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Paris 2015 : Tout savoir sur le financement climat

Véronique Rigot Véronique Rigot
4 décembre 2015

Le premier accord mondial pour le climat devrait être signé à Paris. Il obligera l’ensemble des pays de la planète à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre pour contenir le réchauffement. Pour parvenir à cet accord, un dossier s’avère particulièrement complexe à négocier : le financement climat.
De quoi parle-t-on ? Pourquoi est-ce important ? Et comment se positionne la Belgique ? On vous explique.

Le financement climat, c’est quoi ?

Pour comprendre le financement climat, il faut remonter à 1992, lorsque la Convention internationale pour les changements climatiques est signée aux Nations Unies. Les pays industrialisés s’engagent alors à aider les pays confrontés aux changements climatiques. Reconnaissant leur vulnérabilité, les Nations Unies prévoient un transfert de fonds pour aider à l’adaptation aux aléas climatiques, mais aussi pour favoriser le développement d’énergies propres dans ces pays.
Ce principe de financement climat est donc la toute première concrétisation du concept de justice climatique que nous défendons : les émetteurs historiques de gaz à effet de serre, et donc les responsables du problème du réchauffement, s’engagent à aider les pays vulnérables.

Mais au-delà des concepts, pourquoi est-ce si important ?

Le financement climat est une préoccupation réelle pour les pays en développement, qui se trouvent dans des régions très exposées aux changements climatiques (élévation du niveau des mers, fonte des glaciers qui perturbe l’alimentation en eau, baisse de rendement des récoltes, cyclones et autres tempêtes, graves inondations,…). Prenons l’exemple des Pays-Bas et du Bangladesh, deux pays fortement exposés à l’élévation du niveau de la mer. Si les Pays-Bas ont pu bâtir d’énormes digues et autres infrastructures, le Bangladesh ne dispose pas quant à lui de tels moyens pour se protéger. Concrètement, les pays les plus vulnérables ont donc besoin de cet argent, c’est le premier élément.

Le financement climat est important également parce que la volonté politique de limiter le réchauffement est absente des négociations climatiques. L’accord de Paris devrait, dans l’idéal, permettre de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C d’ici la fin du siècle. C’est l’objectif politique qui a été fixé il y a quelques années, mais selon les dernières projections, on sera, au mieux, entre 3 et 4°C ! Pour le moment, le réchauffement observé est d’un peu moins de 1°C, et les dérèglements du climat sont déjà très marqués dans certaines régions. De l’avis de tous les scientifiques, et y compris de la Banque mondiale, un monde à +4°C serait invivable.

Réduction des émissions et financement climat doivent donc être considérés comme deux faces d’une même pièce : plus les résultats seront importants dans la lutte contre le réchauffement, moins les besoins financiers seront conséquents, et inversement. C’est la raison pour laquelle les pays en développement lient intimement ces deux chapitres de la négociation.

Alors concrètement, il y a déjà du financement climat maintenant ?

Oui, depuis des années, des financements climat sont donnés aux pays vulnérables. Il y a une multitude de canaux : des fonds multilatéraux, mais aussi de la coopération bilatérale directe et puis des banques de développement,… Il est donc réducteur de ne parler que du Fonds vert pour le climat ou que du Fonds pour l’adaptation, les deux instruments les plus connus.

Mais il a fallu attendre la conférence de Copenhague en 2009 pour avoir les premières promesses chiffrées. Trois décisions ont été prises en 2009 : (1) créer le Fonds Vert pour le Climat, qui a pour vocation de devenir le « super-fonds », le fonds multilatéral qui réunira tous les financements climat pour l’adaptation et l’atténuation ; (2) assurer un financement rapide de 30 milliards de dollars pour les 3 années 2010 à 2012 (dit Fast Start) et (3) d’ici 2020, assurer 100 milliards de dollars annuels.

Le bilan des deux premières décisions est plutôt favorable : le Fonds vert pour le climat est opérationnel, il a été doté d’un peu plus de 10 milliards de dollars en 2014 pour assurer son fonctionnement et le financement de premiers projets cette année. Quant au financement rapide, la promesse a été honorée mais quand on regarde les engagements de près, il y a quelques bémols (notamment le fait que beaucoup plus d’argent a été alloué à l’atténuation par rapport à l’adaptation, qu’il s’agit surtout d’argent prêté et non donné, d’argent majoritairement public mais recyclé de l’aide publique au développement).

Quant aux 100 milliards de dollars à l’horizon 2020, c’est un des dossiers clés pour la signature de l’accord de Paris.

Quelles sont les avancées de ces derniers mois quant au financement climat ?

La Communauté internationale a franchi deux étapes importantes ces derniers mois. La première, ce sont les contributions : le rehaussement des engagements des pays riches : l’Allemagne a ouvert la voie en septembre en annonçant un doublement de sa contribution, suivie par la France, à l’occasion de l’AG des Nations Unies, de la Grande Bretagne, de la Suède. L’annonce de contributions financières de pays qui n’y étaient pas obligés. En l’occurrence, fin 2014, le Mexique et le Pérou notamment avaient contribué à la capitalisation du Fonds Vert pour le Climat. Cette année, la Chine a également annoncé contribuer, elle qui n’avait aucune obligation internationale de contribuer au financement climat puisqu’elle est encore aujourd’hui considérée comme pays en développement.

