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NewB. Ensemble construire la banque de demain

Matthias Meirlaen Matthias Meirlaen
29 janvier 2019

Une étape historique pour le secteur bancaire belge ! Et pour cause, le 29janvier 2019, le projet de banque coopérative NewB a déposé formellement son dossier de demande d’agrément auprès de la Banque nationale de Belgique (BNB). Ce dépôt formel fait suite à des années de travail préparatoire intensif de la part de NewB. C’est là une étape cruciale qui vient d’être franchie, car le dossier de NewB doit maintenant être étudié en profondeur par la BNB et la Banque centrale européenne. Ces derniers disposent, à partir du dépôt du dossier, de 12 mois pour rendre leur avis sur l’aptitude de NewB à opérer en tant que banque. Pour faire de cette dernière ligne droite un succès, NewB et ses organisations membres appellent les citoyennes et citoyens qui ne sont pas encore membres de NewB à le devenir. Car seule la force du collectif permettra de prouver que oui, une autre banque est vraiment possible.

NewB Coop

NewB. Changeons la banque pour de BON !

https://youtu.be/WjYUinHtQeo

Un double constat

Le projet de créer une banque coopérative éthique nait d’un double constat.

Le premier est cette homogénéité frappante du marché bancaire en Belgique. Le nombre de banques en Belgique s’élève à 90. Parmi elles, 75 sont des succursales ou des filiales de banques étrangères. Ce qui fait qu’en Belgique, 83 % des banques sont d’origine étrangère [1] : la surreprésentation étrangère est criante. Autre angle d’analyse, le statut juridique de la banque et donc le modèle bancaire. On ne compte que 2 banques coopératives en Belgique : l’ABK Bank et la Banque CPH [2]. Les 88 autres sont toutes des sociétés à actions [3]. On ne peut pas dire que le paysage bancaire belge soit très diversifié, que du contraire.

Le deuxième constat, peut-être davantage fondamental, est l’irresponsabilité des grandes banques conventionnelles dans la pratique de leur métier. Le krach financier de 2008 a mis en lumière les pratiques risquées, illégales ou irresponsables du secteur bancaire conventionnel. Des pratiques qui sont justifiées – et qui le resteront – tant que ces banques baignent dans une logique de course effrénée au profit. Comment justifier qu’en 2016-2017, BNP Paribas, la plus grande banque présente en Belgique, continue de financer à hauteur de 12,8 milliards d’euros les énergies fossiles et seulement à hauteur de 3,3 milliards d’euros les énergies renouvelables ? [4] Comment expliquer qu’en 2017, KBC, la deuxième plus grande banque en Belgique, propose dans ses fonds dits « responsables » des actions d’entreprises actives dans le pétrole, la chimie ou l’agriculture intensive. [5] Tout ça n’est pas justifiable. Dix ans après la crise, nous tirons le même constat amer : les banques conventionnelles sont incapables d’œuvrer en faveur de la transition sociale et écologique dont nos sociétés ont besoin.

NewB, c’est une tentative de réponse cohérente à ce double besoin. Il faut créer une banque belge. Une banque résolument coopérative. Une banque qui œuvre à un modèle de société respectueux de la planète et de ses habitants. Et si le modèle fonctionne, que celui-ci serve d’exemple pour le reste du secteur.

Et bien sûr, un défi

A moins d’être un acteur financier existant, créer une banque n’est pas une chose aisée. Ces dernières décennies, on a vu de nouvelles banques apparaître sur le marché belge mais fort est de constater qu’elles sont toutes apparentées à une banque mère. C’est le cas de Hello bank ! (BNP Paribas) ou Beobank (Crédit Mutuel Nord Europe) par exemple. Elles ont toutes pu bénéficier de ressources existantes. Situation incomparable avec NewB, donc, qui entend créer une banque depuis une page blanche et indépendante des groupes existants. A quand remonte une telle démarche ? Il semblerait qu’il faille aller jusque dans les années 1950 lors de la création de la banque Argenta, une entreprise familiale.

