Indonésie : ambitieuse réforme de la sécurité sociale

 La plupart des travailleurs et travailleuses du secteur informel n'ont pas connaissance de leurs droits quant à l'assurance maladie ou à la sécurité sociale.
La plupart des travailleurs et travailleuses du secteur informel n’ont pas connaissance de leurs droits quant à l’assurance maladie ou à la sécurité sociale.
© Solidarité mondiale

Plus grand archipel au monde, l’Indonésie, avec ses deux cent cinquante- trois millions d’habitants, se classe aussi en 4e position des pays les plus peuplés de notre planète. Ces dernières années, l’Indonésie a réalisé, à chaque fois, une forte croissance économique, cette dernière ne s’étant toutefois pas avérée pro- fitable à tous. Plus de la moitié de la population indonésienne doit s’en sortir avec moins de 1,50 euro par jour et peut donc être qualifiée de pauvre. Dans un pays en proie à la corruption et aux inégalités sociales, les mouvements sociaux mènent une lutte cruciale en faveur d’une plus grande justice sociale. C’est aussi le cas de K-SBSI, partenaire syndical de Solidarité Mondiale et de la CSC, et soutenu par l’Opération 11.11.11. Ces dernières années, ils n’ont pas ménagé leurs efforts en faveur de l’amélioration du système indonésien de sécurité sociale. Manifestement avec succès.

Jusqu’en 2004, l’Indonésie comptait quatre régimes différents et indépen- dants les uns des autres de sécurité sociale, chacun d’eux revêtant une cer- taine fonction et étant censé couvrir un certain groupe issu du secteur formel. Lors de la crise financière traversée par l’Asie à la fin des années 1990, ces régimes se sont révélés insuffisants, car ils ne couvraient effectivement que 10% à peine de la population active. Ils n’offraient ainsi aucune protection aux soixante-huit millions de travailleurs de l’économie informelle, qui représentent tout de même quelque 65% de la population active !

Protection sociale pour tous ?

À l’époque, le syndicat K-SBSI a plaidé pour une réforme majeure (et un élargissement) de la sécurité sociale, une mesure préparée lors de vingt tours de consultation de sa base constituée de cinq cent cinquante mille affiliés dans trente régions. Et leur travail a porté ses fruits : en 2004 a été ratifiée une importante ‘loi-cadre’ précisant les grands principes de base et augmentant la part de dépenses consenties dans une assurance maladie générale et une protection sociale offerte par l’État. Elle avait pour objectif d’offrir une protection sociale pour tous.

Dans ses grandes lignes, la ‘loi-cadre’ sur la protection sociale en Indonésie s’articule autour de trois piliers : la protection sociale et les ser- vices offerts aux groupes vulnérables, un fonds d’épargne pour les pensions ainsi qu’une solide sécurité sociale (soins de santé, accidents de tra- vail, pension de survie). Sa réalisation passe par un système différencié dans lequel les pauvres ne paient pas de cotisations, les indépendants et les travailleurs actifs dans l’économie informelle versent des cotisations volontaires et graduelles, et les travailleurs de l’économie formelle contri- buent selon un système statutaire obligatoire, auquel cotisent également les employeurs. Une base importante était donc posée !

La mise en pratique de cette « National Security Law » datant de 2004 s’est toutefois fait at- tendre. Ainsi, en 2010, il s’est avéré que, bien que contraints de le faire, les employeurs indonésiens ne payaient les cotisations de sécurité sociale que pour un travailleur sur trois ! Une deuxième loi importante était donc requise pour déterminer la coordination de la protection sociale. Celle-ci a vu le jour en 2011, sous l’impulsion notamment de l’« Action Committee for Social Security », composé de soixante-six syndicats, dont le syndicat K-SBSI, mais aussi d’ONG et d’organisations estudiantines. L’aspect vital de cette loi de 2011, c’est qu’elle confie la gestion à l’État à travers des organismes publics. Jusqu’alors, la sécurité sociale était sous-traitée à des entreprises publiques à but lucratif, ce qui s’est avéré une mauvaise idée...

Il reste du pain sur la planche !

Ces dix dernières années, un ambitieux système de protection sociale a été mis sur pied et mis en œuvre de façon systématique. L’une de ses principales réalisations est le fait que les syndicats sont présents au sein de l’organe de contrôle qui supervise les établissements de protection sociale. Pour l’heure, K-SBSI voit deux défis majeurs à relever : l’adhésion des membres travaillant dans l’économie informelle et les cotisations patronales qui ne sont bien souvent pas versées dans le secteur informel.

K-SBSI veillera à ce que l’ensemble de la réforme constitue véritablement un changement pour les travailleurs et leur situation en termes de revenus. Il est recommandé de poursuivre et de sanctionner les entreprises qui omettent de payer les cotisations sociales pour leur personnel. De surcroît, les travailleurs eux-mêmes connaissent aujourd’hui encore trop peu leurs droits. Ils n’ont pas la moindre idée de ce que l’assurance maladie et la sécurité sociale peuvent leur offrir vraiment, ni même à quoi elles pourraient leur servir. K-SBSI et ses fédérations syndicales affiliées donnent régulièrement des formations sur la nouvelle législation, afin que leurs membres aient conscience de leur droit à la sécurité sociale et qu’ils puissent défendre et revendiquer leurs droits auprès de la direction de l’entreprise.

Soutenez l'Opération 11.11.11

Soutenez l'Opération 11.11.11

pour un monde juste et durable

Source : article extrait de la revue Ici et là-bas, avril-mai-juin 2015.

Agenda