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Guatemala : Yolanda, la résistante pacifique

Cecilia Díaz Cecilia Díaz
19 mai 2013

Il est de ces histoires qui témoignent à elles seules de la réalité de nombreuses communautés rurales guatémaltèques confrontées à l’arrivée sur leur territoire d’une entreprise prédatrice. Celle de Yolanda en est une.

Yolanda Oquelí est une femme de 33 ans, mariée et mère de deux enfants. Elle est fort investie dans la vie de sa communauté à San Juan el Golfo, une petite ville située à une trentaine de kilomètres de la capitale, Ciudad de Guatemala : « J’ai aidé ma sœur dans son magasin et plusieurs familles qui n’avaient pas d’argent pour acheter des produits de première nécessité, c’est pour cela que je suis connue ici.  » Cet engagement a failli connaître une fin tragique un soir de juin 2012, quand une balle tirée par un inconnu a manqué de la tuer. « Ce n’était apparemment pas mon heure, raconte Yolanda en souriant. Par miracle, je peux continuer à marcher, même si on n’a pas pu extraire la balle de mon dos.  » Quand l’attentat est survenu, Yolanda quittait La Puya, un campement de fortune que sa communauté avait établi en guise de protestation pour bloquer l’entrée de la mine El Tambor. Après quatre mois de convalescence, elle a regagné sa communauté pour poursuivre la résistance pacifique. « Je crois que j’ai une mission et je dois l’accomplir : être aux côtés de toutes celles et ceux qui défendent les droits de nos communautés.  »

Boom minier

Au Guatemala comme dans toute l’Amérique latine, l’industrie minière connaît une forte croissance depuis plusieurs années. Cet essor génère de nombreux conflits là où les entreprises s’installent. C’est le cas de la mine d’or El Tambor exploitée par Exploraciones Mineras de Guatemala, une filiale de Kappes, Cassiday & Associates (Etats-Unis) et de Radius Gold Corp (Canada). Celle-ci a initié ses opérations en 2011 sur 1 200 km2 entre les villes de San Pedro Ayampuc et San José el Golfo. Les habitants s’y sont vivement et rapidement opposés.

L’industrie minière connaît une forte croissance depuis plusieurs années. Cet essor génère de nombreux conflits là où les entreprises s’installent

En novembre 2012, des hommes de main envoyés par l’entreprise sont venus intimider et provoquer les résidents. Des insultes grossières furent proférées en public à l’encontre de Yolanda et de dirigeants. Des organismes de défense des droits humains ont pu enregistrer ces propos déplacés. Les femmes de la communauté ont adopté une position pacifique, elles se sont avancées et ont chanté pour faire taire les injures proférées par les sbires de l’entreprise. Yolanda prône la non-violence active, l’unité, la cohérence et la détermination à défendre la communauté.

Former pour agir

La résistance à la mine El Tambor est devenue un symbole de la lutte pacifique des populations qui cherchent à faire valoir leurs droits. Plusieurs organisations sociales guatémaltèques soutiennent activement cette lutte. C’est le cas du Comité d’unité paysanne (CUC) qui a installé un stand solidaire à côté du campement de la communauté. Pour ce mouvement paysan, il s’agit de défendre le territoire face aux entreprises qui essayent de profiter des communautés pauvres et sans protection. Les Services juridiques et sociaux (SERJUS), est une association qui, à l’instar du CUC, est soutenue depuis la Belgique par l’ONG Frères des hommes et l’Opération 11.11.11. Elle apporte un soutien concret à la communauté, en renforçant l’organisation communautaire à travers la formation des dirigeants. En 2012, juste avant son agression, Yolanda avait commencé avec enthousiasme les cours de l’école nationale des SERJUS. La formation « former pour agir » est destinée à renforcer les actions des dirigeants comme Yolanda. Elle comptait ainsi améliorer son travail de leader par une connaissance plus approfondie de la dure réalité des mouvements guatémaltèques. Et par une meilleure organisation des communautés indigènes à défendre leurs droits face aux multinationales prédatrices. En particulier dans un pays où les entreprises minières peuvent user librement de l’eau et de produits chimiques, alors que le pays est signataire de la convention n° 169 de l’OIT qui protège le droit des populations indigènes.

Yolanda pense aujourd’hui reprendre la formation, indispensable pour mener à bien sa lutte pacifique. Son souhait étant que les communautés gagnent enfin la bataille et puissent démarrer des projets bénéfiques à toute la population.

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