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Burundi : des formations en phase avec la réalité

Sabine Kakunga Sabine Kakunga
12 mars 2013

Même si les armes se sont tues, il y a encore de nombreux déplacés au Burundi. Parmi eux, des jeunes peinent à gagner leur vie, faute d’accès à l’éducation. L’Opération 11.11.11 soutient la mise en place de formations sur mesure afin de permettre aux jeunes de générer, à terme, leurs propres revenus.

Plus de dix ans après les accords de paix d’Arusha mais seulement cinq après le silence des armes, le Burundi traverse un difficile processus de démocratisation et de reconstruction. En 2011, le gouvernement burundais et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont lancé un vaste programme « Vision Burundi 2025 »qui est, selon sa préface, « un instrument de planification du développement à long terme ». Il prévoit notamment d’augmenter le PIB par habitant de 137 dollars en 2008 à 720 dollars en 2025 et de réduire de moitié le taux de pauvreté estimé actuellement à 67 %.

Les déplacés oubliés

Ce programme ambitieux pose cependant des questions sur la prise en compte des causes réelles de la pauvreté dans l’ancienne colonie belge, classée par le PNUD au troisième rang des pays les moins développés, après la RDC et le Niger. Une grande partie de la population a beaucoup souffert et souffre encore de conflits sociopolitiques. Des familles entières ont été contraintes de se déplacer pour fuir les combats et ont ainsi perdu leurs terres qui constituaient leur seule source de revenus. De nombreux villages de déplacés ont été créés ex nihilo aux abords de la capitale et ne disposent pas d’infrastructures de base, à l’exception de quelques points d’accès à l’eau. Quant à l’éducation, si certains quartiers de déplacés se situent à proximité d’une école primaire, elle est marginale : les établissements secondaires sont peu fréquentés par les jeunes déplacés, faute de moyens financiers pour assumer les frais de minerval et des fournitures scolaires. Dans « Vision 2015 », aucune prise en charge éducative n’est prévue pour tous ces adolescents. Le risque est donc grand de voir un nombre important de jeunes, garçons ou filles, être exploités dans le secteur Horeca, devenir des domestiques ou se retrouver à la rue et tomber dans la prostitution.

Les écoles secondaires sont peu fréquentées par les jeunes déplacés, faute de moyens financiers

Plusieurs organisations burundaises tentent d’aider ces jeunes. C’est le cas de l’association Solidarité pour aider les sinistrés burundais (SASB) à Bujumbura, la capitale. Avec le soutien de son partenaire belge Action développement parrainages mondiaux (ADPM), et grâce à l’Opération 11.11.11, elle a mis en place des formations professionnelles en faveur des jeunes déscolarisés. Ce projet forme et encadre 150 jeunes déplacés âgés de 14 à 20 ans qui n’ont jamais été à l’école ou l’ont quittée prématurément. Le programme annuel offre des cours d’alphabétisation et d’amélioration de la santé (hygiène, VIH, maladies diverses), une formation professionnelle technique en maçonnerie, couture et vannerie, ainsi qu’une formation civique pour comprendre l’intérêt de vivre en harmonie avec les voisins et résoudre les conflits, non pas par la violence mais par le dialogue et la compréhension mutuelle.

Insertion socio-professionnelle

L’après formation n’est pas oubliée dans ce programme d’encadrement des jeunes. Les compétences techniques et professionnelles acquises sont adaptées aux besoins de la communauté. Ces formations ont été choisies au regard des opportunités d’emplois réelles. Au terme de l’année de formation, les jeunes sont regroupés en association ou coopérative et encadrés dans la préparation et mise en place d’activités génératrices de revenus (activités individuelles ou en petits groupes d’associés). Un fonds octroyant des microcrédits appuie cette insertion socio-professionnelle à Bujumbura et dans sa région et permet ainsi à ces jeunes de générer leurs propres revenus.

Source : article publié dans DLM, n°18, mars-avril 2013.

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