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Haïti en crise. La communauté internationale responsable

Carine Thibaut Carine Thibaut
16 février 2016

Depuis le dimanche 7 février, Haïti n’a plus de président élu à sa tête. L’ancien chanteur de kompa devenu président, Michel Martelly, a rendu son écharpe sans aucun successeur élu à qui la transmettre. Jocelerme Privert, président du Sénat, assurera l’intérim jusqu’au 24 avril. Une fois de plus, Haïti se retrouve plongé dans une grave crise politique. France, Etats-Unis et Canada portent une lourde responsabilité dans cette situation.

Le 25 octobre 2015, après plus de 4 ans de retard, le deuxième tour des législatives était enfin organisé en même temps que le premier tour des présidentielles. Le scrutin se déroula dans le calme mais ne suscita guère d’enthousiasme. Seuls 27% des 5,6 millions de personnes en âge de voter firent le déplacement. La pléthore de candidats présidentiels – 54 – [1] et le nombre important de partis politiques en lice – plus de 150 – n’avaient pas aidé à construire une campagne électorale claire.

Le calme dans lequel le premier tour de la présidentielle se déroula fut de courte durée. Jovenel Moïse, un producteur de bananes inconnu jusqu’il y a peu et candidat du parti de Michel Martelly, fut proclamé vainqueur par le Conseil électoral provisoire (CEP). Un résultat rapidement critiqué par l’ensemble de l’opposition. Jude Celestin, dauphin de l’ancien président René Préval, arrivé second, qualifia le résultat de « farce ridicule » et décida en accord avec sept autres candidats de l’opposition (rassemblés sous la bannière du G8) de boycotter le deuxième tour prévu au départ le 24 janvier. Par la suite, une commission indépendante corrobora les dires de l’opposition : les élections présidentielles furent entachées « d’irrégularités, tels que de potentiels bourrages d’urnes ».

Alors que les manifestations et leur lot de répression violente s’intensifièrent dans le pays, la communauté internationale, qui finance l’essentiel du processus législatif à hauteur de 100 millions $, prend une décision absolument ahurissante. Le ‘Core groupe’, composé de la France, des Etats Unis et du Canada, décide en accord avec le gouvernement haïtien de maintenir le deuxième tour avec un seul candidat – celui du pouvoir en place considéré par de nombreux observateurs comme le candidat du ‘Core group’. Qualifié de « provocations » par Pierre Esperance, porte-parole du Réseau national des droits humains, le maintien du second tour dans ces conditions embrase le pays. Face à la crise politique qui se généralise, une sortie est enfin imaginée : le second tour est reporté sine die et Michel Martelly quitte la présidence le 7 février.

D’après Jocelerme Prévert, président du Sénat haitien et choisi comme président intérimaire dans la nuit de samedi à dimanche, les choix de la communauté internationale et l’investissement financier de 100 millions $ « pour des élections qui ne conduisent pas à la stabilité politique, c’est du gaspillage. Dommage que les représentants de la communauté internationale l’aient compris trop tard, on aurait pu éviter de nombreux actes de violence ».

Dans le pays le plus pauvre de l’Hémisphère occidental et marqué par des inégalités sociales criantes, plus de 78% de la population vit sous le seuil de pauvreté absolue. La main mise de la communauté internationale sur le destin des Haitiens et les choix opérés par cette dernière entre aveuglement et maintien d’un projet économique néoliberal continuent de susciter indignations.

Etrange hasard de date, trente ans jour pour jour après la fuite de Jean-Jacques Duvalier, le pays se retrouve à nouveau plongé dans l’instabilité. Le 7 février 1986, la fin de la dictature des Duvalier (père et fils) soulevait un immense espoir en Haïti. Après plus de 29 ans de violations systématiques des droits humains, la société civile haïtienne pouvait enfin imaginer un autre devenir. Ce n’est malheureusement pas encore à l’ordre du jour. Elle appelle maintenant à une sortie de crise paisible qui réunisse l’ensemble des acteurs autour de la table.

[154 candidats mais plusieurs sortent du lot :

  • Jude Celestin, l’ancien candidat à la présidentielle qui fut évincé lors des élections de 2011 et permit à Michel Martelly d’être désigné président. Ce dernier est le dauphin de l’ancien président René Préval.
  • Jovenel Moïse – inconnu jusqu’il y a peu - producteur de bananes est le candidat du parti au pouvoir de Michel Martelly. Il se présente ‘comme un paysan ayant réussi’.
  • Maryse Narcisse représentent Fanmi Lavalas (Famille Lavalas), le parti de l’ex président Aristide.
  • Moïse Jean Charles a également une certaine popularité.

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