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32 % : un tiers des habitants du Sud seulement ont accès au web

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
13 janvier 2015

Imagine demain le monde - Plus de 3,6 milliards d’habitants sont exclus d’Internet. Une fracture numérique qui se résorbe petit à petit grâce au boom du téléphone mobile. Au Sud, le GSM est partout : pour faire du commerce, transférer de l’argent, réaliser un diagnostic médical à distance...

Moins d’un tiers de la population du Sud est connectée à Internet contre 78 % environ dans le monde développé. Pour le dire autrement : sur les quatre milliards de personnes qui sont exclues de la toile, l’immense majorité, 90 %, vit au Sud. A première vue, la fracture numérique est donc très nette. Et les raisons de celle-ci sont assez simples : le prix élevé des ordinateurs d’une part et l’absence d’accès à l’électricité d’autre part, qui frappent un milliard et demi de personnes dans le monde, essentiellement en Afrique et en Asie du Sud. Cependant, cette différence Nord-Sud est en train de se résorber progressivement. Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) estime ainsi que le nombre d’utilisateurs d’Internet a doublé en cinq ans dans le Sud et cette tendance semble durable. En outre, le faible usage des ordinateurs est aujourd’hui largement compensé par l’explosion de la téléphonie mobile qui compte désormais 7 milliards d’abonnements, la plupart localisés dans les pays du Sud.

En Afrique, par exemple, un cinquième de la population seulement utilise Internet, mais les deux tiers des Africains possèdent un téléphone portable, soit pratiquement tous les adultes. « Or, aujourd’hui, un GSM est proche d’un ordinateur, estime Paul Ginies, spécialiste des télécommunications en Afrique, aussi je me garderai de parler de fracture numérique. La téléphonie mobile se répand de manière exponentielle dans le Sud car elle répond à des problèmes très concrets comme, par exemple, les transferts d’argent. Faute de systèmes bancaires performants, les virements via les téléphones portables sont devenus monnaie courante là-bas. »

Le Rwanda passe au « 4 G »

Sur le plan médical aussi, la téléphonie est bien utile. Dans le Sud, on ne dispose pas toujours d’un médecin à proximité et le téléphone permet, par exemple, d’obtenir un diagnostic à distance. « Il y a là de vraies applications concrètes à la clé et c’est pour cela que les populations y adhèrent massivement », poursuit l’expert. Avec d’autres usages du GSM dans la vie courante : « Kinshasa, la capitale du Congo, est totalement engorgée, le téléphone mobile permet ainsi d’éviter de fastidieux déplacements. A Lagos, la capitale du Nigéria, une entreprise a développé le commerce par téléphone en s’organisant par quartier s. Au lieu d’importer l’e-commerce tel qu’il est pratiqué par Amazon en Occident, elle a créé son propre modèle pour répondre aux besoins locaux. »

En quelques années, le téléphone portable est devenu un outil essentiel de la vie économique. « Dans le Sud, rappelle Paul Ginies, 90 % des emplois sont informels, la téléphonie mobile permet avec un peu d’imagination de créer son propre emploi. » Voilà pourquoi le Sud soigne évidemment la qualité de ses réseaux. Le Rwanda, réputé pauvre et enclavé sur le continent africain, passera dès l’année prochaine à la « 4 G » (la quatrième génération de téléphonie mobile à très haut débit) qui s’est généralisée chez nous seulement cette année.

Aujourd’hui, le smartphone est donc la voie privilégiée.« Les pays très pauvres sont tout simplement en train de faire l’impasse sur l’ordinateur, trop coûteux, pour aller directement vers la tablette que l’on peut se procurer aujourd’hui à partir de 60 dollars », poursuit l’expert.

Pour les pays en développement, l’accès à Internet est devenu un enjeu majeur en matière d’éducation et de formation. « Le web offre d’énormes possibilités pour ouvrir un enseignement au plus grand nombre. Il est désormais possible de créer des programmes certes très coûteux à mettre en place, mais rentables car diffusés à grande échelle. Tout cela permet de changer notre approche du développement », ajoute Paul Ginies. Ainsi, la plus grande université du monde est aujourd’hui virtuelle et elle est implantée au Sud : c’est l’Indira Gandhi National Open University, installée à Delhi en Inde. Le succès de cet établissement de télé-apprentissage est proprement phénoménal, avec plus d’un million d’étudiants et 1 500 centres d’études, dont 300 en Afrique, en Asie centrale et dans le golfe Persique. Ces établissements, reliés entre eux par satellite, dispensent des formations dans pratiquement tous les domaines et à tous les niveaux de qualification. Ici, plus question de parler fracture numérique Nord-Sud.

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