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Les OGM ne sont pas la solution pour éradiquer la faim dans le monde

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie Nathalie Janne d'Othée Nathalie Janne d’Othée
11 juillet 2013

Le père belge des OGM, Marc Van Montagu, a reçu le World Food Prize des mains du Secrétaire d’Etat américain John Kerry et affirmait dans Le Soir du 20 juin dernier que « sur les OGM, il n’y a pas l’ombre d’un doute » et qu’au contraire, ils sont indispensables pour nourrir une planète « dont la population grimpera à 9, voire à 11 milliards d’individus ». Pourtant, si Montagu est un scientifique reconnu, ses connaissances en matière de développement et de droit à l’alimentation semblent quant à elles sujettes à caution.

En effet, selon son diagnostic, la faim dans le monde serait la conséquence d’une production insuffisante d’aliments, alors qu’au contraire, on produit actuellement suffisamment d’aliments pour nourrir près de 12 milliards de personnes – dont près du tiers est certes gaspillé. Sur le milliard de personnes souffrant de la faim dans le monde, la moitié sont des paysans dont les revenus trop faibles ne permettent pas d’avoir accès à une alimentation qui pourtant existe en quantité suffisante. Si on ajoute les 10% de pêcheurs malnutris et les 20% de paysans sans terre, ce sont donc 80% des personnes souffrant de malnutrition qui représentent ceux qui sont censés nous nourrir !

A cette aune, les OGM ne sont pas la solution pour éradiquer la faim dans le monde. Leurs promoteurs abordent la question sous l’angle de la quantité d’alimentation produite, alors que le problème de la faim ne se situe pas au niveau de l’indisponibilité des ressources, mais au niveau de leur inégale répartition. Il y a aujourd’hui sur terre suffisamment de nourriture pour nourrir près de 9 milliards d’êtres humains, et pourtant ils sont encore près d’un milliard à souffrir de la faim.

Pour éradiquer la faim dans le monde, il faut en cibler les principales victimes que sont les paysans du Sud. En 2008, 400 scientifiques du monde entier, mandatés par la FAO, la Banque mondiale, et de nombreux Etats, ont publié le résultat de six années de recherche dans le rapport IAASTD (ou « Evaluation Internationale des Sciences et des Technologies Agricoles pour le Développement »). Leur conclusion est claire : l’agriculture du futur, celle qui permettra de nourrir le monde, est l’agriculture familiale basée sur des pratiques agro-écologiques.

Ce rapport rappelle la multiplicité des fonctions (économiques, sociales et environnementales) de l’agriculture et l’importance de tenir compte de chacune d’elles dans des stratégies de développement agricole dans une perspective de souveraineté alimentaire. L’agriculture est un moyen de subsistance pour 86% des populations rurales. Elle a également un rôle primordial à jouer dans la préservation de l’environnement et la lutte contre le changement climatique. Toutes ces dimensions ne peuvent être négligées. Or la solution des OGM prétend uniquement améliorer la disponibilité des ressources.

Ce sont ainsi les modes de production agro-écologique qui sont les plus à même de réaliser le droit à l’alimentation. L’agro-écologie permet en effet d’accroître la productivité agricole tout en maintenant la biodiversité. L’alimentation ainsi produite est donc plus riche en nutriments, de meilleure qualité et respectueuse de l’environnement. L’agro-écologie réduit également la dépendance des agriculteurs par rapport aux intrants. A contrario, les OGM ont pour effet de rendre les paysans encore plus dépendants des firmes agroalimentaires et de leurs technologies.

Marc Van Montagu reconnait lui-même dans l’interview qu’il existe une mainmise des géants de l’agro-industrie sur la recherche en matière d’OGM. Mais alors que lui n’y voit qu’une partie du problème, il est nécessaire de comprendre que ces liens entre agro-industrie et OGM sont congénitaux. L’industrie a besoin de monocultures, de hauts rendements, d’uniformisation, de stabilité. C’est à ces besoins que répondent les OGM non à ceux des consommateurs en attente de produits sains à prix bas et stables, ou des producteurs en demande de revenus rémunérateurs. L’introduction d’OGM ne fait au contraire que renforcer la mainmise de l’agro-industrie sur le marché de l’agroalimentaire. Les producteurs se retrouvent rapidement dépendants de semences brevetées, sans oublier les puissants herbicides en combinaison desquels les OGM sont utilisés, ce qui augmente considérablement leurs coûts de production.

Au contraire des OGM, développés en laboratoires et qui restent aux mains de multinationales, l’agroécologie est le fruit d’un aller-retour permanent entre la recherche scientifique et la pratique. Elle se conçoit comme une science en dialogue étroit avec les savoirs paysans. Elle induit donc un système de décentralisation du savoir, et donc du contrôle sur l’agriculture.

Les politiques agricoles actuelles se fondent trop souvent sur un mauvais diagnostic et se laissent entraîner par les mirages de l’agro-industrie. Vu l’importance de l’enjeu alimentaire, il est indispensable de poser le bon diagnostic et d’apporter les réponses adéquates, notamment par le financement d’une recherche indépendante ayant pour objectif le développement humain et non les profits de l’industrie agroalimentaire.

Source : carte blanche publiée sur www.lesoir.be le mercredi 10 juillet 2013.

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