×

Indonésie : le carrousel de l’exploitation économique transnationale

13 novembre 2015

Chaque année, plus de sept cent mille Indonésiens (femmes et hommes) quittent leur foyer pour aller travailler à l’étranger. La plupart d’entre eux sont à la recherche d’un emploi et d’un meilleur salaire, mais beaucoup se retrouvent dans des situations d’exploitation pure et simple qui frôlent l’esclavage.

En 2009, selon l’Organisation internationale pour les migrations, quelque 4,3 millions d’Indonésiens travaillaient officiellement à l’étranger. Le nombre de travailleurs migrants qui trouvent du travail à l’étranger par le biais de canaux officieux, voire illégaux, est vraisemblablement 2 à 4 fois plus important. Dans trois quarts des cas, il s’agit de femmes peu ou non qualifiées qui sont engagées comme personnel domestique. Les principaux pays de destination sont l’Arabie saoudite, la Malaisie, Taïwan, Singapour, Hong Kong et les pays de la région du golfe Persique. On estime qu’ils envoient ensemble chaque année l’équivalent d’un montant de six à huit milliards de dollars vers l’Indonésie, une source significative d’entrée d’argent pour le pays.

Les causes de départ sont généralement enracinées dans la pauvreté structurelle, le manque d’emplois, le manque d’opportunités et de possibilités de progresser dans la vie. La perspective d’un salaire « élevé » fait rêver à un meilleur avenir : de l’argent pour pouvoir se marier ; de l’argent pour construire une maison, pour payer la formation des enfants.

Migration du travail = passeport pour l’exploitation ?

La réalité qui se cache derrière ces rêves est souvent bien plus cruelle. Les travailleurs migrants potentiels sont recrutés par des « sponsors », des intermédiaires locaux en sous-traitance d’une agence pour l’emploi à Jakarta, qui leur promettent un beau salaire et des conditions de travail décentes. En principe, tous les Indonésiens qui vont travailler à l’étranger doivent au préalable suivre une formation à Jakarta, dans des centres spéciaux où ils devraient être informés de leurs droits et devoirs dans le pays de destination, concernant leurs documents d’identité et leur contrat de travail, comment ils doivent effectuer leur travail, à qui ils peuvent s’adresser en cas de problèmes. C’est souvent à cette étape que les choses ne fonctionnent pas comme elles devraient, car le gouvernement ne contrôle pratiquement pas les pratiques des agences d’emploi privées. Celles-ci ne se préoccupent pas beaucoup de la protection des travailleurs migrants. Beaucoup d’entre eux sont dès lors peu ou mal informés au moment de partir à l’étranger.

Une fois arrivés sur place, les travailleurs réalisent que les conditions salariales ou de travail, voire la fonction ne correspondent pas à ce qui a été convenu. Le salaire est beaucoup plus bas que ce qui a été annoncé. Le migrant reçoit un nouveau contrat de travail rédigé dans une langue qu’il ne comprend pas. Ils doivent aussi souvent renoncer à leur salaire pendant six à douze mois et le céder à l’agence pour l’emploi pour compenser leur engagement et les frais encourus. A Singapour, Hong Kong et dans les Etats du Golfe, les travailleuses domestiques indonésiennes sont également obligées d’habiter auprès de la famille qui les a engagées. Dans de très nombreux cas, il en découle des situations de violence morale, voire physique et sexuelle. Ceux ou celles qui s’enfuient risquent la prison ou l’expulsion du pays. Au Moyen-Orient, une pratique courante est aussi de confisquer le passeport et le visa du migrant à son arrivée de manière à ce qu’il ne puisse plus rentrer chez lui. Le migrant n’a pas le droit de changer d’employeur et est totalement soumis au bon vouloir de celui-ci. Inutile de préciser que de telles cir- constances ouvrent grand la porte à toutes les formes possibles d’abus, de discrimination et de violation flagrante des droits humains.

Les travailleurs migrants ont besoin de protection

SBMI, syndicat indonésien des travailleurs migrants et organisation partenaire de Solidarité Mondiale (WSM), défend les intérêts des travailleurs migrants indonésiens qui sont rentrés au pays, mais aussi de ceux qui ont des problèmes à l’étranger. Les problèmes les plus courants sont les salaires impayés, mais aussi la violence physique, qui laisse des handicaps ou des traumatismes à vie. SBMI organise l’accueil de ces femmes, rapporte les problèmes au gouvernement et offre une assis- tance juridique, y compris à l’étranger. Comme pour cette femme, en Arabie saoudite, qui a été accusée à tort de vol et a été condamnée à rece- voir trois mille coups de fouet, mais a finale- ment été libérée grâce à l’intervention de SBMI auprès du gouvernement indonésien.

Jeroen Roskams

Nisma Abdullah, présidente de SBMI  (Crédit : © WSM )

Nisma Abdullah, présidente de SBMI, s’active jour et nuit pour apporter une assistance aux jeunes femmes qui rentrent du Moyen-Orient : «  SBMI fait de son mieux pour offrir des solutions aux circons- tances les plus épouvantables et mieux protéger et informer les travailleurs migrants, mais en fait, l’Etat indonésien laisse tomber ses propres citoyens. C’est pourquoi il est nécessaire que nous, avec l’appui de Solidarité Mondiale (WSM), poursuivions notre campagne pour que soit adaptée l’actuelle loi sur les migrations de sorte à garantir une protection meilleure et effective pour les tra- vailleurs migrants indonésiens. »

Source : article extrait de la revue Ici et là-bas, juillet-août-septembre 2015.

Lire aussi

Inscrivez-vous à notre Newsletter