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Les femmes du Mozambique assujetties à la loi du plus fort

8 mai 2015

L’extrême précarité qui existe dans bon nombre de régions du Sud amène dans son sillage des rapports de force inégaux entre hommes et femmes. La violence physique à l’égard des femmes est une de ses manifestations la plus visible et inquiétante. Ainsi au Mozambique où la moitié de la population vit sous le seuil absolu de la pauvreté, une femme sur deux est victime de violence et d’agressions sexuelles. S’ajoute à ce triste tableau une progression préoccupante du harcèlement à l’école à l’encontre des élèves filles.

UN MODESTE CENTRE DE SOINS DEVIENT DANS CE CONTEXTE UN ACTEUR INCONTOURNABLE DANS LA LUTTE CONTRE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES.

AMUDEIA, le partenaire mozambicain de notre organisation membre Oxfam, vient précisément en aide aux femmes victimes de violence. Grâce entre autre à l’important soutien des donateurs 11.11.11, cette association au départ très modeste a su devenir un acteur primordial dans la promotion des droits de la femme. Il s’agit d’une véritable histoire à succès qui débute en 2007 avec la construction d’un centre de soins pour les victimes. C’est également à ce moment-là que l’association commence à former les femmes pour qu’elles connaissent mieux leurs droits. Pour qu’elles puissent se mobiliser et se défendre.

Toutefois, il apparait vite que l’éducation n’est pas suffisante. Les victimes de violence ont en effet surtout besoin d’une assistance juridique et psychosociale concrète qu’AMUDEIA n’avait alors pas la capacité d’offrir. À l’époque, l’organisation était entièrement gérée par des bénévoles et n’avait qu’une infrastructure limitée. C’est précisément face à ce constat qu’en 2008, AMUDEIA et Oxfam entament leur partenariat. Un partenariat soutenu par l’Opération 11.11.11, qui porte très vite ses fruits : AMUDEIA transforme l’infrastructure de son centre d’accueil, engage du personnel qualifié, y compris des avocats et psychologues, et forme des juristes. La renommée du centre s’étend alors rapidement, et entre 2008 et 2013, 3.000 femmes bénéficient directement des services juridiques et psychosociaux d’AMUDEIA. Aujourd’hui AUMDEIA compte 28 centres d’aide aux victimes de violence.

« Le partenariat avec Oxfam est venu à un moment important. Notre croissance et la façon dont nous travaillons maintenant sont grâce à l’appui d’Oxfam. Regardez, les résultats sont énormes ! »
Dulce Narciso, coordinatrice du centre de soins d’AMUDEIA.

LE DROIT DE VIVRE SANS VIOLENCE.

Toujours avec le soutien de l’Opération 11.11.11, Oxfam a également aidé le Forum des Femmes au Mozambique à coordonner les actions de ses organisations membres, dont AMUDEIA, visant à l’adoption d’une loi sur les violences familiales. Le Forum des Femmes a ainsi lancé le débat au niveau national, mené une campagne média, fait des recherches et organisé des marches à l’Assemblée Nationale. Grâce à l’apport d’Oxfam, AMUDEIA a pu jouer un rôle fondamental dans la mobilisation des femmes des zones rurales. Près de 200 femmes d’AMUDEIA ont ainsi voyagé à Maputo, la capitale du pays, chaque fois que le projet de loi y était discuté – elles étaient si connues qu’on les appelées « les membres AMUDEIA du Parlement ». Ces actions ont contribué à l’approbation de la loi en 2009 : pour la première fois, les femmes mozambicaines victimes de violence avaient droit à une protection légale. L’impact a été immédiat, énorme : rien qu’en 2010, 10.000 femmes se sont présentées à la police pour témoigner de la violence domestique qu’elles subissaient.

Victime de violence, une jeune femme dépose une plainte au poste de police de Marracuene, Maputo. Le projet prévoit également des formations des agents de la police pour les aider à recevoir les victimes.  (Crédit : © Tineke d'Haese - Oxfam Solidarité )

LES CAUSES PROFONDES DE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES.

Forte des réussites enregistrées, AMUDEIA souhaite aujourd’hui faire de la lutte contre la violence conjugale sa priorité, un combat critique au Mozambique, où 45% des femmes mariées sont victimes de violence domestique. Le viol conjugal n’étant toujours pas pénalisé par la loi, il n’existe pour l’heure aucune possibilité de recours juridique contre ce phénomène souvent banalisé. Cet état de fait témoigne à lui seul de la gravité du problème.

« La violence domestique jouit d’une grande légitimité sociale qui provient d’une idéologie familiale qui donne à l’homme, le chef de famille, le prérogative de l’usage de la force dans la résolution des conflits conjugaux »
WSLA Mozambique, une association de femmes, partenaire local de notre organisation membre Oxfam.

La situation est particulièrement préoccupante à Manhiça, le district où AMUDEIA est implantée. Il s’agit d’une région au Sud du Mozambique majoritairement agricole. Beaucoup d’hommes y sont employés comme travailleurs saisonniers dans les plantations de canne à sucre, tandis que d’autres quittent leur foyer pour travailler dans les mines en Afrique du Sud. Dans cet environnement précaire, les relations familiales sont fragmentées et ponctuées de violence domestique. C’est précisément dans cette région qu’AMUDEIA a entamé un travail de fond pour lutter contre ce phénomène dramatique. Au-delà de l’accompagnement des victimes, ce travail consiste à sensibiliser et informer les hommes pour remettre en cause les relations patriarcales, mais aussi à promouvoir le leadership des femmes, identifier les premiers signes de violence au niveau des écoles et développer des solutions alternatives pour les victimes sans lieu de refuge ...

Ainsi chaque jour, les hommes et les femmes d’AMUDEIA se mobilisent pour que, au-delà des lois, les attitudes et les croyances évoluent et permettent aux femmes de mener une vie libre de toute violence. Aujourd’hui ils ont besoin de votre soutien financier pouvoir poursuivre ce travail fondamental.

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