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Gaza : un blocus implacable à lever de toute urgence

Rabab Khairy Rabab Khairy
31 décembre 2013

Utiliser l’analogie de la prison à ciel ouvert pour décrire l’enfermement de la bande de Gaza n’a jamais été aussi approprié que ces derniers mois. Hormis l’action et les déclarations d’associations ici et là-bas, rien n’est fait ni dit pour mettre fin à cette situation de claustration.

Difficile d’imaginer sa vie sans électricité. C’est pourtant le quotidien des Palestiniens de Gaza qui doivent se contenter de 6 heures d’électricité par jour en moyenne. Parfois un peu plus, parfois un peu moins. Conséquence directe : tous les aspects de la vie quotidienne des 1,7 million de Palestiniens de Gaza sont affectés par ce rationnement forcé. Et c’est dans le domaine sanitaire que l’on rencontre les situations les plus dramatiques.

Depuis la fermeture, en novembre, de la centrale électrique de Gaza, consécutive à la pénurie de carburant, de nombreux services essentiels sont concernés et dépendent des générateurs de secours, qui ont besoin eux-mêmes de carburant. Dans les hôpitaux, les services vitaux que sont les unités néonatales, de soins intensifs et de chirurgie sont ainsi directement mis en péril quand le carburant vient à manquer. Sans parler du fait que 27 des 128 médicaments essentiels sont en rupture de stock.

D’ici 2020, Gaza n’aura plus d’eau potable selon l’ONU

Les stations d’évacuation des eaux usées, celles d’épuration et l’alimentation en eau des foyers dépendent aussi de la fourniture en carburant.. De nombreux dysfonctionnements ont été constatés : des fuites ont entraîné des inondations de quartiers entiers d’eaux d’égout. 90 millions de litres d’eaux usées non traitées ont été rejetés à la mer, polluant ainsi les zones de pêche déjà restreintes [1]. Deux tiers de la population de Gaza n’a d’eau que tous les 3 ou 4 jours. L’eau de l’aquifère est à 90% impropre à la consommation. Et l’avenir à moyen terme est sombre puisque d’ici 2020, Gaza n’aura plus d’eau potable selon l’ONU.

Une prison aux nombreux geôliers

Cela fait plus de sept ans que les habitants de la bande de Gaza ont été physiquement enfermés par les autorités israéliennes avec l’imposition d’un blocus drastique reconnu comme illégal au regard du droit international humanitaire [2]. En tant que puissance occupante, Israël a la responsabilité et l’obligation de permettre au plus vite l’acheminement de carburant, de produits de première nécessité et de matériel permettant de réparer et maintenir en état les infrastructures essentielles.

Mais Israël n’est pas le seul responsable de l’asphyxie des Gazaouis. Le gouvernement égyptien, d’abord, qui a décidé, depuis la chute du gouvernement de M. Morsi, allié « naturel » du Hamas, de détruire la majorité des tunnels permettant l’acheminement de marchandises et de carburant entre le Sinaï et Gaza. Le gouvernement de Mahmoud Abbas, ensuite, qui ne fait rien pour alerter la communauté internationale des conditions de vie des Gazaouis et dont la rivalité avec le Hamas prend en otage la population. Et que dire, enfin, de la communauté internationale et des médias à qui il est en droit de demander à partir de quand une situation devient suffisamment intolérable à leurs yeux pour les pousser à agir ?

Soutien aux associations de terrain

Le soutien à la société civile palestinienne de Gaza est apparu essentiel et prioritaire pour le CNCD-11.11.11. Cela fait quatre ans qu’il appuie financièrement, au travers de l’Opération 11.11.11, le Palestinian NGO Network (PNGO), la coordination des ONG palestiniennes. Créé à la suite des Accords d’Oslo (1993), ce réseau regroupe 133 organisations, dont 63 sont actives à Gaza. Il a pour mission d’améliorer les conditions de vie des habitants et de briser le silence en alertant sur les conséquences humanitaires du blocus. Sur le terrain, les associations qui le composent travaillent dans différents domaines tels que l’éducation, la santé et l’agriculture. Plus généralement, le PNGO plaide pour les droits du peuple palestinien et tente de renforcer les valeurs démocratiques au sein de la société.

C’est en soutenant ce type de réseau pour maintenir la pression sur les « geôliers » que l’on pourra briser l’indifférence générale et ouvrir les portes de cette prison. Et le travail est considérable, puisque le territoire dépend à 80% de l’aide humanitaire, que le chômage touche 40% de la population, et que 35% des terres cultivables sont inaccessibles à cause de la zone de sécurité imposée par l’occupant le long du mur qui entoure la bande de Gaza. [3]

[1Les pêcheurs ne peuvent dépasser les 3 milles marins (contre les 20 milles prévus par les accords d’Oslo) sous peine d’être la cible de tirs, de voir leur bâteau arraisonné et confisqué ou d’être emprisonnés.

[2Ce blocus est illégal au regard du droit international humanitaire car constitutif d’une punition collective, selon notamment le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

[3Chiffres cités le dernier numéro du bulletin de l’Association belgo-palestinienne.

Source : article publié dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°23, janvier - février 2014.

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