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L’aide européenne à son tour victime de la crise

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
14 février 2013

Double peine pour les pays les plus pauvres : ils sont victimes de l’impact de la crise européenne et voient les montants d’aide qui leur étaient destinés sensiblement réduits.

Depuis 2011, l’aide européenne est en baisse, après une décennie de hausse motivée par la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Adoptés en septembre 2000 par l’Assemblée générale des Nations Unies, les OMD avaient en effet entraîné une revalorisation de l’aide au développement, après une décennie de « fatigue des donateurs » due à la fin de la Guerre froide et à la disparition des motivations géostratégiques qui justifiaient jusque-là une part considérable de l’aide. La décennie des années 2000, marquée par l’agenda international de la lutte contre la pauvreté, mais aussi par les nouveaux intérêts « anti-terroristes » post-11 septembre 2001, avaient ainsi permis une augmentation significative des montants d’aide au développement, passant de 53 à 128 milliards de dollars entre 2000 et 2010.

Depuis lors, l’impact de la crise sur les budgets des Etats européens a incité plusieurs d’entre eux à opérer des coupes parfois importantes dans les budgets d’aide, comme l’Espagne, les Pays-Bas, la Grèce ou la Belgique – même si plusieurs pays comme l’Irlande, le Royaume-Uni, le Luxembourg ou la France ont jusqu’ici maintenu les niveaux d’aide antérieurs à la crise. Entamée en 2011, cette tendance s’est confirmée en 2012 et a fait tache d’huile en février 2013 dans le contexte de la négociation du budget européen 2014-2020. Les affrontements entre Etats membres n’ont en effet pas épargné les budgets d’aide au développement qui n’ont guère fait le poids face aux dossiers de la politique agricole commune ou des politiques de cohésion – toutefois réduits eux aussi. Ainsi, le budget de l’aide européenne au développement, finalement fixé à 26,9 milliards EUR, a été réduit de près de 10%.

L’aide ne coûte en Europe que 1,87 euros par mois à chaque citoyen

Il s’agit en quelque sorte d’une double peine pour les pays les plus pauvres de la planète. Non seulement ils sont victimes de l’impact de la crise européenne qui provoque par différents canaux des pertes de recettes de près de 200 milliards d’euros en 2012 et 2013, mais en outre ils voient les montants d’aide qui leur étaient destinés sensiblement réduits. Pourtant, la crise ne diminue pas l’adhésion des citoyens européens aux politiques de coopération au développement : selon l’Eurobaromètre d’octobre 2012, 85% des citoyens européens pensent que l’Union européenne doit continuer à aider les pays en développement. On peut les comprendre : malgré ses limites, l’aide reste le meilleur instrument financier international pour atteindre les populations les plus pauvres. Or elle ne coûte en Europe que 1,87 euros par mois à chaque citoyen. Ne serions-nous ainsi plus capables en Europe de contribuer à hauteur d’un café par mois pour financer la solidarité avec les populations les plus pauvres du monde ?

Source : édito publié dans dlm | Demain le monde, n°18, mars-avril 2013.

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