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Parce que la rue existe ... Au Népal également

Le programme de Dynamo International soutenu par l’Opération 11.11.11 vise à renforcer la mise en réseau des travailleurs sociaux de rue des pays du Sud avec des partenaires venant de plus de 16 pays. Parmi ceux-ci, le Népal, où Dynamo International travaille avec son partenaire CPCS, sur la situation des « enfants des rues ».
D’enfant à risques à enfant des rues,… en quelques jours.

Milan, (Nom d’emprunt), 14 ans est arrivé dans les rues de Katmandou voici deux ans. Sa famille n’est pas vraiment dans le besoin. Il y a deux ans, Milan a eu une grande dispute avec sa belle-mère et il s’est enfui de la maison. Aussi, il était convaincu que la vie dans la capitale serait comme un rêve, avec de la bonne nourriture tous les jours, un boulot, et plein d’argent récolté. Il a vite déchanté. A son arrivée et après quelques jours passés au Park des bus, il s’est fait molester par quelques gardiens et s’est déplacé vers le centre de la capitale. Il a rencontré d’autres garçons des rues qui lui ont donné à manger et laisser dormir avec eux…. Apres quelques jours, Milan a commencé à découvrir le monde des enfants des rues et ses règles. Il a commencé à goûter à la liberté des rues, à la solidarité de sa bande et progressivement, Milan s’est créé une nouvelle identité… Maintenant il est toujours dans la rue. «  Je ne veux pas rentrer dans mon village, c’est ma vie, mon choix. Je voudrais juste que la société nous respecte tels que l’on est…. »

Les groupes d’enfants des rues du Népal ne sont pas réellement des gangs hiérarchisés et organisés mais forment plutôt un réseau flexible de relations. Chaque groupe a ses propres règles et traditions et sa position territoriale (Ganga Bu, Thamel, Kalanki, Bugol Park, Bir Hospital,….) Le groupe offre à l’enfant protection, sollicitude, confiance et solidarité. Ses valeurs et son système deviennent la base du développement identitaire de l’enfant qui sera fortement lié également aux conditions de survie de la rue.
La vie des rues comprend de multiples dangers pour le jeune. Violence morale et physique, dépendance aux drogues, exploitation sexuelle, menaces des gangs, exclusion sociale, problèmes de santé, délinquance criminalité, alcoolisme, faim, manque d’estime de soi.

Réponses

Les travailleurs de rue au Népal croient fermement que leur rôle n’est pas de sortir l’enfant des rues à tout prix. La première partie de l’action est tout ce qui rentre dans le champ de la « réduction des risques » c’est à dire intervenir avec l’enfant et pour l’enfant afin d’atténuer les menaces et doter l’enfant d’outils nécessaires pour y répondre.
La seconde partie de la démarche, ce sont les programmes de « réhabilitation sociale » qui permettent à l’enfant de retrouver une position sociale par divers chemins : en rejoignant sa famille, un orphelinat, un centre de training, en trouvant un boulot, en se mariant,…. Le CPCS et les autres travailleurs de rue sont impliqués en profondeur dans le rue, avec elle et pour elle. Les raisons qui y ont poussé, jeté ou attiré l’enfant sont complexes et durables et doivent être abordées et respectées comme telles.
Travaillant comme ramasseurs de poubelles, mendiants, voleurs,… l’image de ces enfants auprès du grand public n’est pas très positive,.. loin s’en faut. Ils sont ce que les gens appellent des « kathe », mot initialement utilisé pour décrire les collecteurs de déchets, progressivement écartés pour désigner l’ensemble des enfants qui vivent, travaillent et dorment dans les rues. Le terme « kathe » est très négatif et les enfants refusent d’être désigner ainsi. Ils sont considérés comme des parasites sociaux, des petits criminels et des drogués. Le fait qu’ils portent des vêtements sales, utilisent un langage peu raffiné et semblent refuser la plupart des contraintes sociales apparaissent pour beaucoup comme des preuves supplémentaires de leur position marginale et néfaste.

Sensibilisation de l’autorité népalaise et de l’opinion publique

C’est dans un tel contexte que le CPCS et Dynamo International se sont plus particulièrement associés afin de mener et publier une recherche sur la vie quotidienne des enfants vivant dans la capitale népalaise.
On ne le sait que trop bien, en tant qu’éducateur de rue, la stigmatisation dont font l’objet les enfants dits de la rue, constitue souvent une souffrance bien plus violente qu’on ne l’imagine. Une violence insidieuse qui ne dit pas son nom mais qui accompagne le vécu quotidien de millions d’enfants. D’un fait réel tel que la présence de l’enfant dans la rue, il est supputé toutes sortes de caractéristiques non prouvées le plus souvent négatives et qui seraient propres à ce « type d’enfant ». « S’il est dans la rue, c’est qu’il a un problème, voire qu’il le mérite. ».
« Un enfant dans la rue, a-t-il les mêmes capacités intellectuelles que les autres ? « N’est-il pas dangereux ? » « Finalement, est-il bien humain ? ».

