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Projet 11.11.11

Semences du terroir contre semences du marché

Nicolas Van Nuffel Nicolas Van Nuffel
14 mars 2012

Dans la province de Hoa Binh, au Vietnam, les femmes paysannes ont repris leur destin en main. En effectuant des recherches pour retrouver les semences de riz adaptées à leur terroir, elles ont trouvé une source de revenus supplémentaires et se mettent à l’abri des aléas climatiques.

La petite commune de Quy Hau se trouve perchée quelque part au milieu des montagnes, à environ deux heures d’Hanoi. Pour y parvenir, il faut parcourir une longue route qui longe les rizières au milieu de la brume. Dans la maison communautaire, un groupe de femmes en costume traditionnel nous attend. Derrière leur humilité affichée, on sent la fierté de ce qu’elles ont accompli. Car comme le souligne Bui Thi Nhu, leader du groupe : « Au début, personne ne croyait à notre projet, nos maris et nos familles tentaient de nous dissuader. Mais nous avons tenu bon. Nous avons patiemment effectué des croisements entre différentes sortes de riz et, peu à peu, retrouvé des semences qui s’adaptent à notre terroir. Depuis, nos revenus ont sensiblement augmenté ! »

Un riz de meilleure qualité

Car si le Vietnam est désormais le deuxième exportateur mondial de riz, cela fait bien longtemps qu’il ne produit plus lui-même ses semences. Lorsque le gouvernement a choisi, dans les années 1980, de baser le développement du pays sur les exportations, il a aussi fait le choix d’une agriculture standardisée par le marché mondial. Désormais, l’immense majorité des agriculteurs vietnamiens achètent à bas prix des semences hybrides chinoises ; un riz de basse qualité qui ne leur permet pas de dégager des marges suffisantes pour sortir de la pauvreté.

C’est pourquoi, dans le cadre de son programme de promotion de la souveraineté alimentaire, Oxfam Solidarité a proposé à l’association locale de paysans de partir à la recherche de nouvelles semences. Ou plus exactement de les développer eux-mêmes. Ce sont les femmes qui ont accepté ce défi. Ce sont elles, en effet, les premières à cultiver la terre dans cette région. Patiemment, elles ont croisé les variétés. Pour en arriver à retrouver des semences proches de celles que cultivaient leurs ancêtres. Ces semences, adaptées au terroir local, permettent d’exploiter au mieux les richesses du sol et offrent une meilleure résistance aux conditions climatiques. Le résultat, c’est d’abord une diminution des récoltes perdues suite à la mousson. Mais c’est aussi la production d’un riz aux qualités nutritives bien meilleure, qui permet à la fois une amélioration des conditions de santé pour les familles et une augmentation des revenus. En effet, avec ce riz plus résistant, finis les engrais chimiques et autres insecticides : il est désormais possible de cultiver sur base des principes de l’agro-écologie. De plus, le produit final dispose d’un goût et de qualités nutritives supérieurs, ce qui permet de le vendre à un prix plus élevé sur le marché.

Des résultats rapides

Le projet n’a démarré qu’en 2008, mais quatre ans plus tard, les résultats se font déjà sentir dans la communauté. Aujourd’hui, 40% du riz qui pousse dans la commune est issu de semences paysannes. Debout dans le champ expérimental, l’une des femmes qui participent au projet témoigne : « Nous n’aurions pas cru que le projet nous permettrait une telle amélioration de nos revenus. Au début d’ailleurs, j’étais restée en retrait. Mais quand j’ai vu ce qu’obtenaient les femmes du premier groupe, je me suis dit qu’il fallait moi aussi que je tente ma chance. Aujourd’hui, je suis fière de ce que nous avons accompli ensemble ! »

Avec ce riz plus résistant, finis les engrais chimiques et autres insecticides

De plus, les paysans reçoivent un accompagnement leur permettant de mieux comprendre les politiques agricoles menées par les autorités locales, afin de les analyser et de voir comment ils peuvent les influencer. En effet, de façon générale, les politiques agricoles sont peu discutées par les paysans locaux, qui les appliquent telles quelles. La mise en place de la « Grassroots Democracy Ordinance », en 2007, crée à ce titre une base pour renforcer l’influence des paysans sur les politiques, de bas en haut. C’est en tout cas le pari que fait Oxfam Solidarité, afin de donner l’occasion aux producteurs de participer à la formulation des plans de développement locaux.

Mais le combat pour la souveraineté alimentaire ne passe pas que par l’action au niveau local. Il est aussi nécessaire d’ancrer celle-ci dans le mouvement plus large en faveur de rapports internationaux plus justes. C’est pourquoi Oxfam Solidarité agit aussi ici en Europe pour rendre les politiques plus cohérentes. Et tente de créer des ponts entre les acteurs du Nord et du Sud. C’est la raison pour laquelle Nguyen Van Phan, le vice-président de la ligue paysanne locale, était présent à Bruxelles en novembre 2010 pour participer au huitième Forum des peuples Europe-Asie, coordonné par le CNCD-11.11.11.

Liens

Source : article paru dans la revue dlm, demain le monde, n°12, mars 2012.

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Qui ? Nicolas Van Nuffel
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

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