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New B : une banque où le client sera dans le siège du conducteur

Sébastien Brulez Sébastien Brulez
6 mai 2013

« Ensemble, changeons la finance » est la devise du Réseau Financement Alternatif que dirige Bernard Bayot. Ce réseau, fort de plus de 90 membres issus du monde associatif et institutionnel, est fortement impliqué dans la coopérative NEW B. Pas étonnant donc que M. Bayot préside cette nouvelle initiative constituée il y a bientôt deux ans dans le but de promouvoir la création d’une banque coopérative en Belgique. Nous l’avons rencontré afin d’en savoir plus sur ce projet de banque citoyenne dont l’appel à coopérateurs a dépassé toutes les attentes.

Comment est née l’idée de créer une banque coopérative ?
Au moment de la crise financière de 2007-2008, comme beaucoup de Belges, nous nous sommes interrogés sur ce qui nous arrivait. Pour rappel, trois des quatre plus grandes banques du pays seraient tombées en faillite sans l’intervention de l’Etat, et avec elles toute l’économie belge. Ce qui n’est quand même pas un fait anodin. Un certain nombre de personnes se sont interrogées sur les causes mais aussi sur les réactions qu’il fallait avoir par rapport à cela.

Vous avez donc décidé de créer une banque !
Notre analyse a été de dire qu’il y a deux choses à faire : d’une part, améliorer la réglementation, ou plus précisément re-réglementer. Parce que depuis la fin des années 70, début des années 80, on a assisté à une dérégulation du marché financier avec les conséquences que l’on a vues. La deuxième chose à faire est de recréer des acteurs financiers qui ne poursuivent pas uniquement un intérêt particulier, comme une banque commerciale classique, mais également des objectifs d’intérêts généraux.

Quel est le principe de l’appel lancé par NEW B le 24 mars ?
L’idée est de créer en Belgique une banque coopérative qui appartienne à ses clients. Ce qui veut dire qu’il n’y aura pas de rémunération d’actionnaires externes. Les décisions seront démocratiques, sur le principe de la démocratie économique « un homme = une voix ». Tout client de cette future banque sera en même temps coopérateur et décidera des orientations de la banque. Et en cas de marge bénéficiaire, le bénéfice sera redistribué entre les coopérateurs.

Qu’entendez-vous par banque locale ?
L’argent sera récolté via l’épargne et réinvesti dans l’économie belge. De plus, nous voulons nous atteler uniquement aux métiers de base, c’est-à-dire récolter l’épargne et donner du crédit, que ce soit aux particuliers, aux entreprises, aux organisations. Et donc, bien entendu, sans aucune activité de type spéculatif sur les marchés financiers. Nous avons une volonté de transparence totale. Non seulement le client sera dans le siège du conducteur, il décidera de tout ce qui va se passer dans cette banque, mais en plus tous les actes posés par la banque seront publics. Chacun pourra vérifier si oui ou non le management de la banque remplit les instructions qui lui seront données.

Vous parlez aussi de développement durable.
Oui, cela signifie que dans chaque acte posé par la banque, notamment en termes de crédit mais pas uniquement, il y aura une tension permanente entre les enjeux économiques et une analyse sociétale. Nous allons vérifier quel est l’impact social et environnemental de l’entreprise qui sollicite un crédit. Et ce n’est que si cette entreprise a une action sociale et environnementale favorable qu’elle obtiendra ce crédit. Toute l’organisation de la banque va être sous-tendue par cette double tension qui semble essentielle au projet.

Un autre élément important qui va nous différencier beaucoup, je pense, de banques actuellement existantes sur le marché belge, c’est la simplicité et la sobriété. Nous voulons vraiment que ce soit une banque que n’importe qui peut comprendre. On sait que dans les dix ou vingt dernières années, les banques se sont évertuées à faire des produits de plus en plus compliqués que plus personne ne comprend, y compris parfois parmi les dirigeants de la banque elle-même. Ici ce sera exactement l’effort inverse qui sera fait, c’est-à-dire de vraiment avoir des produits simples et compréhensibles par tout un chacun.

Notre but est vraiment de devenir un acteur significatif sur le marché belge afin de pouvoir l’influencer

Les taux pratiqués seront-ils ceux du marché ou appliquerez-vous des taux « sociaux » ?
Le but est d’offrir les taux du marché, sans être ni particulièrement bon marché, ni plus cher. Sachant que le gros avantage est que nous n’avons pas d’actionnaires externes à rémunérer. En d’autres termes, ce sera le meilleur rapport qualité-prix pour les clients. Il n’y a pas de tiers qui va venir ponctionner, comme les actionnaires le font, une éventuelle marge bénéficiaire redistribuée aux clients.

Il n’y aura donc pas de parachute doré pour le manager ?
Bonne question. Non seulement il n’y aura pas de parachute doré mais le principe est très clair. Il y aura une tension salariale préfixée entre l’ensemble des collaborateurs de la banque. En d’autres termes, la différence de rémunération entre le poste le plus élevé dans la hiérarchie et le moins élevé sera limitée. D’autre part, s’il devait y avoir une modification variable (un bonus, si une année le permet), elle sera offerte à tous les salariés de la même manière, donc le CEO de la banque recevra exactement le même bonus que le nettoyeur. Et, d’autre part, il n’y aura de bonus que si, non seulement il y a des objectifs économiques qui sont atteints mais qu’en plus les engagements sociétaux sont remplis. Il faut qu’on ait atteint les objectifs sur les deux aspects. Cela n’a donc absolument rien avoir avec les bonus comme les banques actuelles l’entendent.

Qu’est-ce qui distinguerait cette banque des autres banques de type « éthique » ?
Il existe en Europe une trentaine d’acteurs qui n’ont pas tous le statut de banque. Notre analyse est que ce sont souvent des acteurs qui ont développé un modèle extrêmement intéressant qui a fait ses preuves, à la fois sur le plan sociétal et sur le plan économique. Par contre, là où on doit mettre un bémol c’est que ce sont des acteurs de très petite taille. Et donc ici l’idée est d’avoir un modèle à la fois très fort et en même temps avoir une taille critique sur le marché belge. Le but est de faire en sorte que les crises financières comme celles qu’on a connues à répétition depuis 20 ans ne puissent plus se reproduire. Notre but est vraiment de devenir un acteur significatif sur le marché belge afin de pouvoir l’influencer. Cette nouvelle banque veut offrir à tout citoyen et à toute organisation l’ensemble des services que l’on est en droit d’attendre d’une banque : aussi bien des comptes courants que des comptes d’épargne, des outils de paiement ainsi que des formes de crédits, que ce soit des crédits hypothécaires, à la consommation, des crédits professionnels.

Depuis le départ nous nous sommes dit : soit on arrive à cette taille critique, soit on ne le fait pas. Le but n’est pas de créer le 31e opérateur alternatif de petite taille. Le but est vraiment d’avoir une banque de référence sur le marché belge qui soit la banque de toute la société civile et de l’ensemble des habitants du Royaume.

Source : interview publiée dans le magazine Demain le monde, n°19, mai-juin 2013.

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