Sri Lanka

Se reconstruire quand on a été enfant soldate des Tigres tamouls

Les filles enrôlées dans le conflit paient le prix fort : blessures, abandon, rejet, pauvreté
Photo fournie par WAPA.

Au Sri Lanka, plus de trois décennies de conflits armés d’une violence inouïe ont laissé des traces visibles dans la société, notamment pour les anciens enfants soldats recrutés par les Tigres tamouls (LTTE).

Ce mouvement séparatiste, qui a combattu le gouvernement du Sri Lanka entre 1976 et 2009, a enrôlé de gré ou de force des milliers de jeunes gens, et en particulier des filles. Celles-ci y ont vu la possibilité de défendre leur ethnie face aux injustices vécues, mais également de sortir de leur caste et de leur condition féminine sans opportunités réelles. Elles se sont ainsi retrouvées à conduire des chars blindés, placer des bombes anti-personnelles ou à espionner.

Se reconstruire quand on a été enfant soldate des Tigres tamouls
Se reconstruire quand on a été enfant soldate des Tigres tamouls
Photo fournie par WAPA.

Mais depuis la fin de la guerre, ce sont elles qui paient le prix le plus fort. Considérées comme des terroristes, parfois blessées au combat, elles subissent le rejet, l’abandon et la discrimination à l’emploi. Faute de maris ou de compagnons (décédés au combat, disparus, invalides, démissionnaires...), nombreuses parmi elles ont dû prendre en charge leurs enfants et souvent leurs parents, sans possibilité d’avoir accès au marché de l’emploi.

« Nous avions des cartes d’ex-enfants soldates/ex-combattantes qui rempla- çaient nos papiers d’identité. Les employeurs refusaient de nous embaucher, par peur de représailles », explique Elavasari (38 ans).

L’organisation WAPA leur vient en aide. Depuis sa création en 2013, cette ONG belge, soutenue par l’Opération 11.11.11, se bat pour dénoncer l’utilisation d’enfants dans les conflits armés et pour leur réintégration au sein des communautés. Elle est présente en République démocratique du Congo, en Colombie, en Ouganda et au Sri Lanka.

Dans ce pays où les cicatrices de la guerre sont encore très visibles, le programme de WAPA est destiné aux anciennes combattantes et à leurs enfants, dans les régions de Jaffna, Mullaitivu et Vavunya. Grâce à des for- mations adaptées et à l’octroi de bourses, elles peuvent développer des activités génératrices de revenus : petit élevage, atelier de couture, jardin potager, etc. Ces activités leur permettent de générer un salaire complet ou un complément nécessaire à leur survie. Elles se rencontrent mensuel- lement en groupes de femmes pour échanger des conseils, des idées et se soutenir mutuellement.
Si nécessaire, elles peuvent aussi obtenir un micro-prêt remboursable en 18 mois pour étoffer leur activité.

Kiridja (34 ans), l’une des 35 femmes soutenues l’an dernier, témoigne :

J’avais besoin de gagner de l’argent pour subvenir aux besoins de ma famille. J’ai deux filles. J’ai commencé à multiplier les sources de revenus, en commençant par cultiver du gramme noir. Ensuite, j’ai développé un élevage de volailles en achetant des poussins petit à petit. Enfin, je travaille dans le secteur du mariage, je maquille, je glace les gâteaux, je fais des petits travaux de couture. Les commandes sont intermittentes mais me permettent de compléter mes revenus. J’espère construire une serre prochainement.
Se reconstruire quand on a été enfant soldate des Tigres tamouls
Se reconstruire quand on a été enfant soldate des Tigres tamouls
Photo fournie par WAPA.

Aujourd’hui, la situation au Sri Lanka s’est fortement dégradée. Après de sévères restrictions liées au Covid, le pays affronte une terrible crise à la fois politique, sociale et économique. Ces derniers mois, le soutien de WAPA s’est surtout concentré sur l’accès aux biens de première nécessité (alimentation et produits d’hygiène) en période de flambée des prix. WAPA a aussi investi dans un programme de jardins potagers. Environ 150 familles de la division de Puthukudiyiruppu ont reçu des semences, des plants et des outils pour démarrer leur propre récolte de fruits et légumes. L’objectif : contribuer à leur sécurité alimentaire et espérer que les récoltes seront suffisantes pour en tirer un petit bénéfice.

Des enfants-soldats en Europe ?

L’utilisation des enfants dans les conflits armés est considérée comme un crime de guerre par le Statut de Rome. Dans leur couverture de l’invasion russe de l’Ukraine, certains journalistes ont récemment dénoncé l’utilisation d’enfants comme arme de guerre dans les deux camps. Spécialisée sur cette question, l’ONG WAPA en appelle à l’ouverture d’une enquête par les institutions internationales ainsi que les organisations de protection de l’enfant afin d’éviter un des premiers cas d’enfants soldats sur le territoire européen. En savoir +

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