Des exemples inspirants à l’étranger

Et pourtant, ailleurs en Europe, la situation est bien différente. Si la tendance générale est à la diminution du nombre de banques ou à la fusion des banques existantes [6], certains pays se démarquent par la diversité d’acteurs en présence. C’est le cas de l’Allemagne par exemple, où 3 différents piliers se partagent le marché : les banques privées commerciales, les banques publiques et les banques coopératives. Il est frappant dans le cas de l’Allemagne de voir le rôle important que jouent les 400 banques d’épargnes publiques dans le financement de l’économie régionale ou le rôle des 900 banques coopératives dans le financement des projets de ses coopérateurs [7]. Même constat pour le petit voisin autrichien, un pays avec 2 millions et demi d’habitants en moins que la Belgique. L’Autriche, c’est environ 600 banques et une diversité d’acteurs impressionnante : banques privées, banques de crédit hypothécaire publiques, banques coopératives ou caisses d’épargne par exemple. Les acteurs les plus importants sont les banques privées et les banques coopératives [8]. Plus au sud, en Espagne, les 12 groupes représentant plus de 90% de l’industrie bancaire en 2018 comptent 59 banques privées, 2 banques d’épargne et 63 banques coopératives [9]. Ne pas laisser l’entièreté du marché dans les mains d’une poignée de banques privées, comme en Belgique, c’est apparemment possible.

Si les banques coopératives sont monnaies courantes dans certains pays, il faut nuancer leur capacité à être toutes des acteurs éthiques exemplaires. Si fondamentalement, les banques coopératives ont des logiques de gouvernance collectives et qu’elles répondent aux besoins économiques concrets de leurs membres, certaines ont pu tomber dans les dérives des banques conventionnelles. Pourtant, à l’étranger, certaines banques coopératives sont réellement des sources d’inspiration pour NewB, tant en termes de gouvernance qu’en termes d’investissements. C’est le cas par exemple de la banque GLS en Allemagne, une banque comptant près de 50.000 membres, qui ne spécule pas et qui investit dans la transition socio-écologique [10]. C’est également le cas de la Banca Popolare Etica en Italie, rassemblant également un peu plus de 50.000 clients, et qui gère l’épargne de citoyens, organisations, entreprises et institutions avec des règles de durabilité, de transparence et de sobriété poussées [11]. En France, le Crédit Coopératif compte plus de 300.000 clients, particuliers, entreprises et organisations de l’économie sociale et solidaire. Il s’agit là d’un acteur au service des organisations sociétales impliquées. [12] Plus petit mais tout aussi intéressant, la banque Ekobanken en Suède : la plupart de leurs prêts vont droit à des écoles, des logement communautaires, des exploitations agricoles écologiques, de l’énergie renouvelable, des coopératives et bien d’autres projets [13].

Comment NewB fera-t-elle la différence ?

S’il existe des banques coopératives éthiques chez nos voisins, pourquoi ne pas en créer une en Belgique ? C’est le pari ambitieux de NewB. Dès les débuts, l’ADN de la banque a été fixé.

Le cadre coopératif de NewB permet une gouvernance horizontale. Chaque coopératrice et coopérateur disposent en effet d’une voix à l’assemblée générale, lieu où les orientations stratégiques sont prises. Et ce, peu importe le capital qu’il ou elle a investi dans NewB. C’est là renverser la prise de décision hiérarchique qui se fait dans les banques conventionnelles où l’influence se calcule au pro rata du capital investi. Ce fonctionnement coopératif permet par-dessus tout d’instaurer de la participation, de la transparence et du contrôle démocratique au sein de NewB.

Les 13 valeurs inscrites au sein des statuts permettent de donner une orientation très forte au niveau de la gouvernance (participation, transparence, sécurité, honnêteté, sobriété), du contenu des produits et services bancaires (durabilité, innovation pour une économie sociale et écologique) et également des modalités de développement de ces produits (insertion sociale, simplicité, inclusion, diversité, proximité, professionnalisme).

Le comité sociétal est un comité indépendant élu par l’assemblée générale. Il veille à ce que les orientations et les décisions prises au sein de NewB soient conformes aux 13 valeurs. Pour ce faire, il peut s’impliquer à tous les niveaux de la coopérative.

Et enfin, une série de règles internes qui interdisent les voitures de société et les bonus, qui limitent les salaires ou qui imposent une sobriété (des bâtiments de l’équipe aux diners professionnels par exemple).

