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Eaux troubles dans le port d’Abidjan

Romain Gelin Romain Gelin
5 juillet 2013

Demain le monde - Implanté dans 14 ports africains, Bolloré a remporté presque toutes les concessions attribuées depuis 2003 en Afrique. L’attribution du deuxième terminal du Port d’Abidjan lui permet d’étendre encore un peu plus son emprise sur l’économie du continent.

25 mars 2013, Bolloré Africa Logistics (BAL) annonce que le consortium qu’il forme avec APM Terminals et Bouygues a remporté face à deux autres concurrents l’appel d’offres pour la construction et la gestion du second terminal du Port d’Abidjan (TC2) en Côte d’Ivoire. Le « vainqueur » doit construire un terre-plein de 35 hectares et trois portiques de quai tandis que le Port autonome d’Abidjan prendra en charge la construction d’un quai d’un kilomètre. L’objectif étant de faire du port « un véritable hub entre les lignes maritimes au nord et au sud de l’Afrique ».

Mais le 12 avril, on apprend dans Libération que le consortium de l’armateur marseillais CMA-CGM, un des deux candidats malheureux, a décidé de contester les conditions de l’attribution du TC2 devant la justice ivoirienne, dénonçant un « abus de position dominante ». Rappelons que le premier terminal (TC1) avait été attribué en 2004, en pleine crise politique, au même Bolloré mais sans appel d’offres cette fois-là. Cela avait déjà créé la polémique. La récente décision pour le deuxième terminal est d’autant plus étonnante qu’au moment du lancement de l’appel d’offres, l’objectif était « d’accroître la compétitivité du port par le jeu de la concurrence ». La mention « par le jeu de la concurrence » a disparu des communiqués du port depuis.

L’appel d’offres comprenait deux étapes : l’une technique et l’autre financière. C’est ICTSI/CMA-CGM qui avait obtenu les meilleurs scores (81,8 points) devant Hanjin-MSC (73,8) et Bolloré-APMT (66,9) pour l’aspect technique. Bolloré aurait été repêché de justesse, un score sous les 65 points étant alors éliminatoire. La visite du ministre ivoirien des Transports et du directeur du port autonome d’Abidjan en décembre 2012 à Paris, afin de renégocier le contrat du TC1 avec Bolloré, a été vue par beaucoup comme un geste opportun de la part de l’ami de Sarkozy, qui a accepté de baisser ses tarifs de 20% et de reverser 30 millions d’euros au port ivoirien, à quelques semaines seulement de la décision sur le rapport technique.

La seconde phase concernait l’offre financière. C’est Bolloré qui a soumis l’offre la plus intéressante, proposant des droits d’entrée, des redevances et une baisse de tarifs bien plus conséquents que ses concurrents pour qui «  ils [Bolloré, APMT et Bouygues] ont fait une offre délirante qui a tué toute compétition ». Autre élément : une lettre d’engagement venant de compagnies maritimes attestant de leur implication dans le projet devait aussi faire partie du dossier. Bolloré ne l’aurait pas fournie. Les autorités portuaires affirment le contraire.

Il semblerait que seule l’offre financière ait finalement été prise en compte, bien que, selon le rapport de la commission d’évaluation des offres techniques, « cette segmentation crée une situation de monopole […] et constitue plutôt une faiblesse ». CMA-CGM demande la publication de tous les documents. Bolloré quant à lui déclarait en juin 2012, lors de sa visite à Abidjan, que « la paix et la stabilité retrouvées méritent que des privés comme nous augmentent et accélèrent leurs investissements » pour « contribuer au développement du pays  ». Si c’est pour le développement…

Source : article publié dans le magazine dlm, n°20, juillet-août 2013.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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