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Objectifs du développement durable : rendez-vous dans 100 jours

Benjamin Van Cutsem Benjamin Van Cutsem
17 juin 2015

Quel type de développement voulons-nous au-delà de 2015 ? C’est l’enjeu de la déclaration attendue au prochain sommet des Nations Unies, en septembre prochain. Les 194 Etats membres doivent s’engager pour des « Objectifs du développement durable » (ODD). Ceux-ci seront le relais des Objectifs du Millénaire (OMD) fixés en 2000 qui arrivent à échéance cette année.
Les négociations entrent dans leur dernière ligne droite. Paradoxalement, il reste peu de temps mais beaucoup de chemin à parcourir. Pour s’assurer d’une réelle volonté politique et permettre à la société civile de jouer son rôle.

Derrière le bilan plutôt mitigé des Objectifs du Millénaire, se cachent de surcroît de criants déséquilibres. Les Objectifs n’ont pas le même impact dans toutes les zones du globe et à l’intérieur de certains pays, ils laissent des groupes sur le côté. Ce programme ne s’attaque pas aux causes structurelles de la pauvreté. Et sur le plan de la solidarité internationale, le séisme bancaire de 2008 et la crise des finances publiques ont mis un coup de frein aux engagements des Etats. Ces dernières années, un consensus a vu le jour pour revoir les Objectifs, au-delà d’une simple prolongation. Une volonté affirmée lors de la Conférence Rio+20 en 2012. L’heure de vérité approche. Dans cent jours, à l’issue de plusieurs rounds de négociations, les Nations Unies doivent s’accorder sur un nouveau cadre en faveur du développement durable, basé sur la justice sociale et le partage équitable des ressources, dans le respect des limites de notre écosystème.

Des objectifs plus ambitieux

Quelles nouveautés ? En juillet 2014, un groupe de travail de Nations Unies a défini 17 objectifs, 169 cibles et des principes ambitieux. Parmi ceux-ci, celui dit « Leave no one behind  » : nul objectif n’est considéré comme réalisé s’il n’est pas atteint par tous les groupes. Le principe d’universalité donne une nouvelle ambition à l’agenda. Mais il risque de complexifier sa mise en œuvre, puisqu’il s’impose à tous les Etats, qu’ils soient moins avancés, à revenus intermédiaires, émergents ou développés. Il va également compliquer les négociations entre les pays du Nord et du Sud. Car en vertu d’un autre principe, les pays moins avancés font valoir leur vulnérabilité face aux défis de la durabilité et revendiquent une part plus importante de l’aide publique au développement.

Ne pas oublier les droits fondamentaux ni la société civile

Pour être efficaces, ces objectifs rebaptisés Objectifs du de développement durable ne peuvent manquer d’intégrer des droits fondamentaux comme le droit à un travail décent ou l’accès aux ressources naturelles, ni oublier de consacrer la justice fiscale et la transition socio-écologique comme normes universelles. Pourtant, il faut rappeler à tous et plus encore aux pays développés, la nécessité «  de prendre en compte l’impact environnemental du développement économique, ce qui implique de viser la promotion de modes de production et de consommation durables et l’élimination de pratiques non-soutenables, la conservation de la biodiversité et la transition vers une économie bas carbone », comme le souligne Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11.

Enfin, cet agenda ne pourra aboutir que s’il associe la société civile. C’est l’une des responsabilités du Forum politique de haut niveau (High Level Policy Forum) , une sorte de « super-gouvernement » créé en 2013 pour assurer la concrétisation de cet agenda. Il doit donc être doté d’un mandat clair et de structures fortes permettant ce suivi. Ce mandat reflétera la réelle volonté politique des Etats de réaliser les Objectifs.

Place aux négociations !

Il reste 100 jours d’ici le sommet, fin septembre : une déclaration politique devrait être adoptée, véritable feuille de route visant à rendre l’agenda post-2015 réalisable (« make it achievable »), crédible en termes de contenu et précis dans sa mise en œuvre. La première version de cette déclaration, publiée début juin, déçoit. Quelques principes innovants sont mentionnés. Les trois dimensions du développement durable s’y trouvent. Mais certains absences sont criantes : la reconnaissance de certains droits, tel que l’accès à l’eau et l’assainissement, ou celle du rôle central de la culture et de sa diversité. Mais ce qui manque plus que tout à ce stade, c’est une véritable vision pour concrétiser ce programme de durabilité sociale, environnementale et économique universelle d’ici quinze ans.

Place maintenant aux négociations, qui débuteront le 22 juin à New York. Pour s’assurer que ce nouvel agenda du développement durable ne soit pas du vent, la Belgique et l’Union européenne devront plaider pour que le Forum politique de haut niveau reçoive un mandat clair, et pour que la société civile puisse s’impliquer dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable.

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