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Après Paris : la fin des énergies fossiles ?

Véronique Rigot Véronique Rigot
18 octobre 2016

L’Accord de Paris entre en vigueur cette année, à la veille de la COP22 à Marrakech, qui se tiendra du 7 au 18 novembre prochain au Maroc. De quoi s’agit-il ? Que penser de l’Accord de Paris ? Les négociations pour le climat vont-elles continuer ? Et quels sont les grands défis de société qui se profilent maintenant ? Le CNCD-11.11.11 publie une étude pour tout savoir sur l’Accord de Paris.

Avec la conclusion à Paris de l’accord mondial pour la lutte contre le réchauffement climatique, le samedi 12 décembre 2015 est entré dans l’Histoire. Véritable succès diplomatique, cet accord est le symbole politique le plus marquant de la transition vers une économie bas carbone.

On a tout lu et tout entendu sur l’Accord de Paris : l’accord est ambitieux, mais il ne résoudra pas le problème du réchauffement, l’accord est contraignant mais il n’y a pas de mécanisme de sanction, la justice climatique est au cœur de l’accord mais les pays en développement auront besoin de beaucoup plus de financements et d’assistance pour faire face aux dérèglements climatiques. L’objet du Point Sud « Après Paris : la fin des énergies fossiles ? » est de clarifier le contenu de l’Accord de Paris, avant d’élargir la réflexion aux changements de société que ce texte politique engage.

Quel serait l’état du réchauffement en l’absence d’accord international ?

L’Accord de Paris pose les grands principes de l’action climatique et les contours du futur régime de coopération internationale en matière climatique, tandis que le texte de décisions établit des pistes concrètes pour l’adoption et l’opérationnalisation de l’accord (prévue au plus tard pour 2020), mais aussi pour le renforcement de la lutte contre le réchauffement avant 2020. Les objectifs de réduction des émissions des pays constituent quant à eux le cœur de l’engagement des Etats à l’action climatique : ils sont inscrits dans les contributions nationales des pays (les INDC).

Si l’Accord de Paris est un succès diplomatique inespéré après de si longues années de négociations, les engagements concrets pris par les Etats se révèlent bien moins ambitieux que l’engagement pris collectivement de respecter les trajectoires limitant à 2°C et même 1,5°C la hausse de température. Le chemin, depuis le début des négociations à Bali, a été long et les perspectives ont changé après avoir frôlé l’échec total qu’aurait constitué l’arrêt des négociations après le fiasco de Copenhague. Le changement de méthodologie et de stratégie (l’appel aux pays à remettre leurs intentions de contributions nationales) a été une étape décisive alors que le processus fonçait droit dans le mur politique. Aussi, le système instauré d’engagements volontaires dans un processus légalement contraignant est probablement le compromis le plus pragmatique pour pousser les Etats à l’action climatique. Quel serait en effet l’état du réchauffement en l’absence d’accord international ?

La lucidité impose un constat : à ce jour, l’Accord de Paris et les INDC sont les seuls engagements internationaux officiels sur lesquels tabler pour encourager les gouvernements à l’action climatique. A ce titre, ils sont des leviers précieux. Cet accord intervient à une époque de scepticisme à l’égard du multilatéralisme et d’aggravation des conflits internationaux et où les seuls accords multilatéraux conclus sont non-contraignants. Il faudra certes beaucoup plus de volonté politique pour contribuer à résoudre le problème, mais cet accord est une étape encourageante.

Les négociations continuent ?

L’accord conclu en décembre 2015 à Paris a ouvert une nouvelle ère. Une nouvelle phase de négociations, d’une part, avec de grands défis pour assurer l’opérationnalisation de l’accord et la concrétisation de l’action climatique, et une nouvelle étape pour accélérer la transition écologique et sociale, d’autre part. La COP22 aura lieu du 7 au 18 novembre 2016 à Marrakech, au Maroc. Le programme de travail inclut des sujets aussi cruciaux que le financement climat, les pertes et préjudices, les ambitions à réduire les émissions de gaz à effet de serre à court terme (d’ici 2020), ou encore la transparence des engagements pris par les Etats.

Le financement climat et les pertes et préjudices restent deux dossiers prioritaires pour les pays en développement. En l’absence de définition internationale commune du financement climat, chaque pays est libre de définir le type d’engagements qu’il y inclut. Dans ces conditions, il est non seulement extrêmement difficile d’avoir une vision globale des flux financiers d’aide climatique, mais encore plus d’avoir un chiffre légitime accepté de tous.

Pour ce qui concerne les pertes et préjudices, la création du mécanisme de Varsovie en 2013 n’était pas suffisante. Les pays en développement ont réclamé que les pertes et préjudices soient reconnus comme un troisième pilier de la lutte contre le réchauffement, alors que les deux grands piliers de la lutte contre les changements climatiques sont (1) l’atténuation du réchauffement (par les réductions d’émissions) et (2) l’adaptation aux dérèglements prévisibles des climats. C’est chose faite dans le texte de l’accord. Par là-même, les Nations Unies reconnaissent la multitude de victimes climatiques dans le monde, et le fait qu’il est trop tard, dans certains cas, pour s’adapter ou développer des stratégies d’adaptation.

