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ODD / SDG : vifs débats à New York dans la dernière ligne droite des négociations

Véronique Rigot Véronique Rigot
30 juillet 2015

Les gouvernements du monde entier sont réunis cette semaine à New-York, où ils négocient le programme de développement de l’après 2015, et en particulier la manière dont les nouveaux objectifs de développement durable (ODD, SDG en anglais) seront mis en œuvre. Bref état des lieux des enjeux des dernières heures de négociation.

17 objectifs de développement durable et 169 cibles ont été définis pour faire face aux défis multidimensionnels du développement durable, une réelle opportunité unique d’éradiquer la pauvreté. Objet de toutes les attentions cette semaine à New York, la déclaration politique inclut ces objectifs de développement durable, mais aussi leur mise en œuvre, les moyens à allouer pour assurer leur réalisation, et le rôle que la société civile peut ou doit jouer dans l’analyse des progrès réalisés dans la mise en œuvre des objectifs.

Dernière semaine de négociation

Ces négociations sont les dernières avant l’adoption de la déclaration finale lors du sommet de fin septembre à New York. Elles s’étalent sur deux semaines et doivent être clôturées demain dans la soirée. Suite à la première semaine de négociations qui s’est tenue la semaine dernière, un nouveau projet de texte de négociation a été fourni dans la nuit de dimanche à lundi. Les discussions ont donc repris cette semaine, se consacrant au préambule et au premier chapitre de la déclaration le premier jour, aux objectifs, cibles et moyens de mise en œuvre le deuxième jour et au suivi et au rapportage des avancées réalisées le troisième jour. Ce jeudi 30 juillet paraîtra une nouvelle - dernière ! - version du texte en négociation sur laquelle les pays du monde entier négocieront les dernières heures, jusqu’à l’atteinte d’un accord politique.

Le préambule et l’esprit de la déclaration politique

C’est la même dynamique d’une forte opposition entre le Nord et le Sud qui s’observe dans cette enceinte de négociations pour le développement durable, à l’instar des négociations climat ou du financement du développement. Dans la discussion sur le préambule de la déclaration, les débats s’échauffent sur les sujets attendus, entre autres l’inscription du principe de responsabilité commune mais différenciée, les références au climat et à une hausse maximale du réchauffement de 2°C, la présence dans le texte des droits reproductifs et sexuels, ou encore la référence à la conférence de Pékin.

Le lien avec la conférence d’Addis Abeba sur le financement du développement

Autre point d’achoppement, qui lui, s’est invité tout récemment : le lien avec les résultats de la conférence d’Addis Abeba, conférence sur le financement du développement . L’Union européenne s’est dite préoccupée de l’absence de référence au programme d’action qui y a été conclu. Le G77 (groupe des pays en développement), peu satisfait des résultats de la conférence, a quant à lui logiquement insisté sur le fait que le processus pour le financement du développement est distinct du processus de l’après 2015, et doit donc à ce titre être considéré comme complémentaire. Les pays en développement refusent que le programme d’action d’Addis Abeba remplace le chapitre sur les moyens mis en œuvre. Ce débat n’est pas encore clarifié à l’heure actuelle et fera probablement l’objet de rudes négociations jusqu’aux dernières heures.

Les objectifs de développement durable et leur mise en oeuvre

Concernant les objectifs de développement durable, les pays en développement les considèrent comme indivisibles et non négociables. Ils s’opposent à la proposition européenne de permettre une révision globale des cibles. Concernant leur mise en œuvre (et les moyens nécessaires pour leur application), les pays développés estiment que l’on met trop l’accent sur l’aide publique au développement (et donc sur l’appui financier de la part des pays riches), au détriment des ressources nationales (c’est-à-dire les ressources dont disposent l’ensemble des pays).

Et encore de nombreux autres points de tension

Il est aussi question de supprimer le dernier objectif de développement durable, qui encourage au partenariat mondial pour le développement durable, auquel les pays du sud sont farouchement opposés. Dette et fiscalité sont des sujets qui ne sont pas suffisamment abordés aux yeux de la société civile, très sensible à ces questions vuel’actualité grecque. La reconnaissance des migrations comme un élément positif au développement des pays d’origine est quant à elle plutôt bien perçue. Les pays en développement souhaiteraient également que les pays à revenu intermédiaire soient mieux valorisés dans ce texte qui, in fine, vise à l’éradication de la pauvreté. En effet, leur population compte encore la majorité des pauvres de la planète, et ils font encore face à des défis majeurs de développement.

La question du suivi…

Elément crucial de la négociation, la question du suivi et de la révision du processus de mise en œuvre des objectifs de développement durable : la question de rapports réguliers sur l’avancement dans la réalisation des objectifs met mal à l’aise le G77. Il y est opposé et rappelle le caractère volontaire du suivi au niveau national. Il s’oppose également à la notion de suivi par les pairs mais est plus favorable à un échange de bonnes pratiques entre eux. Les pays en développement sont donc plus favorables à une mise en œuvre douce, tandis que l’Union européenne et le groupe des pays arabes sont favorables à une périodicité des rapports de suivi. Enfin, une bonne nouvelle, le soutien est généralisé pour des données ventilées permettant d’analyser les progrès pour les plus vulnérables et marginalisés.

… et le rôle de la société civile !

Avec la conclusion de cet accord sur le programme de l’après-2015 pour le développement, c’est la fin d’un processus de préparation, et le début d’un nouveau processus, de suivi et d’interpellation cette fois. La société civile et toutes les populations, en particulier les personnes en situation de vulnérabilité, marginalisées ou souffrant de discrimination, doivent être au centre des futures politiques de développement pour garantir un processus inclusif et transformatif.

Si les négociations actuelles sont le point final d’un long processus de plus de deux ans au cours duquel la société civile, dans son ensemble et sa diversité, a été appelée à collaborer, elle doit aussi avoir la possibilité d’interpeller les autorités politiques nationales et internationales quant à la réalisation des objectifs de développement durable. La transparence du processus et le rôle à jouer par la société civile dans le forum politique de haut niveau doivent donc être clarifiés. Il serait dommage que tant d’énergie et tant d’heures de négociations aboutissent in fine à une coquille vide.

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