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Il manque une banque !

25 juin 2014

Dans une interview accordée à Knack, Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale, interrogé à propos de NewB, a déclaré qu’il y a déjà trop de banques en Belgique. « Pas d’accord ! », répondent en chœur FairFin, le Réseau Financité et le CNCD-11.11.11 en lançant une campagne de soutien.

Le discours sur la multitude de petites banques en Belgique qui, inévitablement, va mener à une fusion n’est pas neuf. En 1999 déjà, Fons Verplaetse, un des prédécesseurs de M. Coene, déclarait au journal Le Soir : « Il y a cinq ans, les banques belges étaient d’une taille insuffisante pour affronter la disparition du franc belge. Entre-temps, les huit grandes banques sont devenues quatre. C’est la bonne voie. Il faut maintenant digérer ces fusions. Avant de passer à une phase ultérieure. Dans cinq ans, il pourrait ne plus y avoir que 100 groupes bancaires dans le monde. Il s’agira pour les banques belges de collaborer avec des groupes étrangers pour faire partie de ce top 100 mondial. » Il n’a pas fallu dix ans pour que trois de ces quatre banques ne soient sauvées de la faillite qu’à la faveur d’une intervention massive des pouvoirs publics ! Et à l’heure du désastre de ces fusions bancaires à la belge, les banques de petite et moyenne tailles résistaient brillamment à la crise sans s’écarter de leur rôle de base sociétal : transformer l’épargne en crédit.

L’exemple anglais

Comment dès lors expliquer la persistance de cette doctrine sur les banques trop petites et trop nombreuses, qui est pourtant loin d’être unanime et qui ne repose d’ailleurs sur aucun texte légal ou réglementaire ? Pas bien loin de chez nous, au Royaume-Uni, soumis au même cadre régulatoire européen que la Belgique et dans un contexte de marché fort similaire au nôtre – quatre grandes banques qui contrôlent près de 80 % du marché et une difficulté à financer les PME –, des choix inverses ont été faits : stimuler la concurrence dans les services financiers. Et ils y parviennent puisque, un an après le lancement de cette politique, trois demandes pour de nouvelles banques régionales sont déjà actuellement à l’étude, tandis que 26 sont en phase de pré-candidature !

Absence de débat
Comment expliquer par ailleurs que cette doctrine ne soit jamais débattue ? « Quel paysage bancaire souhaitons- nous ? », « quel type de banque voulons-nous ? » sont pourtant des questions éminemment politiques, qui sont largement absentes aujourd’hui du débat politique et ce n’est pas la campagne électorale que nous venons de connaître qui va bousculer ce constat. Aucune vision claire sur le secteur bancaire ne se dégage aujourd’hui. Et cette absence de vision handicape l’émergence d’initiatives qui comblent les lacunes béantes du marché bancaire belge. Le problème n’est pas qu’il y ait trop de banques en Belgique, mais qu’il y ait trop de banques similaires ! Le problème n’est pas que le marché soit saturé, mais qu’il soit monolithique !

La stabilité dans la diversité

Pourquoi est-il ainsi nécessaire de favoriser la diversité de l’industrie bancaire ? Car elle contribue à la stabilité, ce qui est bon pour l’investisseur, et elle renforce la concurrence, ce qui est bon pour le consommateur. Il a été démontré que la présence de banques coopératives a un impact positif sur la croissance du PIB dans la plupart des pays, notamment en Autriche, en Finlande, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Comme l’a observé le Groupe d’experts de haut niveau sur la réforme structurelle du secteur bancaire de l’UE, les études empiriques montrent que les banques coopératives offrent par ailleurs une plus grande stabilité de revenus et une volatilité inférieure de rendements par rapport aux banques commerciales.

Pour un débat citoyen

Ce constat est partagé par la société civile belge. 120 organisations représentatives de toute sa diversité se sont regroupées pour l’affirmer : il manque une banque en Belgique ! Le « Baromètre de la consommation 2014 », étude à grande échelle sur la consommation belge, le confirme : 23% des consommateurs veulent être clients d’une banque coopérative !

C’est qu’il manque en Belgique une banque qui respecte strictement le suffrage universel, où chaque associé a la même voix, quel que soit son apport financier, dont les plus-values réalisées au fil du temps restent au sein de l’entreprise pour en assurer la pérennité, qui prévoit un ratio de solvabilité de 15%, qui exclut le financement de tout projet nuisible à l’environnement et à la société sur base des critères définis par ses clients, qui soit créée par des dizaines de milliers de citoyens et des dizaines d’organisations représentatives de la société belge, qui la dessinent pour répondre aux besoins de celle-ci, qui respecte un écart salarial de 1 à 5, de manière à ce que les meilleurs professionnels soient rémunérés pour leurs compétences, sans qu’ils puissent bénéficier, directement ou indirectement, de rémunérations excessives, et qui exclut les primes individuelles, les options sur actions, les plans d’actions ou avantages à l’étranger. Aucune banque actuellement active en Belgique ne réunit l’ensemble de ces caractéristiques ! Et l’argument quantitatif – il y a trop de banques – ne peut justifier qu’il ne soit répondu à cette exigence impérieuse de qualité !

D’où l’urgence d’ouvrir un débat public sur le paysage bancaire et sur le type de banque que nous voulons. Sur l’encouragement ou les barrières qu’il convient que les pouvoirs publics réservent aux initiatives émergentes comme NewB. Libérons une parole qui est trop souvent confisquée dans un domaine qui, pourtant, détermine tant d’aspects de la vie en société. Les banques doivent être à notre service et pas l’inverse !

N.B. : ce texte est une légère adaptation pour dlm, Demain le monde de l’appel lancé le 4 juin par le CNCD-11.11.11, FairFin et le Réseau Financité.

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