Les négociations continuent donc, notamment sur les questions épineuses des déplacés climatiques et des compensations financières dans le cadre d’un mécanisme d’assurance pour les victimes.

Quel avenir pour les plus vulnérables aux aléas climatiques ?

On le voit, les accords internationaux ont les qualités de leurs faiblesses : ils sont flous et laissent le champ libre aux interprétations. C’est donc ici aussi une nouvelle ère de négociations qui démarre, avec des défis aussi vastes qu’assurer plusieurs milliards de personnes face à des risques très divers (phénomènes climatiques extrêmes, inondations, sécheresses prolongées, feux de forêt, salinisation des sols, disparition de territoires, …) ou encore prévenir et faire face aux déplacements de populations liés aux changements climatiques.

Année après année, les tristes records climatiques se succèdent. Le défi social sera donc de garantir un avenir meilleur à tous, à commencer par les plus vulnérables, ceux qui n’ont pas les moyens, le réseau social, les ressources financières ou les informations nécessaires pour réduire leur vulnérabilité (en s’adaptant ou se déplaçant). Alors qu’aucune région de la planète ne sera épargnée par les changements climatiques, les rapports du GIEC ont démontré que les aléas climatiques affecteront certaines régions plus exposées que d’autres, et dans ces régions plus exposées, certaines populations ou franges de la population (parmi lesquelles les femmes et les enfants) plus que d’autres.
Ces personnes les plus vulnérables sont celles qui ont le moins contribué au réchauffement, c’est là que réside l’injustice climatique qu’il faut contribuer à réparer par le biais du financement climat (pour l’adaptation, le renforcement de la résilience et l’atténuation), mais aussi par le biais du mécanisme international d’assistance aux victimes climatiques.

Les défis de la transition

Avec la signature de l’Accord de Paris, ce sont également les défis de la transition qui se confirment. Eviter l’écueil d’un texte politique sans effet sera certainement le premier défi. Pour ce faire, les Nations Unies encouragent à une ratification la plus rapide possible par tous les pays, et en particulier ceux qui constituent de grands émetteurs mondiaux. Mais dans ce contexte de volontarisme politique international se profilent des incohérences, dont la négociation européenne d’accords de commerce et d’investissement (par exemple l’accord transatlantique avec les Etats-Unis où l’enjeu de l’approvisionnement énergétique s’avère crucial). In fine, au lieu de choisir d’investir massivement dans le développement des énergies renouvelables, la dépendance des énergies fossiles risque de se trouver de facto prolongée par la facilitation des échanges énergétiques entre l’UE et les Etats-Unis. Ce sont donc les solutions du passé qui seraient privilégiées aux solutions d’avenir.

Enfin, dernier défi et non le moindre, celui de l’ambition : il faudra mettre en adéquation l’ensemble des politiques avec l’objectif politique commun établi, soit la hausse de température de moins de 2°C, voire 1,5°C, d’ici la fin du siècle. En un mot comme en cent, s’affranchir des énergies fossiles. Or l’énergie est moteur de développement, et on ne vivra probablement pas demain en utilisant beaucoup moins d’énergie. Un milliard de personnes n’a aujourd’hui pas accès à l’énergie (et en particulier pas d’accès régulier à l’électricité), tandis que ¾ des émissions de gaz à effet de serre sont dues à l’énergie, dont plus de 60% aux énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon). Cet engagement financier pour la transition énergétique est inscrit dans l’Accord de Paris et constituera un des grands défis des années à venir. En jargon, on parle de « Shift the trillions » pour ce concept de réallocation des moyens financiers des secteurs polluants vers des activités compatibles avec la lutte contre le réchauffement (littéralement le transfert de milliers de milliards de dollars d’un secteur à l’autre). Le climat s’installe au cœur de l’économie, et progressivement, au cœur de la finance.

Dans un monde où les énergies fossiles sont abondantes, la question éthique du soutien financier aux énergies fossiles est en train de gagner du terrain. Le mouvement pour le désinvestissement s’étend maintenant progressivement à l’ensemble des institutions et des citoyens ayant des actifs financiers, notamment par contagion des arguments éthiques. Ainsi, les fonds de pension, les universités, les banques de dépôt, toute institution financière ou citoyen détenant des actifs financiers est appelée à réallouer cet argent dans d’autres secteurs de l’économie, moins dommageables à l’environnement.

Un futur sans énergies fossiles

La transition est en marche. L’Accord de Paris, bien qu’imparfait, a le mérite d’exister : après de si longues années ponctuées d’espoirs et de désespoirs, il constitue un signal politique pour le changement, pour accélérer la transition vers une société bas carbone. Avec l’objectif inscrit de limiter le réchauffement à 2°C et de fournir les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C, le choix a été fait de tourner le dos aux énergies fossiles.

Déjà, des millions de citoyens, certains pays, de grands acteurs financiers ou de grandes entreprises ont compris leur avantage comparatif à entamer leur conversion. Le signal politique a été donné au niveau international, le climat est donc maintenant à l’agenda politique de tous les pays. Dès demain, il faudra décliner l’Accord de Paris dans des politiques cohérentes à tous les niveaux, en faisant de la justice climatique son principal fondement. L’Accord de Paris sera ce que nous en ferons.

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