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Au Brésil, la solidarité a permis de renvoyer les militaires dans leurs casernes

Nicolas Van Nuffel Nicolas Van Nuffel
10 novembre 2011

Bien avant d’être le symbole de tout un pays, Lula fut un dirigeant syndical et un opposant à la dictature militaire qui sévissait au Brésil. Une opposition qui, pour se réorganiser, a pu compter sur le soutien des ONG belges et de l’Opération 11.11.11.

Lorsque le CNCD-11.11.11 est créé, en 1966, Entraide & Fraternité fait déjà partie de ses membres. A la même époque, le Brésil est dirigé par un régime militaire. Celui-ci soigne cependant son image de marque et garde un profil relativement modéré. Mais deux ans plus tard, face aux mouvements massifs de contestation du printemps 1968, la junte durcit la répression. Commencent alors les « années de plomb », où toute forme d’organisation des mouvements sociaux est pourchassée et les leaders arrêtés, torturés, exilés, voire assassinés. L’impact de la répression est terrible, non seulement pour les activistes qui en sont victimes, mais aussi pour toute la société, déstructurée par la disparition de la société civile et désorientée par la propagande de la junte.

Les Eglises en pointe

Heureusement, la solidarité internationale s’organise. Elle passera bien souvent par le biais des Eglises, notamment via les réseaux d’anciens de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Très tôt, Entraide & Fraternité sera l’un des noyaux du soutien aux opposants brésiliens. Mais les choses se concrétisent surtout à partir du milieu des années 1970.

Cette histoire, c’est d’abord celle des Brésiliens qui se sont levés pour dire ‘plus jamais ça’

En 1976 a lieu dans le plus grand secret une réunion de leaders syndicaux et populaires venus de tout le pays. Ensemble, ils identifient le chemin pour mettre à bas la dictature. Ce chemin passe par la réorganisation des mouvements sociaux, mais celle-ci ne peut avoir lieu sans assurer la formation d’une nouvelle génération de leaders capables d’accompagner ces mouvements dans la durée. De cette réunion naîtra le Centre d’action communautaire (CEDAC), qui ne pourra cependant voir le jour officiellement qu’en 1979, après le vote de la Loi d’amnistie qui permet aux opposants de sortir de l’ombre et aux exilés de rentrer au pays. « Au début, nous devions tout faire en secret », se souvient Angelina de Oliveira, l’une des fondatrices. « Pour ne pas attirer l’attention, nous en étions réduits à commander un gâteau à chaque fois que nous nous réunissions, et nous nous mettions à chanter ’joyeux anniversaire’ dès qu’il y avait un mouvement suspect ! »

Formation de dirigeants syndicaux

Peu à peu, les mouvements se réorganisent et le CEDAC y joue un rôle primordial. Il assure en particulier la formation des dirigeants syndicaux qui organisent les grandes grèves de 1977 à 1979. Le mouvement prend de plus en plus d’ampleur et la dictature finit par plier : le pays prend le chemin de la démocratie. Lentement. Tout au long des années 1980, le CEDAC, soutenu par Entraide & Fraternité et l’Opération 11.11.11, va accompagner le processus de re-démocratisation par la base, en assurant la formation des leaders partout dans le pays, des quartiers populaires aux mouvements nationaux. Avec, en point d’orgue, en 1983, la fondation de la Centrale unique des travailleurs (CUT), puissant syndicat qui compte parmi ses leaders un certain Lula…

La mobilisation ne faiblit pas. En 1984, des millions de Brésiliens sont dans les rues pour réclamer le droit d’élire directement leur président. Puis, en 1988, le CEDAC coordonne avec d’autres ONG nationales la campagne pour la participation populaire à la Constituante : un million d’amendements seront soumis par les citoyens brésiliens, pour montrer au monde politique que la démocratie leur appartient et qu’ils ne sont plus prêts à se la laisser voler.

Comme le souligne encore Angelina de Oliveira : « Cette histoire, c’est d’abord celle des Brésiliennes et des Brésiliens qui se sont levés pour dire ‘plus jamais ça’. Mais elle n’aurait pas pu avoir lieu sans le soutien de ceux qui, en Belgique notamment, ont cru que la dictature n’était pas une fatalité et que la démocratie viendrait d’un peuple qui se lève. »

Une anecdote pour finir : en 1988, l’Opération 11.11.11 soutenait l’action d’éducation populaire du Cedac dans la favela de Mangueira, à Rio. A l’occasion du centenaire de l’abolition de l’esclavage, il fut décidé de travailler ce thème avec les habitants du quartier, autour de la question : l’esclavage a-t-il vraiment été aboli ? Le résultat, c’est que la Mangueira gagna le Carnaval de Rio avec une samba restée dans l’Histoire : « Será que já raiou a liberdade ?  », qu’on pourrait traduire par « Est-ce que la liberté a jamais vu le jour ? ». Comme quoi la solidarité Nord-Sud peut mener à tout…

Tags: Brésil

Source : article publié dans dlm, demain le monde, n°10, novembre-décembre 2011.

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