de l’éducation en Argentine » a retenu le concept du CAQ comme l’une de ses trois lignes d’action, ce qui constitue un grand pas en avant pour le processus éducatif dans ce pays.

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  • Définir et redéfinir les buts et les objectifs pour répondre à la demande de financement global du MERCOSUR et de chaque pays en particulier ;
  • Associer l’investissement dans l’éducation aux besoins du système éducatif et que cela ne dépende pas des conditionnalités économiques (par exemple, le PIB) ;
  • Établir des normes de financement en relation avec la qualité de l’éducation par étudiant.

(Déclaration finale du IV° Forum sur l’éducation au MERCOSUR à Buenos Aires, Juin 2004)

Lien

Plate forme des organisations éducatives de la société civile pour le Mercosur
www.plataformaeducativamercosur.blogspot.com

[1L’UNESCO recommande à tous les pays d’investir au moins 6 % de leur PIB dans l’éducation. Ces investissement sont notamment sensés garantir l’accomplissement d’un des fameux Objectifs du Millénaire. Or peu de pays latino américains atteignent ce pourcentage et, en ces temps de crises, l’effort budgétaire nécessaire apparaît insurmontable pour beaucoup.

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