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Agenda 2030 : premier bilan de la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable

Véronique Rigot Véronique Rigot
11 juillet 2016

Du 11 au 20 juillet, New York accueille le Forum politique de haut niveau. Cette réunion politique annuelle des Nations Unies a pour mission d’acter les progrès accomplis dans la mise en œuvre du programme international de développement durable, l’Agenda 2030. Tour d’horizon des enjeux.

Souvenez-vous, c’était en septembre 2015. En marge de l’AG des Nations Unies, un sommet international pour le développement durable, et une déclaration politique adoptée à l’unanimité. Il faut attendre mars 2016 pour avoir la liste des 230 indicateurs qui détaillent les 17 objectifs de développement durable inscrits dans la déclaration. L’Agenda 2030 pour le développement durable est donc encore tout frais mais déjà, 22 pays vont présenter leur rapport d’avancement [1] à la tribune des Nations Unies à l’occasion du Forum politique de haut niveau (« High Level Political Forum » ou HLPF en abrégé). Etonnant ? Pas tellement. On vous explique toute l’importance de ce premier HLPF de l’Agenda 2030.

Quelle est la mission du Forum politique de haut niveau (HLPF) ?

Il convient tout d’abord de rappeler que ce programme de développement durable n’est pas contraignant. L’Agenda 2030 est une déclaration politique qui engage les pays sur base purement volontaire. Ainsi, la volonté des Nations Unies est de créer de l’émulation et de faire du HLPF « LE » rendez-vous politique mondial annuel du développement durable pour encourager l’ensemble des pays, y compris les plus réticents, à embarquer dans l’aventure.

La mission du HLPF est donc de faire le bilan de la mise en œuvre des ODD, mais le mécanisme servira surtout à stimuler les mises en œuvre nationales et les ajustements politiques, y compris par les dialogues intergouvernementaux. Un moment politique clef, donc. Il est d’ailleurs question de le rebaptiser en « Conférence annuelle de révision des ODD » (« Annual SDG review Conference » en anglais) et de l’associer à l’AG des Nations Unies, chaque année en septembre. Le HLPF durera 10 jours, dont 3 jours en présence des ministres du monde entier (Affaires étrangères, Coopération au développement, Environnement, Planification, et même quelques ministres des Finances). Tous les quatre ans, un HLPF supplémentaire sera organisé, réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement. Le premier HLPF de ce type aura lieu en 2019.

Présentation des premiers rapports d’avancement

Pour cette première édition, sachant que les ODD sont tout frais, l’objectif sera le partage d’expérience des gouvernements par rapport à leurs stratégies et leurs politiques de mise en œuvre des ODD. Durant ces 10 jours, 22 pays [2] vont se succéder à la tribune pour présenter leurs premières avancées dans la mise en œuvre des ODD. Parmi ces pays, la Chine, la France, l’Allemagne ou encore l’Ouganda ou la Colombie. Les rapports présentés par ces 22 pays, appelés ‘revues nationales volontaires’ (« National Voluntary Reviews »), ne contiennent pas encore de statistiques et d’indicateurs de progrès mais plutôt des lignes directrices, des arrangements institutionnels pris, l’alignement des priorités et des programmes de travail avec les ODD, ou encore de nouvelles politiques ou programmes qui seront mis en œuvre dans les mois et les années à venir. En parallèle à ces rapports nationaux, un rapport d’avancement des Nations Unies devrait être publié incessamment sous peu [3], dans la lignée des précédents Rapports mondiaux sur le développement durable.

« Leave No One Behind »

Le principe d’inclusivité inscrit au cœur du nouveau programme international pour le développement durable à l’horizon est l’expression « Leave no one behind » (qui signifie textuellement « ne laisser personne à la traîne »). Principe fondateur de l’Agenda 2030, il est peut-être le principe le plus difficile à honorer, mais il représente l’aspect le plus transformatif de l’Agenda 2030. Il réfère à plusieurs idées fortes, dont le droit au développement pour tous, le principe d’universalité du programme, la lutte contre les inégalités, mais aussi le principe de participation – principe du développement durable inscrit dans la Déclaration de Rio de 1992 [4], qui stipule que les citoyens concernés doivent avoir la possibilité de participer aux processus de prise de décision.

Et la Belgique ?