Déshumanisation de l’enfant

Et c’est bien là le drame. Dans l’imaginaire collectif aujourd’hui une véritable déshumanisation de l’enfant est à l’œuvre. De ce qui n’a rien d’humain, qui se sentira responsable ? … Ni les hommes, ni les états probablement.

A travers le monde, ce sont des milliers d’enfants qui vivent ainsi de multiples violences quotidiennes, qu’elles soient visibles ou invisibles, aucune de ces violences n’est acceptable.
De nombreux enfants sont ainsi soumis à des sévices sexuels, physiques et affectifs.
N’ayant pas d’accès assuré à l’alimentation, au logement ou à d’autres besoins élémentaires, ils sont exploités par les adultes, notamment les forces de l’ordre qui les utilisent pour des activités illégales au détriment de leur santé et de leur bien-être, en violation de leurs droits humains fondamentaux. Les gouvernements ayant ratifié les Conventions des droits de l’enfant ont pourtant l’obligation de protéger ces enfants des exactions commises pas leurs propres forces militaires et policières et par des acteurs privés, partis, entreprises et familles.

Il est symptomatique de lire dans cette recherche que dans 36 % des cas de violences physiques faites aux enfants de la rue au Népal, ce sont les policiers qui en sont les auteurs. Dans le même ordre d’idée, il est particulièrement inquiétant de constater que des enfants des rues ont été recrutés de façon délibérée et opportuniste pour participer à des manifestations politiques comme ce fut le cas en 2006 à Katmandou et à Kinshasa.

Ceci dit, il est préjudiciable et contre productif d’enfermer l’enfant dans un statut de victime qu’il accepte avec difficulté. A tout le moins, l’enfant de la rue n’est qu’une partie visible d’un iceberg tout aussi inquiétant et qui tient du fait de la « déresponsabilité » croissante des adultes et Etats face aux enfants.
De cette réalité, peu de recherches et statistiques témoignent. Cette dégradation qui se vit tant au Nord qu’au Sud est pourtant dénoncée à chacune des rencontres organisées par le réseau international des travailleurs sociaux de rue. (Cfr site : www.travail-de-rue.net).

La lecture des nombreux mini récits de vie racontés par les enfants dans cette recherche, ne fait que confirmer l’extraordinaire capacité des enfants à tenter de prendre leur destin en main. De fait, chaque histoire, chaque situation est singulière et riche en enseignement.

Mais ne nous méprenons pas, un enfant n’est pas un adulte, il a le droit de vivre son enfance. Au monde adulte de s’en assurer.

Dynamo International s’est créée en mars 2001 au départ de l’ASBL Dynamo, service d’aide aux jeunes en milieu ouvert (A.M.O.), spécialisée depuis plus de 20 ans dans le travail social de rue au profit des enfants et jeunes en difficulté à Bruxelles.
Agréée O.N.G (Organisation Non Gouvernementale) depuis le 25 novembre 2004, l’association a pour objet social la coopération au développement dans les domaines concernant les enfants et les jeunes de la rue, l’éducation et le travail social de rue. Dynamo international mène tout projet contribuant à améliorer l’accompagnement des enfants et des jeunes vulnérables et en difficulté. Globalement, Dynamo International initie et coordonne une plateforme de mobilisation pour travailleurs sociaux de rue issus des différentes régions du monde, plus d’une trentaine de pays sont impliqués.
Véritable réseau de solidarité, ce projet permet l’échange de pratiques, la prise de paroles des acteurs de terrain, l’interpellation des pouvoirs politiques et autres instances dans la lutte contre les exclusions et les inégalités.

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CPCS ONG (Child Protection Centers and Services)

Le CPCS est un centre d’accueil, d’urgence, de socialisation et d’éducation ouvert jour et nuit. Il est reconnu comme organisation par l’état népalais.
C’est aussi une banque de rue, un centre de soin d’urgence, une ligne d’urgence 24h/24, une clinique, un resto du cœur pour enfants des rues (Ramasseurs de plastique, mendiants, tempos ou « Khalasis », vendeurs de journaux,…), un centre ludique et artistique. CPCS accueille près de 900 enfants des rues par mois, mais chaque mois, +/- 30 nouveaux enfants arrivent dans la rue à Katmandou. Le nombre d’enfants des rues à Katmandou est estimé à +/- 1 200.

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Lien

Dynamoweb.be
www.dynamoweb.be

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