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Appel à l’Europe

Egypte : les organisations de défense de droits humains en danger

Nathalie Janne d'Othée Nathalie Janne d’Othée
29 septembre 2016

Dès le lendemain de la révolution de 2011, les organisations de droits humains ont senti un durcissement de position à leur encontre. Les autorités égyptiennes perçoivent en effet ces organisations comme des agents infiltrés de l’étranger. En décembre 2011, une Commission d’enquête est mise en place pour examiner les organisations de la société civile égyptienne bénéficiant de financements étrangers. Les données récoltées firent office de preuves dans l’affaire n°173, dite « des financements étrangers ».

En 2011, 43 employés, égyptiens et internationaux, d’ONG étrangères furent accusés de travailler dans des organisations et de recevoir des fonds de gouvernements étrangers sans autorisation. En juin 2013, tous les prévenus furent condamnés de 1 à 5 ans de prisons, la plupart par contumace. La Cour décide alors de la fermeture de l’International Republican Institute, du National Democratic Institute et de la Freedom House. Mais jusque-là, les organisations locales avaient été épargnées.

En mars 2016, la Cour pénale du Caire rouvre l’affaire et décide du gel des avoirs de deux militants des droits humains en vue, Hossam Baghat et Gamal Eid. Ce nouveau rebondissement dans l’affaire n°173 va de pair avec une répression accrue par le régime contre les organisations locales de droits humains et ceux qui y travaillent, que ce soit par la fermeture ou la tentative de fermeture de plusieurs organisations, par le gel des avoirs des organisations ou de leurs dirigeants, par des interdictions de voyager, des ordonnances de non-publication, par des menaces de poursuites ou des poursuites. Ces mesures répressives vis-à-vis de la société civile ont été largement dénoncées par la communauté internationale.

Pourtant, le 17 septembre dernier, la Cour pénale de Zeinhom au Caire a décidé une série de mesures supplémentaires. D’importantes organisations de droits humains et des défenseurs de droits humains ont été particulièrement visés : le Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS) et son directeur Bahey el din Hassan, le Hisham Mubarak Law Center (HMLC) et son directeur Mostafa El Hassan, le Center for the Right to Education et son directeur exécutif Abdel Hafiz Tayel, ainsi que les défenseurs des droits humains Hossam Bahgat et Gamal Eid. Les avoirs personnels de ces cinq défenseurs des droits humains sont gelés et trois ONG, le CIHRS, le HMLC et le Center for the Right to Education, ont perdu l’accès à leur compte en banque et leurs propriétés. La gestion des finances et des programmes de ces ONG doivent être cédés aux officiels du gouvernement, en leur donnant le contrôle sur leurs activités et l’accès complet à leurs enregistrements et bases de données, en ce inclus les dossiers liés à des victimes de violations de droits humains.

De nombreuses organisations, dont le CNCD-11.11.11, lancent aujourd’hui un appel (ci-joint) à l’UE et ses Etats membres pour qu’ils fassent pression sur le gouvernement égyptien afin qu’il mette fin à ces mesures répressives. Les organisations égyptiennes visées représentent les voix les plus crédibles et indépendantes parmi ceux qui osent encore critiquer les politiques du gouvernement d’Al Sissi. Comme le soulignent les signataires de l’appel, « la société civile est un pilier indispensable d’un processus de réforme, si on veut qu’il ait une chance de succès. En Egypte, comme ailleurs dans le monde, la menace de plus en plus grande du terrorisme ne fait qu’augmenter le besoin vital d’une société civile libre et active, comme un partenaire national pour proposer des réformes et des recommandations politiques, ainsi que comme intermédiaire avec la société, jouant ainsi un rôle crucial pour aider à stabiliser l’Egypte et à renforcer sa sécurité ».

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