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RDC : revaloriser l’école publique

Sabine Kakunga Sabine Kakunga
2 septembre 2011

En République démocratique du Congo, la faiblesse de l’Etat saute aux yeux dans l’enseignement public : bâtiments délabrés, cours de récré inondées, installations sanitaires déficientes ou absentes, manque de formation des enseignants, équipements scolaires insuffisants, etc. Un tel constat pourrait paralyser les plus optimistes. Mais pas l’association Humanisme & Solidarité.

Depuis des années, l’Etat congolais rencontre d’énormes difficultés à prendre en charge les services à la population tels que la santé ou l’enseignement. La plupart des bâtiments publics souffrent d’un manque criant d’entretien et de rénovation. Parmi ceux-ci, les écoles publiques sont particulièrement touchées : bâtiments délabrés, installations sanitaires déficientes et équipements pédagogiques insuffisants. Chaises, bancs et bureaux manquent cruellement. Les enfants suivent donc les cours assis à même le sol, d’où le surnom d’école « mal aux fesses » donné aux écoles publiques.

Aujourd’hui, afin d’assurer un minimum de rentrées d’argent, l’école est devenue payante. Les parents consentent à d’énormes sacrifices pour prendre en charge le salaire et le transport des enseignants. La situation extrêmement difficile dans laquelle se trouve l’enseignement public ne permet pas à tous les enfants de terminer la scolarité primaire. Dans les écoles sans sanitaires décents, les parents refusent d’envoyer leurs enfants, surtout les filles, ce qui fait baisser la fréquentation scolaire.

Un jumelage avec Ixelles

Des associations s’engagent à remédier à cette situation. A Kinshasa, c’est le cas d’Humanisme & Solidarité (H&S), une asbl congolaise, qui, avec le soutien de son partenaire belge Laïcité et Humanisme en Afrique centrale (LHAC), et grâce à l’Opération 11.11.11, a lancé il y a plusieurs années un programme de soutien aux écoles primaires du quartier de Matonge. Alors que les bâtiments ont été rénovés par la Banque mondiale, LHAC et H&S ont impliqué les écoles du quartier dans un jumelage avec celles de la commune d’Ixelles - où se situe également un quartier du nom de Matonge - et ont ainsi permis l’équipement des classes en nouveaux mobiliers scolaires. Une station d’épuration d’eau y a été également implantée, permettant l’accès à l’eau potable pour les enfants et les enseignants, et ce grâce au soutien de Wallonie Bruxelles International (WBI) et la collaboration de la Haute école libre de Bruxelles Ilya Prigogine.

© Arnaud Zacharie . © Arnaud Zacharie

La santé à l’école

Pendant longtemps, les écoles publiques congolaises ont été équipées d’un centre de santé, donnant aux jeunes l’accès aux soins médicaux de base. Aujourd’hui, ces centres ont disparu. Les fonds récoltés lors des Opérations 11.11.11 2006 et 2007 ont permis l’aménagement d’un dispensaire au sein des écoles primaires de Matonge. L’ouverture d’un tel dispensaire permet une meilleure éducation à la santé en milieu scolaire et amène à un changement d’attitude à l’égard des pratiques nuisibles. Toutefois, travailler seulement avec les enfants ne suffit pas, les parents doivent également être impliqués dans ce cheminement. Concrètement, le dispensaire est à la fois un lieu de parole et d’échange d’information en matière de santé scolaire et de prévention – ce qui permet de lutter contre la propagation des épidémies et maladies – et un lieu de soin et de consultation, accessible aux élèves de l’école, à leurs parents mais aussi aux habitants du quartier.

Les parents consentent d’énormes sacrifices pour prendre en charge le salaire et le transport des enseignants

Le second projet mis en œuvre grâce au soutien de l’Opération 11.11.11 vise à assainir l’environnement scolaire dans lequel les enfants évoluent, en particulier les cours de récréation, qui sont le plus souvent inondées par les eaux de pluie. Leur assèchement est prévu grâce à l’installation d’un système de drainage des eaux pluviales qui jusqu’alors restaient stagnantes. Cette étape du projet de réhabilitation du complexe scolaire concourt à garantir aux enfants un environnement sain et agréable, ce qui favorise un plus grand respect. Tous les enseignants des écoles de Matonge intègrent d’ailleurs dans leurs cours l’éducation à la propreté personnelle et collective, au respect du matériel et des bâtiments.

Instruments de paix

© LHAC . © LHAC

Pour Humanisme & Solidarité, l’école doit aussi être un instrument en faveur de la paix et favoriser la prise de conscience de l’importance d’un enseignement officiel laïque, ouvert à tous et à toutes sans discrimination. Depuis 2002, son collectif d’enseignants est reconnu comme section congolaise de l’Ecole instrument de paix (EIP). Fondée en 1967 à Genève, cette organisation internationale non gouvernementale contribue à l’éducation aux droits humains et à la paix dans le monde. En RDC, l’objectif est de créer à long terme tout un réseau d’enseignants et de formateurs qui couvrira le territoire congolais, permettant la diffusion d’une pédagogie citoyenne orientée vers le respect des droits humains et de la citoyenneté. Plusieurs sessions de formation ont déjà été organisées, d’abord à Kinshasa, puis à Kisangani et Lubumbashi. Pour assurer la pérennité du projet, un groupe d’une quinzaine d’enseignants kinois a été formé pour transmettre à son tour son savoir aux collègues. En 2011, et toujours avec l’appui de l’Opération 11.11.11, deux sessions de perfectionnement seront organisées à l’attention des formateurs kinois de l’EIP Congo.

Les actions menées par Humanisme & Solidarité lui permettent d’acquérir une expérience dans le domaine de la réhabilitation d’école et de la formation. Cependant, le travail n’est pas fini, les besoins et les demandes sont encore énormes. Humanisme & Solidarité et son partenaire belge LHAC sont prêts à réhabiliter d’autres écoles et élargir leur champ d’action à l’enseignement secondaire, voire technique et professionnel. Loin d’être des projets isolés et ponctuels, la réhabilitation de ces écoles participe à un projet plus vaste visant à redonner confiance dans l’enseignement public, le plus accessible à tous et à toutes. La volonté ne manque pas, ni les ressources humaines, ce sont les moyens de réaliser ces projets qui font défaut.

Source : article publié dans dlm, demain le monde, n°9, septembre-octobre 2011 // www.cncd.be/dlm

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Qui ? Sabine Kakunga
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