Sommet sur les droits des femmes à NY : quel bilan de ces vingt dernières années ?
« Le monde ne pourra jamais atteindre pleinement ses objectifs si la moitié des habitants de la planète ne sont pas en mesure de réaliser leur potentiel »
Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations-Unies, à l’occasion de la Journée internationale des femmes du 8 mars
Au lendemain de la journée mondiale des femmes, une rencontre internationale de haut niveau se tient actuellement au siège des Nations-Unies à l’occasion de la 59e session de la Commission de la Condition de la Femme (CSW), principal organe intergouvernemental mondial dédié à la promotion de l’égalité de genre et à l’autonomisation des femmes.
Chefs d’État, entités des Nations-Unies et organisations de la société civile se réunissent jusqu’au 20 mars, lors d’une séance appelée « Beijing+20 », pour examiner et évaluer les progrès accomplis et les défis qui demeurent dans la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’Action de Beijing [1], vingt ans après son adoption lors de la Quatrième conférence mondiale sur les femmes en 1995.
Ce sommet est également l’occasion de mettre en avant les opportunités futures en matière d’égalité de genre à inscrire dans le nouveau Programme de développement pour l’après-2015 qui, attendu pour septembre prochain, sera appelé à s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté et des inégalités entre les femmes et les hommes.
Afin de tirer le bilan mondial des actions concrètes entreprises en matière d’égalité de genre au cours de ces vingt dernières années, il a été demandé à chaque pays et à chaque région d’effectuer des examens approfondis dans douze domaines d’action critique [2] qui continuent encore à poser de véritables défis aujourd’hui. Jusqu’à présent, aucun pays n’a encore pleinement honoré ses engagements dans les champs visés.
Outre le fait que plus d’un tiers des femmes au niveau mondial continuent à subir des violences intrafamiliales ou sexuelles au cours de leur vie [3], elles continuent à gagner moins que les hommes pour un travail égal et ont plus de chances d’occuper des emplois peu qualifiés. De même, chaque année, quelque 287 000 femmes meurent de complications de la grossesse et de l’accouchement, dont 99% dans les pays en développement [4]. En Belgique également, des progrès restent encore à faire, entre autres, en matière d’égalité salariale (9,8% en défaveur des femmes selon les derniers chiffres d’Eurostat [5]) et de gender mainstreaming. Cette stratégie qui vise à intégrer la dimension genre dans l’ensemble des politiques afin de renforcer l’égalité des femmes et des hommes dans la société avait d’ailleurs fait l’objet d’une loi en 2007. Pourtant, sa mise en œuvre effective est encore loin d’être une réalité dans tous les domaines essentiellement parce que la question de l’égalité entre les femmes et les hommes est souvent considérée comme accessoire à côté d’autres problématiques telles que le racisme ou l’exclusion sociale qui sont jugées plus prioritaires.
Le 20e anniversaire de la Conférence de Beijing offre par conséquent de nouvelles opportunités de renforcer notre volonté et notre engagement politiques et citoyens pour une société plus juste et plus respectueuse à l’égard des femmes et des filles. C’est surtout sur la question des droits sexuels et reproductifs que les tensions et désaccords diplomatiques atteignent leur point culminant. Outre plusieurs pays musulmans dont l’Arabie Saoudite et l’Irak, Malte, la Hongrie et la Pologne sont en Europe les plus réticents, au regard notamment du droit à l’avortement. Face à des Etats conservateurs qui recourent à une logique souvent offensive, pour remporter la bataille, il importe aux progressistes non seulement de se faire entendre massivement mais également de montrer que l’accès des femmes à la vie politique, économique et sociale, au-delà d’une question de droit, est un impératif d’efficacité.
La Belgique notamment avait reconnu, lors de la 49e session de la CSW en 2005, l’importance de considérer l’égalité de genre comme un objectif en soi mais aussi comme une condition pour atteindre l’ensemble des Objectifs du Millénaire pour le Développement. En effet, il apparaît de plus en plus clairement qu’il est de l’intérêt de tous de promouvoir les droits des femmes et des filles et leur autonomisation dans tous les domaines et à tous les niveaux. Leur participation à la vie économique du pays et un meilleur statut au sein du foyer se traduisent en général par une contribution notable à la santé économique du pays et à l’amélioration de la santé et de l’éducation au niveau des familles. Mais l’évolution des mentalités accuse trop de retard pour faire disparaître les préjugés et attitudes sexistes qui demeurent toujours aussi tenaces, et freinent la participation des filles et des femmes.
L’enjeu du Sommet à New York sera donc de convaincre l’ensemble des États que l’égalité de genre constitue, outre une finalité en soi basée sur la défense de droits fondamentaux, une nécessité vitale pour la société tout entière. Or ce lien ne serait plus à démontrer si l’on mettait fin aux violences liées au genre, si l’accès et le contrôle des ressources par les femmes, l’accès pour toutes aux protections sociales et la participation active des organisations de femmes dans les processus de prise de décision étaient garantis, toutes choses mises en évidence dans les recommandations du tout nouveau Conseil Consultatif Genre et Développement (voir recommandations en bas de page).
Le CNCD-11.11.11 participera de manière active à ce rendez-vous mondial majeur et veillera à porter et à diffuser le plus largement possible le message clé de la Conférence de Beijing de 1995, à savoir que les droits des femmes et des filles sont des droits humains, universels et inaliénables, comme le clamait encore ce dimanche 8 mars la foule réunie à New York à l’occasion de la Marche mondiale des femmes.
[1] La Déclaration et le Programme d’action de Beijing, adoptés à l’unanimité par 189 pays, sont considérés comme le principal document de politique mondiale en matière d’égalité des sexes (disponible sur http://igvm-iefh.belgium....).
[2] Ces 12 domaines sont : femmes et pauvreté, éducation et formation des femmes, femmes et santé, violence à l’égard des femmes, femmes et conflits armés, femmes et économie, femmes et prise de décisions, mécanismes institutionnels œuvrant à la promotion de la femme, droits fondamentaux de la femme, femmes et médias, femmes et environnement et jeunes filles.
[3] OMS, « Rapport de situation 2014 sur la prévention de la violence dans le monde », 2014.
[4] OMS, « La santé des femmes », septembre 2013.
[5] Eurostat, Rapport « Les femmes gagnaient en moyenne 16% de moins que les hommes dans l’UE en 2013 ».



