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Chronique « petites histoires de gros sous »

Un cadeau de Sainte Barbe, patronne des mineurs …

Antonio Gambini Antonio Gambini
3 mars 2014

Que des villages suisses décident de consacrer de l’argent à des programmes de développement est anecdotique. Mais que ces fonds proviennent des impôts perçus sur les plus-values du principal actionnaire de la multinationale Glencore rend l’anecdote savoureuse.

Faut-il encore présenter Glencore aux fidèles lecteurs de cette chronique ? [1] Depuis sa fusion avec Xstrata et son entrée en bourse, Glencore est devenue un véritable géant actif dans le négoce de la plupart des matières premières. Selon les données disponibles, Glencore contrôlait en 2011 environ 60 % du zinc mondial, 50 % du cuivre, 30 % de l’aluminium, 25 % du charbon et 3 % du pétrole.

Les origines de la douzième entreprise du monde remontent à 1974, sous le nom de Marc Rich & Co. AG, du nom de l’homme d’affaires qui l’a créée. Né à Anvers en 1934, cette véritable légende de la finance internationale et du négoce des matières premières a inventé le marché boursier du pétrole au comptant [2], avant d’accumuler une réputation sulfureuse, qui a culminé par son inculpation aux Etats-Unis en 1983 pour pas moins de 65 chefs d’accusation, de la fraude fiscale au non-respect d’embargos commerciaux. Fugitif depuis cette date, Marc Rich n’a plus jamais remis les pieds aux Etats-Unis, malgré la grâce présidentielle accordée par Bill Clinton en 2001.

Ni les mésaventures de son fondateur ni les multiples scandales n’ont empêché Glencore de prospérer. Ses investissements africains ont plusieurs fois défrayé la chronique. Ainsi, pour ne citer que deux exemples parmi tant d’autres, en 2011 Glencore a été accusée de réduire artificiellement les profits de sa mine en Zambie (Mopani) par la technique, certes grossière mais classique, de la vente sous-facturée du minerai extrait à la maison-mère en Suisse, afin de réduire ses impôts en Zambie. Glencore a certes nié toute malversation dans cette affaire, mais on notera qu’une institution aussi sérieuse et officielle que la Banque européenne d’investissement (BEI) a jugé l’accusation suffisamment grave pour cesser sa coopération avec la filiale zambienne de Glencore.

Ni les mésaventures de son fondateur ni les multiples scandales n’ont empêché Glencore de prospérer

En 2013, un rapport de l’ Africa progress panel, présidé par l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, a confirmé les informations faisant état d’une perte sèche de 1,36 milliard de dollars aux dépens des finances publiques congolaises lors de la vente de cinq concessions minières à de mystérieuses sociétés établies dans les Îles Vierges britanniques, dont deux au moins ont été ensuite revendues à Glencore.

C’est donc probablement dans cette longue série de scandales qu’il faut trouver la raison de la suite de cette histoire. Lors de l’entrée en bourse en 2011, le PDG de Glencore, Ivan Glasenberg, qui détenait personnellement 16 % du capital de la société, a réalisé un profit personnel de plusieurs milliards de dollars, dont une partie a été reversée au fisc du canton de Zurich, où est domicilié M. Glasenberg.

Cette recette fiscale extraordinaire a été ensuite en partie reversée à une série de communes pauvres, rurales et montagnardes, du canton. Quatre d’entre elles, sous pression citoyenne, ont décidé démocratiquement, contre l’avis des autorités cantonales, de consacrer 10% de ces montants à des projets de coopération au développement dans des pays où officie Glencore : en République démocratique du Congo, en Colombie et en Bolivie. Une manière originale de renvoyer à la source de l’argent « gagné » grâce aux richesses naturelles de ces pays et aux techniques rôdées de l’optimisation fiscale.

Comme le soulignait un des citoyens du village de Hausen am Albis lors du débat précédant le vote de cette décision, le jour de la Sainte Barbe, sainte patronne des mineurs : « Donnons un cadeau d’anniversaire aujourd’hui à tous ceux qui descendent dans les puits pour trouver les matériaux qui composent nos téléphones mobiles ! ».

[1Du même auteur, lire Contre-attaques (DLM, juillet 2011) ; L’impôt, les failles et l’intérêt général (DLM, novembre 2011).

[2Dans un marché au comptant, la livraison des biens échangés et leur paiement ont lieu pratiquement simultanément et immédiatement, par contraste à un marché à terme.

Source : article paru dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°24, mars-avril 2014.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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