Contrairement à la Chine, l’Allemagne ou la France, la Belgique a préféré attendre un an et présentera en principe au HLPF de juillet 2017 son rapport d’avancement dans la mise en œuvre des ODD (la revue nationale volontaire). En attendant, elle se prépare. La conférence interministérielle développement durable (CIMDD, qui réunit les neuf ministres belges compétents pour le développement durable) s’est réunie en avril, et a décidé de définir sa stratégie nationale [5] d’ici septembre. Les trois Régions disposaient déjà de leur propre stratégie régionale de développement durable, et le gouvernement fédéral a lui aussi un projet de stratégie fédérale, mais bloqué depuis le début de cette législature.

Par rapport au suivi des indicateurs, un groupe de travail a été mis sur pieds au sein de l’Institut national de statistiques qui fera l’exercice d’identifier les indicateurs existants et manquants, afin de permettre un premier état des lieux de la situation. Un premier rapport a été publié récemment en juin par le Bureau fédéral du Plan, qui présente une première analyse, partielle, de où en est l’Etat fédéral par rapport à la mise en œuvre des ODD [6]. Bien que non-exhaustif, le rapport a le mérite d’apporter une première analyse au tableau certes complexe par le nombre d’objectifs et d’indicateurs, mais également par le nombre d’acteurs institutionnels concernés.

La participation de la société civile sera essentielle

Les Etats sont souverains par rapport à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 qui est purement volontaire. Aussi, il est essentiel que la société civile s’empare de ce dossier, accède aux rapports publiés par les Etats, pose des questions aux élus, interpelle les parlementaires et les ministres. Le suivi de la mise en oeuvre des ODD se passera principalement au niveau national, chaque pays doit donc s’approprier l’Agenda 2030. Une dynamique internationale va se mettre en place par le biais des HLPF, mais ces conférences internationales de suivi ne seront rien sans une réelle implication de la société civile.

Certains pays l’ont déjà bien compris, en témoigne l’Allemagne qui, dans son rapport d’avancement, écrit : « Il était important pour le gouvernement allemand d’impliquer la société civile et les parties prenantes du secteur privé dans la préparation de ce rapport. C’est pourquoi il a été discuté lors du Forum sur l’Agenda 2030 avec les ONG, les églises, les autorités locales, les communautés académique et scientifique, qui ont eu l’opportunité d’engager des échanges de vue décisifs. Un représentant de la société civile allemande prendra la parole à l’occasion de la presentation du rapport au HLPF à New York. Ceci donne un signal clair que l’Agenda 2030 et sa mise en œuvre en Allemagne est un projet qui implique l’ensemble de la société. » [7]
Gageons que la démarche allemande inspire nos ministres belges du développement durable !


Les objectifs de développement durable

Les objectifs de développement durable

  • Plateforme Perspective 2030
  • |
  • Mise en ligne : 27-06-16
  • |
  • PDF - 255.4 ko
  • Fiche de présentation de l’Agenda 2030 et des Objectifs de Développement Durable.


[1Les rapports (appelés en anglais National Voluntary Reviews) de ces 22 pays sont disponibles ici : https://sustainabledevelopment.un.org/hlpf/inputs

[2La liste des 22 pays est disponible sur le site dédié au HLPF.

[3UN, 2016, « Global Sustainable Development Report 2016 » : https://sustainabledevelopment.un.org/globalsdreport/2016

[4UN, 1992, « Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement », principe 10 : « La meilleure façon de traiter les questions d’environnement est d’assurer la participation de tous les citoyens concernés, au niveau qui convient. Au niveau national, chaque individu doit avoir dûment accès aux informations relatives à l’environnement que détiennent les autorités publiques, y compris aux informations relatives aux substances et activités dangereuses dans leurs collectivités, et avoir la possibilité de participer aux processus de prise de décision. Les Etats doivent faciliter et encourager la sensibilisation et la participation du public en mettant les informations à la disposition de celui-ci. Un accès effectif à des actions judiciaires et administratives, notamment des réparations et des recours, doit être assuré.  »

[5Voir les attentes de la société civile belge pour la stratégie nationale DD : http://www.cncd.be/IMG/pdf/160614_-_nat._strat._agenda_2030_-_attentes-verwachtingen.pdf

[6Bureau fédéral du Plan, 2016,

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  • Carine Thibaut

    19 novembre 2018
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