La seconde, ce sont les rapports et analyses publiés ces derniers mois, dont le rapport bisannuel de l’OCDE qui fait l’état des contributions internationales pour les années 2013 et 2014. Ce rapport, dont la méthodologie pour comptabiliser les montants est contestée, a toutefois permis de mettre en évidence deux éléments-clef : le besoin de transparence et la nécessité de rehausser les efforts pour financer l’adaptation. Un rapport qui aura eu un certain impact, car à l’ouverture des négociations ce lundi 30 novembre, 11 pays se sont réunis pour annoncer un engagement de 248 millions de dollars pour financer l’adaptation dans les pays les moins avancés.

Et la Belgique, elle a pris des engagements ?

Oui, la Belgique avait promis 150 millions d’euros pour le financement rapide de 2010 à 2012. Fin 2012, lorsque les comptes ont été faits, il manquait 58 millions d’euros ! Et les années suivantes, la Belgique n’a pas beaucoup plus brillé sur la scène européenne et internationale. Fin 2013, alors que tous les pays avaient fait un geste pour le Fonds pour l’adaptation, nos quatre ministres régionaux et fédéral du climat ont annoncé in extremis un engagement de 3,25 millions d’euros. Une partie de cet argent n’a pas encore été donné.

Fin 2014, la situation était très similaire à 2013, voire pire : alors que tous les pays avaient annoncé leur contribution pour le Fonds vert pour le Climat, la Belgique a annoncé in extremis 51,6 millions d’euros, mais de façon complètement disparate. La Région flamande s’est permis de ne rien donner, et du coup, la Région wallonne a conditionné son engagement à un accord de répartition intra-belge. En résumé, les populations qui font face aux changements climatiques sont victimes de notre complexité institutionnelle et surtout, du manque de dialogue entre nos ministres !

Et pour la période 2015-2020, la Belgique va-t-elle faire un geste ?

La Belgique reste cohérente avec son engagement de Copenhague, elle vient de confirmer ce lundi 30 novembre son engagement minimal, qui était de 50 millions d’euros annuellement. Mais il faudrait idéalement qu’elle atteigne un objectif de 500 millions d’euros annuels d’ici 2020 (ce qui correspond à sa part de l’effort de 100 milliards de dollars annuels au niveau international). Pour arriver à une telle somme, il faut absolument qu’elle envisage de nouvelles sources de financement, et surtout que nos ministres acceptent de se parler et de clarifier les engagements de chacune des Régions et du niveau fédéral. Le climat est une compétence partagée, les quatre entités sont donc obligées de coopérer.

En conclusion, alors qu’au niveau international, on voit les choses avancer à tous petits pas, en Belgique, on est très loin du compte ! La Belgique est pour ainsi dire le cancre européen. Alors que son équipe de négociateurs est très appréciée sur la scène européenne et internationale, les décideurs politiques, eux, ne sont pas prêts à se mouiller pour une question qui n’est à leurs yeux pas porteuse en termes d’électorat.

Mais avec la crise, est-ce bien réaliste de demander autant d’argent ?

Ces montants demandés pour le financement climat ne sont pas exorbitants quand on les met en perspective. Prenons les subsides publics alloués à l’exploration et à l’exploitation d’énergies fossiles. Chaque année, plus de 1 000 milliards de dollars d’argent public, au niveau international, servent à encourager le réchauffement de l’atmosphère ! Cette situation est ahurissante, et nos décideurs politiques doivent absolument réfléchir à des plans de sortie des énergies fossiles pour aller vers un modèle de société qui sera alimenté uniquement en énergies renouvelables. Les 100 milliards de dollars annuels attendus pour le financement climat ne représentent qu’un dixième de ces subsides aux énergies fossiles qui encouragent les dérèglements climatiques. Il y a également d’autres sources de financement en discussion, dont une taxation du transport aérien et maritime international, un projet de taxe sur les transactions financières au niveau européen, ou encore les recettes de la vente aux enchères des quotas d’échange d’émissions (ETS). En un mot, de l’argent, il y en a !

Trois choses à retenir ?

La Belgique, traditionnellement plutôt bonne élève dans les négociations, doit absolument se ressaisir ! La question du financement climat est cruciale pour les régions les plus vulnérables, et sur un dossier comme celui-là où un engagement financier est clairement attendu, nos décideurs politiques jouent notre crédibilité !

Cela signifie que les quatre gouvernements concernés vont devoir s’entendre pour assumer les engagements passés, mais aussi prévoir un financement prévisible et croissant pour la période 2015-2020, de manière à atteindre notre part équitable des 100 milliards de dollars. Cela représentera à terme un montant annuel de 500 millions d’euros.

Les moyens existent, comme on l’a vu. Et la promesse internationale de 100 milliards de dollars n’est qu’une goutte d’eau par rapport à l’océan des nécessités. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement a estimé de 300 à 500 milliards de dollars annuels les besoins pour l’adaptation uniquement ! Il faudra donc probablement se préparer à beaucoup plus pour la suite, surtout si l’ambition à rester sous les 2°C n’est pas inscrite dans l’accord de Paris.

Tags: Climat

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