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Refugees for refugees, la musique de l’exil

Stéphanie Triest Stéphanie Triest
11 mai 2016

MICmag - Le 13 mai prochain, la petite salle du théâtre Molière sera probablement comble... Ce sera le premier concert des musiciens engagés dans le projet « Refugees for Refugees », à l’occasion de la sortie de l’album. Un album produit par l’asbl Muziekpublique et financé par une campagne de crowfunding en un temps record, pour mettre en lumière le talent d’une vingtaine de musiciens arrivés en Belgique ces dernières années. Un bagage devenu parfois invisible derrière l’étiquette de « réfugiés ».

Au premier étage du théâtre Molière, de part et d’autres d’un mince couloir, des loges, au fond, un studio d’enregistrement. Et se faufilant dans l’air, le son d’un luth. « C’est Hussein qui répète », explique Hélène Sechehaye, chef d’orchestre du projet Refugees for Refugees chez Musiekpublique. L’association promeut les musiques du monde, depuis son QG logé dans la galerie de la Porte de Namur, à l’entrée du quartier Matonge. Cet album, c’est le fruit d’une idée née en septembre face à la crise migratoire. Elle a pris forme au pas de course.

Début mars, les graphistes s’affairent sur la pochette, l’heure est aux mixages, et aux derniers raccords. On croise encore quelques artistes impliqués dans les couloirs de Muziekpublique, comme d’Hussein Rassim, passé en coup de vent. Depuis six mois en Belgique, un diplôme décroché au Conservatoire de Bagdad en poche, cet artiste de 28 ans, à l’allure de hipster irakien enchaîne les rencontres et les concerts. Il vit au Petit-Château, un centre d’accueil géré par Fedasil à Bruxelles, au bord du canal. Le jour de notre rencontre, Hussein se dit « confiant ». De fait, il déborde d’énergie, parle d’Arumbo, un groupe de musique espagnol qu’il a intégré à Bruxelles, de concerts à venir…. Ce que cet album-ci lui apporte ? « L’objectif, c’est montrer que parmi nous, les réfugiés, il des musiciens, des médecins. Montrer notre talent, notre savoir-faire ». Et aussi, à titre personnel, rencontrer des artistes aguerris, comme Asad Quizilbash.

Devant les « grands » de ce monde

Asad, nous le rencontrons chez lui, au dernier étage d’un immeuble logé sur le boulevard, à quelques pas du théâtre Molière. Violoniste et guitariste populaire dans son pays, il se rappelle avoir joué devant les grands de ce monde de passage au Pakistan : le Prince Charles, Nelson Mandela, Yasser Arafat ou Georges W Bush reçu par le président Pervez Musharraf. « J’étais invité deux fois par mois aux cérémonies officielles », explique Asad. Il est en effet réputé pour avoir ressuscité le sarod, un instrument à cordes traditionnel. Depuis, son quotidien a radicalement changé de cours. Dans un contexte de tensions et de vaches maigres, Asad décide d’ouvrir une école de musique à Islamabad. Une idée qui ne plait pas aux milices extrémistes locales.

Suite aux menaces répétées, le musicien prend la route de la Belgique. En 2012, il obtient l’asile. Aujourd’hui, derrière un charisme certain, cet homme, fort d’une carrière internationale, paraît démuni. Toutes ses forces se concentrent dans les démarches pour faire venir sa famille près de lui. Un fil mainte fois repris et interrompu, au rythme des coups de fils et courrier, des pièces manquantes, des traductions en urgence, de délais expirés. « Cela me rend fou. Pour moi, cette attente, c’est une nouvelle forme de violence. Je ne suis plus rien ici ». Que lui apporte l’album ? « Rencontrer des gens qui vivent la même situation que moi. » Sortir de la solitude, alors ? « Un peu, même si ça ne changera pas tout ». Pour Asad, c’est surtout une nouvelle pièce à verser au dossier. « Montrer à l’Office des étrangers que je peux gagner de ma vie ici ».

C’est l’un des objectifs poursuivis par Muziekpublique, au cas par cas : ouvrir des portes, donner un coup de pouce à une carrière, aider à trouver une place, reconstruire une vie en Belgique. Montrer que parmi les réfugiés, il y a des sommités, une richesse devenue invisible. « Ce que nous voyons d’abord en eux, ce sont des musiciens. Au-delà de l’accueil d’urgence, nous visons l’intégration », explique Hélène. Ces musiciens, ils sont une vingtaine sur l’album. Seize musiciens réfugiés, des musiciens confirmés depuis plusieurs années, aux côtés d’autres, plus jeunes ou de primo-arrivants.

Mais aussi quelques artistes invités pour obtenir un cocktail équilibré entre traditions musicale, pays d’origine et type d’instruments : chant tibétain, saros pakistanais, ney syrien… Lire la suite sur MICmag

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