Répondre à un besoin sociétal et individuel

Une banque comme NewB doit pouvoir répondre à un double besoin. D’abord, à un besoin sociétal urgent de changer la finance. Alors que la finance classique continue de causer des dommages économiques, écologiques et sociaux irrémédiables, il faut prouver qu’une banque locale, coopérative et durable est possible. Une banque qui, tout comme un tas d’autres initiatives dans d’autres secteurs, prend au sérieux les défis sociaux et environnementaux de nos sociétés.

Mais pour qu’une banque comme NewB puisse vraiment faire la différence, elle doit pouvoir répondre à des besoins concrets. Elle doit pouvoir devenir la banque numéro 1 pour les besoins financiers de base qu’ont monsieur et madame tout le monde. La bonne nouvelle, c’est que NewB entend dès son démarrage être cette banque basique qu’attendent les Belges. Avec un compte à vue et une carte de débit pour effectuer les transactions quotidiennes, un compte épargne qui leur garantit que leur argent sera employé à des fins éthiques et durables ainsi que des prêts, à court terme dans un premier temps. Le tout pour les particuliers, les entreprises et les associations de la société civile.

Une chance unique ?

Parce que créer une banque est un défi de taille, la réponse devra impérativement être collective, surtout dans le cas de NewB. Et si la dernière création de banque en Belgique remonte à il y a plus de 60 ans, nous sommes actuellement face à une opportunité historique. Car l’état actuel de NewB laisse pour la première fois espérer qu’une concrétisation du projet est vraiment possible. Le 29 janvier dernier, NewB a en effet introduit formellement son dossier de demande d’agrément auprès de la Banque nationale de Belgique. Ce dépôt intervient après des années de préparation du dossier en toute discrétion. Le compte à rebours des 12 mois est désormais lancé. Plus que jamais, en 2019, nous devons faire en sorte que ce projet collectif soit porté par le plus grand nombre. Si vous ne l’êtes pas encore, devenez dès aujourd’hui coopératrice ou coopérateur à hauteur de 20€ sur www.newb.coop. En quelques clics, vous construisez un projet unique et pourrez en suivre les dernières évolutions.

[1Contre 53 % aux Pays-Bas, 41 % en France et 8 % en Allemagne. Voir « facts & figures 2016-2017 » de Febelfin. Consultable sur https://www.febelfin.be/fr/chiffres/le-secteur-financier-belge-en-detail

[2Ces 2 banques coopératives cumulaient sur l’exercice 2016 un bilan (un résultat) de 3.040 millions d’euros, ce qui équivaut à peine à 1.021% du bilan de BNP Paribas Fortis, la plus grosse banque du pays, cette même année. Voir « Les banques établies en Belgique : Données individuelles pour l’exercice 2016 » de Febelfin. Consultable sur https://www.febelfin.be/fr/chiffres/chiffres-individuels-par-banque

[3Voir « Les banques établies en Belgique : Données individuelles pour l’exercice 2016 » de Febelfin. Consultable sur https://www.febelfin.be/fr/chiffres/chiffres-individuels-par-banque

[4Voir le dernier rapport d’Oxfam France publié en novembre 2018 intitulé « Banques françaises, les fossiles raflent la mise ». Consultable sur https://www.oxfamfrance.org/wp content/uploads/2018/11/BanquesFrancaises_Fossiles_Nov2018.pdf

[5Voir « L’investissement socialement responsable en Belgique, rapport 2018 » publié par Financité. Consultable sur https://www.financite.be/fr/reference/linvestissement-socialement-responsable-2018-rapport-complet

[7Voir « Germany’s banking sector : facts & figures » (Septembre 2018) : https://www.ebf.eu/germany/

[8Voir « Austria’s banking sector : facts & figures » (Septembre 2018) : https://www.ebf.eu/austria/

[9Voir « Spain’s banking sector : facts & figures » (Septembre 2018) : https://www.ebf.eu/spain/

[11Voir le site de Banca Etica : https://www.bancaetica.it/idee-et-finalites

[12Voir le site du Crédit Coopératif : https://www.credit-cooperatif.coop/

[13Voir le site d’Ekobanken : https://www.ekobanken.se/en/

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