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Rwanda : former les jeunes déscolarisés, encadrer les jeunes agriculteurs

Sabine Kakunga Sabine Kakunga
16 octobre 2012

Au Rwanda, le gouvernement a décidé de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture de marché pour assurer l’alimentation des villes et offrir un revenu au pays. Le plan « Vision 2020 » du gouvernement ambitionne de tripler la production agricole, quintupler la valeur des exportations notamment grâce à la transformation locale des produits de l’agriculture et de l’élevage, et de ramener la proportion de familles vivant directement de l’agriculture à la moitié de la population. Le ministère de l’Agriculture et de l’Elevage a régionalisé les cultures afin de spécialiser chaque région ou province dans des productions ciblées qui lui sont particulièrement adaptées. Il a également regroupé le monde rural en villages (imidugudu) et coopératives. Les résultats de cette politique conduite depuis 2004 sont spectaculaires : d’après les statistiques nationales, la production agricole aurait augmenté d’environ 14% par an et les importations de céréales auraient diminué de presque 20 % par an.

Une réforme qui précarise les paysans

Mais si la politique agricole de l’Etat semble pertinente, elle pose cependant des questions sur sa durabilité. La construction obligatoire de terrasses précédées de l’arrachage des cultures en place amènent certains paysans sans ressource alternative à ne plus avoir de quoi se nourrir. Les agriculteurs deviennent aussi dépendants de certaines semences hybrides - dont les semences issues des récoltes sont impossibles à ressemer - tandis que la culture de quelques variétés « améliorées » sur des centaines d’hectares présente un risque alimentaire sévère en cas de conditions climatiques défavorables sur toute une région.

Formations pour jeunes déscolarisés

Plusieurs organisations rwandaises tentent d’aider les paysans. Comment ? Par la sensibilisation, la formation et l’encadrement notamment. C’est le cas de l’association Benimpuhwe à Kigali, la capitale rwandaise, et à Rilima, une région agricole aride au sud du Rwanda. Avec le soutien de son partenaire belge Action Développement Parrainages Mondiaux (ADPM), et grâce à l’Opération 11.11.11, elle a mis en place des formations professionnelles en faveur de jeunes déscolarisés. Le programme de cours de la formation en agronomie et élevage initie les jeunes des collines aux techniques de cultures, à la gestion de l’eau, la lutte contre l’érosion et la protection de l’environnement par une agriculture sans pesticides. Les élèves apprennent à multiplier les plants par semences, bouturages ou greffes pour les arbustes fruitiers, notamment. Ils reçoivent également des formations complémentaires en gestion de coopératives, épargne, petit élevage (chèvres, lapins, volailles) ainsi qu’en matière de santé.

Le projet prévoit également l’insertion professionnelle des jeunes agriculteurs. Ainsi, les stagiaires issus des formations précédentes, financées également par l’Opération 11.11.11, se sont rassemblés en une coopérative URUGERO et développent désormais un élevage de chèvres. La coopérative totalise 65 membres. Elle a construit en dur une étable et un enclos extérieur pour les chèvres. Démarré avec une quinzaine de chèvres et un bouc, le cheptel compte actuellement le double de bêtes. Les projets agricoles de la coopérative URUGERO ont également conduit plusieurs plantations de légumes et manioc sur le terrain de 45 ha reçu en 2010 des autorités du district. Les récoltes ont été réparties entre les membres de la coopérative ou vendues à leur profit.

Plus de confiance et d’autonomie

URUGERO est une belle réussite d’insertion socio-professionnelle après la formation. Les membres de l’association sont des jeunes filles et jeunes garçons déscolarisés, parfois avant d’avoir terminé le cycle primaire. La formation en agronomie leur a permis de retrouver confiance en eux et d’acquérir des compétences en agriculture et protection de l’environnement. Ils sont aujourd’hui autonomes et à même de prendre en charge leur famille.

Les actions menées à Rilima et Kigali par l’association Benimpuhwe et par le Centre familial Mu Rugo, leur permettent d’acquérir une expérience dans la formation et l’encadrement des petites exploitations agricoles essentielles à la sécurité alimentaire. Cependant, le travail n’est pas fini, le Centre familial Mu Rugo et son partenaire belge ADPM sont prêts à encadrer d’autres jeunes et élargir dès maintenant leur champ d’action pour que les jeunes aient plus de possibilités pour une réelle réinsertion professionnelle et une participation dans le processus de réforme de l’agriculture. Ces formations ont pour objectifs globaux de lutter contre la pauvreté et contre l’exode rural des jeunes. Les bases sont ainsi créées pour une intégration sociale des jeunes, via des activités génératrices de revenus.

Tags: Rwanda

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